Dejan Lovren n'a pas mâché ses mots après l'élimination de la Croatie face au Portugal en seizièmes de finale du Mondial. L'ancien défenseur livre un coup de gueule révélateur sur les vraies raisons de l'effondrement croate.
Quand un champion du monde devient commentateur, il faut s'attendre à ce qu'il dise tout haut ce que les autres pensent tout bas. Dejan Lovren a choisi la voie directe jeudi soir, depuis le studio de HTV, la télévision croate. Après le 2-1 concédé face au Portugal, le défenseur qui a soulevé le trophée en 2018 à Moscou n'a pas trouvé les mots de consolation. Il y avait plutôt de la rage. Une rage froide, celle de quelqu'un qui voit s'écrouler un projet dans lequel il a investi dix ans de sa carrière.
Pourquoi la Croatie n'arrive-t-elle plus à gagner les matchs qui comptent ?
Lovren a mis le doigt sur quelque chose que les chiffres confirment : la Croatie, finaliste du dernier Mondial en Russie, n'a remporté que 3 matchs sur 8 depuis cette époque aux grandes compétitions. Trois victoires en huit tentatives. C'est le bilan exact d'une nation qui vit sur sa réputation plutôt que sur sa réalité présente. Le Portugal a simplement été plus efficace, plus cynique aussi, capitalisant sur les deux erreurs défensives qui ont fait la différence.
Ce qui blesse Lovren, c'est que la Croatie a eu des occasions pour contrecarrer ce scénario. Mais voilà, il faut les marquer, ces occasions. À ce niveau de la compétition, une demi-chance, c'est presque un luxe. Le Portugal l'a su. Cristiano Ronaldo et ses coéquipiers ont fait le job sans faire rêver. C'est justement ce que Lovren reproche : cette absence de charisme offensif, ce manque de mordant quand les enjeux sont maximaux. La Croatie joue à zéro prise de risque, et ça finit par la paralyser.
À qui la faute quand une génération s'use mais refuse de partir ?
Le cœur du problème, c'est l'âge de ce groupe. Lovren lui-même le sait puisqu'il en est l'un des symboles. Luka Modrić a 37 ans. Ivan Rakitić et Mateo Kovacic ne sont pas loin de la trentaine. Cette génération dorée a gagné en 2018, a raflé un trophée de Ligue des nations en 2020, mais elle refuse de laisser la main. Comment le lui reprocher ? Quand tu as levé un trophée comme celui-ci, l'envie de recommencer reste intacte. Sauf que la physiologie, elle, s'étiole.
Le sélectionneur Zlatko Dalić n'a pas réussi son pari : créer une transition entre ces anciens monstres sacrés et une nouvelle garde. La Croatie avait les ingrédients d'un renouvellement, mais elle a choisi de faire confiance aux certitudes plutôt qu'aux jeunes pousses. Résultat : elle se retrouve éliminée par le Portugal, qui a son propre vieillissement à gérer mais qui possède au moins une efficacité contumace. Lovren, lui, voit cette débâcle comme une trahison envers le projet que lui et ses camarades ont bâti.
Un coup de gueule solitaire ou le cri de toute une nation ?
L'intervention du défenseur a surpris par son intensité. Pas de langue de bois habituelle, pas de phrases lénifiantes. Lovren a parlé en champion frustré, celui qui sait exactement où ça cloche parce qu'il l'a vécu de l'intérieur pendant une décennie. Et cette colère, elle reflète celle de tout un peuple qui croyait sincèrement à une deuxième montagne après 2018.
En Croatie, 10 millions d'habitants pour une nation footballistique qui avait osé défier le géant français en finale. Ce n'est pas rien. Les attentes étaient à la hauteur. Quand tout ça s'écroule contre le Portugal, en seizièmes, sans vraiment combattre, ça laisse un goût de cendre. Lovren a eu le courage de l'exprimer publiquement. D'autres vont le dire dans les cafés de Zadar ou de Split pendant des mois, mais ils le diront plus doucement. Le message était clair : cette Croatie-là a terminé son cycle.
Reste maintenant à savoir si Dalić tirera les conclusions nécessaires. Pour que la Croatie renaisse, il faudra sacrifier les figures tutélaires et faire confiance à la génération suivante. C'est le chemin long, celui que personne ne veut prendre quand on peut s'accrocher au passé. Mais c'est le seul qui mène quelque part quand tu ne joues plus les premiers rôles.