Ce soir à 1h, la Seleção et les Vatreni relancent leur rivalité en seizième de finale de la Coupe du Monde 2026. Deux trajectoires opposées, un seul vainqueur possible.
Huit ans. C'est le temps qu'il a fallu à la Croatie pour revenir au rendez-vous des grandes compétitions avec cette même intensité. Lorsque Luka Modrić et ses coéquipiers avaient poussé la France jusqu'aux prolongations en finale de Russie 2018, peu imaginaient que le petit pays adriatique referait aussi rapidement surface au cœur du tournoi. Et pourtant, voilà les Vatreni en seizième de finale de la Coupe du Monde 2026, face à un Portugal que personne n'attendait ici.
Pourquoi ce match tourne autour d'une génération en sursis ?
Cristiano Ronaldo, 41 ans ce janvier, incarne le paradoxe de cette Seleção américaine. La légende mancunienne n'a toujours pas fermé le livre de sa carrière en sélection, et son dernier souffle pourrait bien s'éteindre sur les pelouses texanes. Aux côtés de Bruno Fernandes, dont la maestria au milieu maintient artificiellement la Seleção sous perfusion, Ronaldo doit trouver des jambes qui ne lui obéissent plus avec la même docilité. Fernando Santos a confié la responsabilité à des joueurs comme Diogo Jota et Rafael Leão, figures plus jeunes censées compenser l'usure du temps. Mais l'attaque portugaise reste fragile : 7 buts en phase de poules, un rendement certes suffisant pour passer, mais loin de l'aura dominatrice qu'on attendait d'une équipe de cette envergure.
La Croatie, elle, navigue sans ses géants de 2018. Modrić, Rakitić, Mandžukić : tous ont plié bagage. Mateo Kovačić devient le maître à bord du milieu, secondé par Marcelo Brozović, tandis que Marco Pasalić tente de faire taire les critiques sur la vétusté de l'effectif (l'âge moyen de 28,4 ans parle de lui-même). Damned Suchoparevič, sélectionneur depuis avril 2024, a la responsabilité quasi existentielle de prouver que cette nation peut survivre sans ses monuments historiques. Jusqu'ici, la Croatie s'est contentée de passer en deuxième place de son groupe, un résultat qui ne rassure personne.
Qui contrôlera vraiment le ballon ce soir à Dallas ?
Le Portugal sortirait naturellement favori sur le papier. Bruno Fernandes n'a pas son pareil pour diriger le trafic depuis le point de penalty, et les latéraux portugais possèdent cette vitesse qui peut terroriser une arrière-garde croate vieillissante. Mais le pessimisme n'est jamais bon conseiller : Santos a cette habitude, depuis longtemps, de livrer des compositions souvent inattendues. Attendez-vous à voir Vitinha aux côtés de Fernandes plutôt qu'une hiérarchie claire. Cette flexibilité tactique pourrait être une arme.
La Croatie, elle, comptait sur l'immuable 4-3-3 qui a fait ses preuves. Lovren et Vida en charnière, Pasalić en meneur de jeu offensif : rien de très surprenant, sauf peut-être l'intégration d'un ailier jeune comme Marko Miličević aux côtés de Kramarić. Le vrai débat croate tourne autour de la capacité à étouffer le Portugal au pressing : avec 4,8 tacles par match, la Croatie excelle à l'interpellation directe, une stratégie dangereuse face à un Ronaldo qui adore les espaces de transition.
Quel scénario scelle l'accès aux huitièmes de finale ?
Un but, peut-être deux. C'est le volume auquel on peut s'attendre ce matin du 17 janvier. Les deux équipes sont trop usées tactiquement pour livrer un spectacle débridé. Le Portugal aura l'opportunité d'ouvrir le score d'ici la mi-temps par un coup de génie de Fernandes ou une accélération de Leão. La Croatie, elle, jouera les profiteurs : une erreur défensive, une transition mal gérée, et Kramarić ou Oršić peuvent surgir des ombres pour égaliser. Les prolongations ? Possible. Auquel cas, le désavantage physique du Portugal devient un handicap rédhibitoire.
Les compositions sont attendues inchangées depuis les phases de poules, si ce n'est quelques rotations d'ajustement. Aucune des deux sélections n'a les moyens de surprendre massivement. Ce qui attend à Dallas, c'est une bataille usée, gérée, une affaire d'efficacité plutôt que de domination. Huit ans après leur duel en finale, Portugal et Croatie se retrouvent en position inverse : l'un défend un héritage vacillant, l'autre tente de résister à l'oubli. Seul le score saura qui avait raison.