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Football

Sénégal en crise, le porte-parole sacrifié sur l'autel des querelles internes

Par Thomas Durand··4 min de lecture·Source: Footmercato

Après l'élimination de la Coupe du monde, la Fédération sénégalaise de football se déchire. Le chargé de communication devient le bouc émissaire d'une institution gangrenée par les règlements de comptes.

Sénégal en crise, le porte-parole sacrifié sur l'autel des querelles internes

Quand une sélection nationale s'effondre, on cherche les responsables. Au Sénégal, on vient de trouver un nouveau coupable : le chargé de communication de la Fédération. Voilà comment fonctionnent les crises d'État du football africain. On ne raisonne pas sur les vrais problèmes. On purge. On exécute. On regarde ailleurs.

L'homme qui était censé donner la parole aux Lions se retrouve éjecté du navire qui coule. Étrange timing, non ? Juste après une élimination qui a traumatisé tout un pays, on découvre que les vrais drames ne se jouent pas sur le terrain. Ils se jouent dans les bureaux de la fédération, où règnent des querelles de pouvoir qu'aucun trophée ne résoudra jamais.

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Quand le porte-parole devient le responsable de tout

On connaît cette mécanique. La sélection perd, donc c'est la faute du sélectionneur. Le sélectionneur part, c'est la faute du président. Le président demande des comptes, et miraculeusement, le chargé de communication devient encombrant. Ses déclarations maladroites, ses silences pesants, ses prises de parole « mal calibrées ». Après trois mois d'analyse, on découvre que c'était lui, le cancer.

Sauf qu'ici, comme souvent en Afrique de l'Ouest, il y a plus sombre sous-jacent. Les révélations qui s'accumulent depuis l'élimination de la Coupe du monde ne parlent pas que d'une maladresse communicationnelle. Elles parlent de fissures profondes dans la gouvernance de la Fédération sénégalaise de football. Des tensions qui remontent bien avant le dernier mois. Des rivalités qui ont probablement nourri une préparation chaotique.

Le scénario classique : on ne sait plus qui commande. Le directeur général contredit le sélectionneur. Le président joue les deux camps. Le chargé de communication, lui, essaie de faire le boulot avec les infos qu'on veut bien lui donner. Et quand tout s'écroule, c'est sa tête qu'on demande. Pratique. On gagne du temps. On montre qu'on agit. On crée l'illusion que quelque chose bouge.

Une institution qui se mord la queue plutôt que de se regarder en face

Ce qui frappe, c'est la récurrence de ces crises internes dans le football sénégalais. Une élimination, une enquête de deux semaines, des révélations gênantes, des licenciements pour sauver les apparences, et puis silence. Jusqu'à la prochaine catastrophe. Le Sénégal a vécu cela après la Coupe d'Afrique des Nations 2021. Cela s'est reproduit après la Coupe du monde 2022. Et probablement cela se reproduira.

L'écartement du chargé de communication est un symptôme, pas une guérison. On traite la fièvre alors que le diagnostic montre une infection généralisée. Combien de dirigeants de la fédération ont véritablement rendu des comptes sur leurs compétences réelles ? Combien ont expliqué comment on prépare une Coupe du monde avec des tensions permanentes à la tête de l'institution ? Et surtout, combien de changements de structure, de vraies réformes de gouvernance, verront le jour après ce bazar ?

Les Lions auraient eu besoin d'une sélection unie. D'un staff technique en confiance avec la direction. De professionnels qui se parlent plutôt que de se bloquer en réunion. Ils ont eu l'inverse. Et maintenant, on vire le communicant. Comme si corriger la narration réglerait le problème.

Ce qui inquiète davantage, c'est que cette pratique du bouc émissaire ralentit la véritable introspection. Au lieu d'analyser quels dirigeants ont échoué, quelles décisions ont été mauvaises, quels processus de sélection étaient défaillants, on préfère sortir un nom des effectifs. C'est plus facile. C'est plus rapide. Et politiquement, c'est plus rentable pour celui qui ordonne le coup.

  • 92 sélectionneurs en Afrique de l'Ouest en dix ans (taux de rotation record parmi les fédérations africaines)
  • 74% des crises fédérales en Afrique centrale et occidentale liées à des conflits de pouvoir internes plutôt qu'à des performances sportives insuffisantes
  • Plus de 15 restructurations majeures à la FSF depuis 2015, aucune accompagnée d'un audit indépendant complet
  • 500 000 euros, budget approximatif consacré aux communications externes du Sénégal en 2022, pendant que les terrains d'entraînement paient des arrérages d'électricité

Le Sénégal a des joueurs de classe mondiale. Sadio Mané, Kalidou Koulibaly, Idrissa Gana Gueye : le talent est là. Mais le talent seul ne gagne pas de Coupe du monde. Et les Lions l'ont compris trop tard. Pas parce que le chargé de communication n'a pas bien fait son travail. Mais parce qu'au-dessus, il n'y avait personne pour vraiment diriger.

Maintenant, on attend. On attend la nouvelle réforme promises. On attend les vraies têtes qui tomberont. On attend que quelqu'un explique comment on prépare un Mondial sans clarifier qui décide quoi. Mais si l'histoire du football africain nous a appris quelque chose, c'est que ces attentes ne aboutissent rarement à des changements durables. Juste à des remaniements de façade, et à un nouveau communicant qui fera le même job impossible avec les mêmes problèmes irrésolus.

Le Sénégal mérite mieux que ça. Et ses Lions aussi.

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