Le sélectionneur français a dénoncé l'agressivité du Paraguay après la victoire 1-0 des Bleus. Mbappé a échappé de peu à des blessures dans une rencontre émaillée de coups.
Le jeu antifootball existe. Il s'appelle le Paraguay, et il joue depuis des décennies avec les mêmes armes : des crampons pointus, une ignorance volontaire du règlement et surtout, une certaine philosophie du combat. Mercredi à Asunción, la Albirroja a rappelé qu'elle maîtrise cet art mieux que quiconque, forçant Didier Deschamps à serrer les dents pendant quatre-vingt-dix minutes tandis que la France gagnait difficilement 1-0 grâce à un but d'Eduardo Vargas.
Une victoire entachée par la brutalité
Au micro de M6 après la rencontre, le sélectionneur français ne s'est pas retenu. Didier Deschamps a exprimé son inquiétude pour la sécurité physique de Kylian Mbappé, cible privilégiée des défenseurs paraguayens qui semblaient considérer chaque tacle comme une opportunité de démonstration de force. « Nous avons eu peur pour Kylian », a déclaré le technicien tricolore, résumant en une phrase la philosophie du match : remporter la qualification, certes, mais au prix de quoi?
Cette rencontre illustre un paradoxe du football sud-américain moderne. Le Paraguay n'a jamais caché son mépris pour l'esthétique du jeu. Avec un classement FIFA autour de la 50e place mondiale, l'équipe nationale n'a pas les ressources offensives pour rivaliser techniquement avec les Bleus. Reste la tactique du terrain bien connu : des interventions musclées, une discipline tactique rigide et une certaine complaisance des arbitres face aux écarts. Sur les quatre-vingt-dix minutes, le Paraguay a commis 17 fautes, un chiffre qui parle de lui-même. Trois cartons jaunes seulement, comme si l'arbitre régulait un match de rugby plutôt que de football.
Mbappé, bien sûr, concentrait l'hostilité. L'attaquant du Real Madrid, star du match, était littéralement traqué. Chaque prise de ballon générait une réaction disproportionnée : une semelle, un coude, une épaule. Deschamps craignait une blessure qui aurait pu précipiter un scénario catastrophe pour le calendrier français, déjà chargé par les demi-finales de Ligue des champions à venir. Un tacle mal dosé, et c'était la rupture ligamentaire, l'indisponibilité sur plusieurs semaines, les regrets éternels. Le sélectionneur savait ce qu'il voyait : non pas du football agressif, mais une volonté délibérée de gêner sans limite.
La tradition dérangeante du football paraguayen
On ne peut pas blâmer le Paraguay d'inventer cette approche. Le pays a une longue histoire de compétitions acharnées où la tactique défensive était un art de vivre. Sous Gregorio Pérez ou Francisco Arce, la Albirroja s'était forgée une réputation redoutable : des équipes sans trop de qualité technique, mais avec une organistion défensive implacable et une agressivité qui mettait mal à l'aise les adversaires. Cette philosophie a permis au Paraguay d'atteindre une demi-finale de Copa América en 2011, un exploit relatif pour un pays de 6 millions d'habitants.
Mais le contexte change. Aujourd'hui, le Paraguay traverse une phase de transition difficile. Daniel Garnero, l'entraîneur actuel, doit jongler avec un effectif vieillissant et un manque cruel de talent émergent. Les vedettes d'antan — Roque Santa Cruz, Óscar Cardozo — sont parties. Les jeunes pépites tarde à émerger. Face à cette impasse sportive, la tentation est grande : miser sur la musculature, accepter la défaite morale en échange d'une abnégation défensive qui rend chaque match pénible pour l'adversaire.
C'est précisément ce qui s'est passé à Asunción. Avec très peu d'occasions créées — seulement deux tirs cadrés selon les statistiques officielles — le Paraguay s'en remettait à son implacabilité défensive et à ses écarts de discipline. Une stratégie désespérée, certes, mais aussi infiniment frustrante pour une équipe comme la France, habituée à dominer techniquement. Deschamps savait que cette difficulté provenait moins de la compétence tactique que du refus pur et simple de jouer au football.
Les conséquences et l'impatience des Bleus
La victoire 1-0 sur le Paraguay soulève des questions plus larges sur la préparation des Bleus avant les grands rendez-vous. En mars et septembre 2025, la France devra affronter des équipes de calibre international bien supérieur. Les Allemands, les Anglais, les Espagnols — aucun ne s'amusera à jouer au Paraguay. Or, ces rencontres face à des adversaires rustiques sont souvent révélatrices de la capacité d'adaptation d'une équipe. Peut-on vraiment dire que la France a été impressionnante contre Asunción? Non.
Le risque d'une telle approche paraguayenne est qu'elle crée de la frustration, voire de l'usure mentale. Après quatre-vingt-dix minutes à esquiver des coups plutôt qu'à construire du jeu, les jambes et surtout la tête souffrent. Mbappé, Jude Bellingham, Aurélien Tchouaméni — tous ces joueurs de classe mondiale ont passé le match à se protéger plutôt qu'à exprimer leur talent. C'est une perte d'investissement pédagogique. Aucun entraîneur au monde n'aime ces rendez-vous.
Deschamps avait d'ailleurs raison de rester vigilant. Une blessure à Mbappé aurait eu des ramifications bien au-delà du simple score du jour. Les calendriers des clubs et sélections sont imbriqués de manière délicate. Le Real Madrid compte sur Mbappé pour ses ambitions continentales. L'équipe de France compte sur lui pour ses compétitions à venir. Un tacle maladroit du Paraguay aurait pu créer un problème diplomatique et sportif.
Reste que la France a gagné. C'est le principal. Mais cette victoire morale de la Albirroja — avoir imposé sa loi physique pendant quatre-vingt-dix minutes — dit aussi quelque chose d'inconfortable sur le football international moderne. Dans un monde où les équipes les plus riches dominent techniquement, la brutalité reste l'ultime recours des faibles. Le Paraguay l'a bien compris. Deschamps aussi.