Marcel Desailly ne mâche pas ses mots face aux prestations décevantes de Kylian Mbappé en bleu. L'ancien défenseur chamboule le débat autour de la star du Real Madrid.
Il aura fallu attendre les commentaires sans détour de Marcel Desailly pour que le malaise devienne franchement audible. Pas de langue de bois chez l'ancien champion du monde 1998, juste des constats qui résonnent comme des gifles dans le vestiaire de la sélection française. Mbappé, c'est le sujet qui colle à la peau de Didier Deschamps depuis des mois, et voilà que le débat change de nature.
Pourquoi Desailly casse-t-il l'omerta autour de Kylian?
Parce qu'on ne peut plus passer à côté. Le match contre l'Irlande du Nord a servi de catalyseur. Une performance évanescente de l'attaquant français qui aurait pu passer inaperçue en club mais qui, en équipe de France, prend des allures de scandale silencieux. Les observateurs patinent. Les supporters grognent. Et Desailly, lui, décide d'arrêter la comédie polie.
L'ancien défenseur milanais a développé au fil des années un regard cru sur le jeu, détaché des convenances médiatiques qui encagent souvent les anciennes gloires du football français. Quand il parle de Mbappé, ce n'est pas pour faire le buzz — c'est pour dire à haute voix ce que les observateurs chuchotent dans les couloirs du centre d'entraînement de Clairefontaine. Le décalage entre la star planétaire du Real Madrid et l'ombre qui rôde depuis quelques mois en sélection, voilà le vrai sujet.
Statistiquement, les chiffres ne sont pas catastrophiques. Mais le football, on le sait bien, n'est pas qu'une affaire de chiffres. Mbappé a marqué 46 buts en 80 sélections, un ratio impressionnant qui cache pourtant une tendance à la baisse récente. Ses prestations manquent d'éclat, de cette imperméabilité défensive qui le caractérisait autrefois, de cette capacité à transfigurer un match par sa seule présence. À 25 ans, en pleine maturité footballistique, on attend autre chose.
Deschamps joue-t-il avec le feu en maintenant Mbappé au premier plan?
C'est la vraie question qui agite les nuits du sélectionneur français. Maintenir sa confiance en Mbappé relève presque de l'acte de foi tant les résultats deviennent problématiques. Mais le lâcher, c'est admettre que quelque chose a cassé. Deschamps n'a jamais aimé les demi-mesures.
Le sélectionneur français se trouve piégé dans une situation délicate. Mbappé reste un atout majeur — on n'efface pas deux décennies de talent d'un trait — mais son rendement actuel ne justifie plus les traitements de faveur tacites dont il jouit. À l'inverse, lui demander de prouver sur chaque match crée une pression supplémentaire qui pourrait l'enfoncer davantage. Un cercle vicieux.
Desailly, lui, ne se soucie pas de ces équilibres délicats. Il énonce les faits. Et les faits disent que la France ne peut pas se permettre de transporter un élément d'une telle stature s'il n'apporte plus les fruits attendus. Pas au niveau où nous évoluons. Pas dans une compétition où chaque détail compte. La Coupe d'Europe approche, et cette question hante les pensées de tous ceux qui suivent l'équipe de près.
Real Madrid saura-t-il raviver l'étincelle que Mbappé perd en bleu?
Voilà le grand mystère. À Madrid, sous les ordres de Carlo Ancelotti, Mbappé s'épanouit. Ou du moins, il s'épanouit davantage qu'en sélection. L'attaquant français a contribué à des performances de haut niveau avec le Real, même si les défis européens ont montré leurs limites face aux meilleures équipes continentales. Mais le contexte du club n'est pas celui de la sélection.
En équipe de France, il n'y a pas d'excuse. Pas de système trop rigide, pas d'entraîneur qui ne le comprend pas, pas de coéquipiers insuffisants. Les Bleus possèdent l'un des effectifs les plus impressionnants d'Europe. Et pourtant, Mbappé y semble parfois étranger, détaché, presque ennuyé par l'exercice. Les critiques de Desailly touchent juste parce qu'elles nomment l'impensable: que Kylian Mbappé ne soit peut-être pas aussi indispensable qu'on l'imaginait.
Les prochains matchs de qualification ou de compétition officielle serviront de thermomètre. Peut-il se réinventer? Peut-il retrouver cette faim qui le consumait à ses débuts en bleu? Ou avons-nous basculé dans une nouvelle ère, celle où même les plus grands doivent affronter le doute? Desailly a ouvert le débat. À Mbappé de le fermer. Sur le terrain, comme il se doit.