Edin Terzić devient l'entraîneur de l'Athletic Bilbao. Le technicien allemand quitte définitivement Dortmund pour relancer le projet basque.
Il y a des arrivées qui sonnent comme des tournants. Celle d'Edin Terzić à l'Athletic Bilbao, c'est un électrochoc. Dix-huit mois après avoir porté le Borussia Dortmund en finale de Ligue des champions, le technicien allemand de 41 ans s'installe au San Mamés pour succéder à Ernesto Valverde. Un choix qui dit tout des ambitions du club basque et de la trajectoire personnelle d'un homme qui refuse de se résigner à l'inaction.
Le pedigree européen face au conservatisme basque
Terzić n'arrive pas les mains vides. En deux ans et demi à Dortmund, il a construit une équipe capable de faire trembler l'Europe entière. 31 victoires en 47 matchs de Ligue des champions, une finale en juin 2024 perdue contre le Real Madrid malgré une domination à Wembley, et surtout une philosophie de jeu vertébrale. Voilà ce qu'il apporte au Pays basque. Valverde, c'était de la gestion respectable, pragmatique, ancré dans la tradition. Terzić, c'est du courage tactique, de la construction à la sauce allemande, du potentiel.
Son arrivée fend l'atmosphère du club comme un couteau. L'Athletic, c'est une institution fermée, presque monastique, attachée à ses traditions. Depuis cinquante ans, l'effectif se recrute essentiellement au Pays basque. Terzić va imposer une vision plus cosmopolite, plus tournée vers l'Europe. Cela crée des frictions, forcément. Mais c'est aussi ce qui manquait pour passer un cap. Le club n'a plus remporté la Liga depuis 1984. En Coupe d'Espagne, la dernière victoire remonte à 2009. Ces chiffres résonnent comme des accusations pour une institution de cette taille.
Le technicien allemand connaît ce type de défi. À Dortmund, il a hérité d'une équipe en reconstruction après les départs de Jude Bellingham et autres joyaux. Il a transmuté les absences en force collective. Son système repose sur la possession intelligente, la circulation rapide, et une défense agressive qui suf foque les adversaires dès leur sortie de ballon. C'est ce modèle qui va déferler sur la Primera División espagnole.
Athletic mise tout sur le renouveau et la patience européenne
L'Athletic n'a pas choisi Terzić par nostalgie. Le club basque s'est construit une armada offensive intéressante avec Iñaki Williams, Nico Williams qui revient de ses exploits à l'Euro 2024, et des milieux de terrain comme Oihan Sancet. 7 victoires en 15 matchs avant ce changement d'entraîneur, c'est insuffisant pour un club qui prétend au podium. Terzić arrive précisément pour transformer cette pépite en or massif. Williams junior, en particulier, offre le profil de ces ailiers modernes que le coach allemand sait extraire au mieux. Rapide, technique, capable de combiner et de créer, Williams est la pierre d'angle du projet.
Mais Terzić n'aura pas la liberté financière d'un Florentino Pérez ou d'un Jean-Noël Buffet. L'Athletic fonctionne selon ses règles économiques propres, liées à son statut de club coopératif. Les gros achats sont rares, les investissements modérés. Le coach devra jongler avec des restrictions que certains considèreraient comme des handicaps. Pour lui, c'est un puzzle à résoudre.
Sa première mission sera d'harmoniser l'effectif et d'instaurer une discipline collective. À Dortmund, Terzić s'était battu contre une certaine friabilité mentale de ses joueurs face aux grands matchs. À San Mamés, il trouvera peut-être plus de caractère, plus de dureté. Le Pays basque n'a pas la réputation d'enfanter des créateurs excessivement individuels, mais plutôt des collectifs robustes. C'est un matériau de base intéressant.
La question maintenant est celle du calendrier. Terzić aura besoin de stabilité, d'au moins deux ou trois saisons pour mettre en place son schéma et en récolter les fruits. L'Athletic peut-il lui accorder ce luxe? Le club basque est condamné à réussir, rapidement. Ce paradoxe entre la patience nécessaire et l'impatience structurelle du football moderne sera le vrai terrain d'affrontement.
- 3 trophées en tant qu'entraîneur (2 Coupes de l'Alémagne avec Dortmund)
- 34 matchs sans défaite en Ligue des champions avec le Borussia
- 1984 : dernière Liga remportée par l'Athletic
- 15 ans d'écart entre Terzić et Valverde en termes de philosophie tactique
Terzić à San Mamés, c'est aussi une affirmation pour la Ligue espagnole. La Liga avait besoin d'une injection de modernité. Le Français Carlo Ancelotti incarne la continuité tranquille. Le nouvel entraîneur de l'Athletic, lui, représente le changement, la rupture assumée. Les prochains mois diront si cette cure de jouvence transformera un géant régional en véritable compétiteur européen, ou si San Mamés restera une belle citadelle respectable mais inachevée. Pour Terzić, c'est une dernière chance de façonner un projet de zéro. Il ne l'entend pas gaspiller.