Huit ans après la finale de Russie, le légendaire milieu croate ravive ses regrets face à la France. Une blessure qui ne cicatrise pas avant le prochain Mondial.
Les cicatrices du football ne disparaissent jamais vraiment. Luka Modric en sait quelque chose. Interrogé par L'Équipe quelques jours avant de retrouver la Coupe du Monde avec la Croatie, le milieu de terrain du Real Madrid revient obsédé par cette finale de Russie en 2018, ce match qu'il aurait pu et dû gagner. Huit ans d'écart, et la frustration demeure intacte. Ce n'est pas de la complaisance ou du regret trop tard ; c'est la marque d'un compétiteur qui sait exactement ce qui lui a échappé.
Une finale qui continue de le hanter
Le 15 juillet 2018 au Loujniki, à Moscou. La Croatie à quatre-vingt-dix minutes du rêve absolu. Modric sur le terrain, évoluant au plus haut niveau depuis des années, porteur du ballon, responsable du jeu. Et puis cette France, avec Mbappé et Griezmann qui finissent par s'imposer 4-2. Pas un match serré où on pouvait prétendre au hasard. Une défaite nette, humiliante même pour une équipe qui avait fait l'exploit de venir en finale.
Ce que Modric confie à L'Équipe, c'est une rage à peine contenue. Pas contre les Français spécifiquement, mais contre l'idée même que sa Croatie n'a pas eu sa chance ce jour-là. À trente-trois ans maintenant, conscient que les occasions d'ajouter une Coupe du Monde à son Ballon d'or deviennent rares, il porte toujours ce poids. Le milieu du Real Madrid sait que 2018 était peut-être sa meilleure fenêtre : il était au sommet, l'équipe croate était prête, les dieux du football souriaient à Zagreb.
Cette frustration qui transpire dans l'entretien n'est pas qu'une nostalgie passéiste. Elle alimente encore son engagement. Chaque préparation de Coupe du Monde devient une revanche, un effort pour effacer ce qui ne peut pas être effacé. C'est psychologique, bien sûr, mais c'est aussi ce qui fait les grandes carrières. Les champions ne lâchent prise que quand on les force à disparaître du terrain.
Une Croatie qui refuse de baisser les bras
Depuis 2018, la Croatie n'a jamais vraiment disparu de la compétition mondiale. Trois éditions de Coupe du Monde se sont succédé, et à chaque fois, Zagreb a montré sa solidité défensive, son collectif éprouvé. Modric, avec plus de cent quarante sélections, reste l'épine dorsale de cette machine.
La sélection croate compte sur lui comme jamais. À un âge où beaucoup auraient raccroché, notamment après une Coupe du Monde décevante quatre ans plus tôt, Modric continue. Il n'a pas gagné à Russie en 2018. Il ne montait pas sur le podium en 2022 au Qatar. Mais il revient. Cette obstination, c'est celle d'un homme qui sait que le football lui permet encore de se battre, encore d'espérer.
Le contexte géopolitique rend aussi cette quête plus complexe. La Croatie, petite nation de quatre millions d'habitants, doit rivaliser avec des géants financiers et démographiques. Chaque parcours des Croates en compétition internationale reste un exploit collectif, jamais une fatalité. Modric incarne cette résilience. Et quand il regarde en arrière vers 2018, il voit surtout un rendez-vous manqué, une histoire inachevée.
L'horloge tourne, le rêve s'éternise
Il y a un timing cruel au football. Modric en est parfaitement conscient. Il ne jouera pas éternellement. Son Real Madrid lui offre encore une scène mondiale, son club étant régulièrement compétitif en Ligue des champions. Mais à la Coupe du Monde, chaque édition devient un pari : sera-ce la dernière chance ou reste-t-il une fenêtre d'opportunité ?
Cette rage de 2018 ravivée en 2024 ou 2025 (avant chaque Mondial) n'est donc pas juste nostalgie stérile. C'est combustible. C'est la rage d'un champion qui refuse l'acceptation paisible de ses limites. Modric sait qu'il n'était pas seul à Moscou ; la Croatie entière porte ce poids. Et dans les vestiaires de la sélection croate, ces paroles du légendaire milieu résonnent comme une exhortation : on ne renonce pas, on revient, on essaie encore.
Pour Modric, pour la Croatie, la Coupe du Monde suivante ne sera jamais qu'une compétition ordinaire. Elle sera toujours la chance de réécrire l'histoire, de combler le vide de Russie. Voilà ce que laisse entendre cette confession à L'Équipe. Voilà aussi pourquoi, même affaibli par les années, le maestro de Madrid reste une menace pour tous les favoris. La frustration fait les meilleurs acteurs du jeu.