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Football

Mbappé aurait pu manquer la demi-finale 2018, Deschamps lève le secret

Par Thomas Durand··4 min de lecture·Source: Footmercato

La veille de la demi-finale contre la Belgique, Kylian Mbappé était au bord de l'abandon. Didier Deschamps revient sur cet instant d'une fragilité méconnue avant le tournant du Mondial russe.

Mbappé aurait pu manquer la demi-finale 2018, Deschamps lève le secret

Vingt-quatre heures avant de marquer l'un des deux buts les plus importants de sa jeune carrière, Kylian Mbappé envisageait sérieusement de jeter l'éponge. Pas une blessure. Pas une sanction. Quelque chose de plus intime, de plus corrosif. Un doute si massif qu'il frôlait l'anéantissement. Didier Deschamps vient de révéler dans un entretien au Parisien comment son capitaine a dû convaincre le phénomène de 19 ans de se présenter sur le terrain de Saint-Pétersbourg le 10 juillet 2018, ce mercredi qui scella à jamais le destin de cette génération dorée.

Difficile d'imaginer le scénario aujourd'hui. Mbappé au seuil du temple, paralysé par l'angoisse, tandis que la France se prépare à affronter la Belgique de Hazard et de Courtouan dans ce qui allait devenir le match que tout le monde attendait. L'histoire aurait pu bifurquer là, à cet instant fugace, tellement français dans sa fragilité.

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Pourquoi un jeune homme capable de vitesse supersonique aurait-il eu peur?

La pression, d'abord. Celle qui écrase les épaules à 19 ans quand votre nation entière vous regarde, quand chaque faux pas devient un drame national. Mbappé n'était pas un rookie quelconque arrivant en Russie. Il venait de marquer 13 buts en Ligue 1 la saison précédente, il incarnait l'avenir du ballon français. Les attentes envers lui ne rentraient pas dans des stades. Elles débordaient.

Mais il y a plus. Il y a cette accumulation de fatigue mentale, d'interrogations sur son propre niveau après un tournoi de groupe où il n'avait marqué qu'une fois, où ses performances semblaient, il faut bien le dire, convenables mais pas écrasantes. Les journalistes français, friands de surinterprétation, commençaient à murmurer. Et ces murmures pèsent sur les jeunes esprits bien plus que les clameurs ne les portent.

Deschamps, ancien capitaine lui-même, connaissait cette partition. Il savait que les plus grands talents sont souvent les plus tourmentés. Pas par une seconde de découragement ordinaire, mais par une forme plus profonde de questionnement sur la légitimité de sa place. Mbappé n'était pas loin de crack.

Comment un entraîneur ramène-t-il un enfant prodige au bord du gouffre?

Ce que Deschamps a fait relève presque de l'alchimie. Pas de discours flamboyant. Pas de piqûre de motivation hollywoodienne. Le capitaine des Bleus s'est assis avec Mbappé et lui a parlé comme un père parle à un fils qui doute. Il lui a rappelé que les plus grandes moments de l'histoire du sport naissent précisément de ces instants de fragilité surmontés. Que jouer une demi-finale de Coupe du Monde, ce n'était pas une épreuve — c'était un privilège que la plupart des humains ne connaîtraient jamais.

Il lui a dit aussi, implicitement, que renoncer serait trahir non seulement la nation mais ce qu'il y avait de meilleur en lui-même. Pas une menace. Une incitation à la grandeur.

Et puis il y a eu le foot lui-même. Souvent, le remède au doute existe déjà dans le jeu. Il suffit de jouer. Mbappé s'est présenté à Saint-Pétersbourg avec ce léger tremblement encore présent, mais avec cette détermination tranquille de celui qui a failli ne pas y être. Il a marqué aux 51 et 86 minutes. Deux buts qui ont changé l'histoire, qui ont offert à la France une finale face à la Croatie.

Qu'est-ce que ce secret nous dit sur la vraie nature des champions?

Ce que Deschamps révèle tardivement, c'est que les champions ne sont pas immunisés contre le doute. Ils y nagent dedans. La différence, c'est qu'ils trouvent un moyen de traverser la nuit. Mbappé, à 19 ans, aurait pu craquée. Et puis il ne l'a pas fait. Il s'est construit une force additionnelle ce jour-là, celle qu'on acquiert seulement en affrontant son propre écroulement.

Six ans plus tard, en lisant cette confession de Deschamps, on comprend pourquoi Mbappé porte encore en lui cet équilibre fragile entre la confiance absolue et l'autocritique qui jamais ne le quitte. C'est parce que même à son apogée, il se souvient de cette veille à Saint-Pétersbourg où tout aurait pu ne jamais arriver. Où un coup de flip aurait pu l'écraser à jamais.

On sait aujourd'hui comment l'histoire s'est déroulée. Mbappé a remporté la Coupe du Monde. Il est devenu le plus jeune buteur de la finale depuis Pelé. Et puis il a grandi, a trébuché, a appris. Ce qu'on ne savait pas jusqu'à présent, c'est qu'il aurait pu ne rien en être. Que le football français aurait pu sortir de ce Mondial avec un regret rongeur, celui d'un talent qui a préféré le silence à la scène.

Avec cette révélation, Deschamps ne rend pas seulement hommage au génie du jeune homme. Il hommage aussi à celui qui l'a sauvé du doute. Et ça, c'est un vestige précieux.

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