Mardi, deux sélections en quête de repères se retrouvent à Osijek. Celle qui trouvera ses marques tracera sa route vers 2026.
Il y a des matchs amicaux qui comptent plus que d'autres. Celui-ci entre en ferait partie : une Croatie légèrement déclinante face à une Belgique qui ne sait plus où elle en est. Deux univers qui se croisent au moment où le football européen se repositionne avant le grand rendez-vous américain de 2026. Mardi soir à Osijek, ce ne sera pas juste un test, mais une sorte de point de bascule pour deux générations d'footballeurs qu'on croyait immortels.
Comment la Croatie pense encore pouvoir jouer les premiers rôles ?
Dalic a choisi un 4-2-3-1 classique, pragmatique, construction mentale d'une équipe qui reste persuadée de ses forces defensives. Dominik Livakovic entre les montants, c'est un choix aussi rassurant qu'une vieille photo de famille. Lui et ses arrières latéraux doivent compenser l'absence de vertiges offensifs. Car c'est là où le bât blesse : depuis leur finale de 2022, les Vatreni ont perdu cette étincelle inattendue qui les rendait dangereux. Modric vieillit bien, bien sûr, mais peut-on construire un projet sur un seul virtuose septuagénaire ?
La Croatie repose désormais sur l'expérience et l'inertie. Pas terrible comme recette quand les adversaires rajeunissent. Le 4-2-3-1 de Dalic ressemble à un choix défensif, une admission implicite que le match se gagnera dans la rigueur plutôt que dans l'imagination. Contre une Belgique qui elle aussi cherche ses repères, ce peut être suffisant. Mais suffisant, c'est exactement le contraire de ce qu'il faut pour rêver d'une troisième Coupe du Monde consécutive aux quarts de finale.
La Belgique peut-elle enfin se libérer du poids de ses failures ?
Les Diables rouges arrivent en Croatie avec une réputation de champions du monde de la déception. Quatre-vingt-dix millions d'habitants entre la Flandre et la Wallonie qui se demandent encore pourquoi une équipe si talentueuse n'a jamais vraiment livré à l'international. Ce mardi, c'est un test pour voir si la nouvelle génération comprend quelque chose que l'ancienne ne saisissait pas : que le collectif, c'est pas une insulte au talent individuel.
Tedesco aura probablement cherché un équilibre entre jeunesse et expérience. La Belgique ne peut plus se permettre des débordements tactiques. Elle doit être organisée, efficace, sans fioriture inutile. Contre une Croatie qui respire la solidité mais qui ne brille plus, voilà une belle opportunité de montrer qu'on a tiré les leçons. Le football européen retient des leçons, ou il oublie. La Belgique a assez oublié. Plus de 60 matches sans une victoire probante en compétition majeure, c'est pas juste une statistique : c'est une pathologie.
Pourquoi cet amical raconte plus que n'importe quel chiffre ?
Osijek n'est pas un stade mythique du football continental. Ce n'est pas l'Allianz Arena, pas San Siro, pas Stade de France. Mais c'est justement ça qui rend ce match intéressant. Il n'y a pas de rideau de fumée, pas de storytelling de prestige. Juste deux équipes qui viennent tirer les ficelles de leurs ambitions respectives avant un exercice qualificatif qui commencera fin septembre 2025.
Dalic face à Tedesco, c'est aussi une rencontre entre deux visions du football : l'une qui croit encore à la beauté défensive, l'autre qui doit réinventer son offensif. La Croatie viendra chercher un résultat. La Belgique viendra chercher une identité. Si la Croatie trouve des solutions créatives dans ce 4-2-3-1, elle pourrait bien empocher trois points à Osijek. Si la Belgique impose son rythme et son pressing, elle prouvera qu'elle n'est pas condamnée à l'éternel recommencement. Quelque 25000 spectateurs environ pour assister à ce croisement générationnel : c'est déjà significatif du renouveau attendu de part et d'autre.
Le football des six prochains mois s'écrit en partie dans des rencontres comme celle-ci. Pas de scénario imposé, juste deux sélections qui savent que 2026 est leur fenêtre de tir. Celle qui en sortira grandie aura trouvé quelque chose : soit une continuité à valoriser, soit une rupture à assumer. Pour la Croatie comme pour la Belgique, les vraies questions commencent maintenant.