Pour la deuxième fois cette saison, l'OM file en stage à Marbella. Une décision qui fait tiquer Eric Di Meco et relance les questions sur la méthode Beye.
«Tu t'appelles toujours l'OM, mais pour l'Olympique de Marbella.» La pique d'Eric Di Meco fait mouche. Elle est courte, chirurgicale, et elle dit tout ce que beaucoup pensent tout bas dans les travées du Vélodrome. Habib Beye vient d'envoyer son groupe en stage à Marbella pour la deuxième fois de la saison. Deux fois. Dans le même exercice. À quelques semaines du sprint final en Ligue 1. Ce choix, assumé par le coach phocéen comme un levier de cohésion, commence à faire grincer des dents bien au-delà du cercle des consultants télé.
Marbella, refuge ou fuite en avant ?
Le soleil espagnol a ses vertus. Aucun doute là-dessus. Un groupe coupé du bruit marseillais, loin des médias, loin de la pression du Vélodrome — sur le papier, la logique est défendable. Beye l'a déjà prouvé en début de saison : ce premier séjour andalou avait semblé ressouder un vestiaire en construction, encore marqué par les remous de l'intersaison.
Sauf qu'on est en fin de saison. Et que les équipes qui jouent le haut du tableau ne fuguent généralement pas vers la Costa del Sol quand les points valent de l'or. À ce stade de la compétition, les grands groupes travaillent la tactique, peaufinent les automatismes, soignent les organismes. Ils ne font pas leurs valises pour un deuxième séjour dans la même station balnéaire.
C'est précisément ce qui interpelle Di Meco. L'ancien latéral gauche de l'OM, qui connaît le club mieux que quiconque pour y avoir vécu ses heures les plus glorieuses — dont ce titre européen de 1993 qui hante encore les rêves marseillais — ne remet pas en question la bonne foi de Beye. Il remet en question le signal envoyé. Retourner à Marbella, c'est admettre implicitement que quelque chose cloche encore dans ce groupe. Que la cohésion cherchée en début d'exercice n'a toujours pas pris. Que le ciment n'a pas durci.
Beye face au mur du sprint final
Le calendrier, lui, n'attend pas. L'Olympique de Marseille se retrouve engagé dans un sprint final à très haute intensité, avec des concurrents directs qui n'ont aucune intention de faire de cadeaux. Chaque journée de Ligue 1 peut tout basculer, dans un sens comme dans l'autre. Dans ce contexte, la moindre décision du staff est passée au scanner. Et quand cette décision ressemble à s'y méprendre à un aveu de fragilité interne, les observateurs s'emparent du sujet avec appétit.
Habib Beye, lui, assume. Il a fait de la cohésion de groupe l'un des piliers de son projet à Marseille. C'est sa philosophie, son identité de coach. Il croit aux vertus du collectif soudé, à la confiance tissée en dehors des terrains autant que dessus. Difficile de lui reprocher d'avoir une conviction. Mais une conviction répétée deux fois dans la même saison, au même endroit, commence à ressembler à un aveu d'échec partiel plutôt qu'à une stratégie maîtrisée.
Les chiffres ne plaident pas non plus pour une sérénité totale. Depuis la trêve internationale, l'OM a concédé des points précieux, laissant entrevoir des failles défensives et un collectif qui tourne parfois à vide offensivement. Moins de 60% de victoires à domicile sur la phase retour — un ratio insuffisant pour prétendre à quoi que ce soit de sérieux en fin de saison. Le stage à Marbella est peut-être une réponse à ces turbulences. Reste à savoir si le remède est à la hauteur du mal.
À Marseille, chaque décision devient une déclaration de guerre
Il faut rappeler une vérité fondamentale pour comprendre pourquoi une simple décision de stage crée autant de remous : à Marseille, rien n'est anodin. Jamais. Le club le plus passionnel de France n'a pas son pareil pour transformer un stage de préparation en procès en sorcellerie ou, à l'inverse, en symbole d'une renaissance. La ville respire le football différemment. Elle le juge différemment. Et elle le sanctionne différemment.
Habib Beye a pris les rênes d'un club qui sortait d'une période de turbulences — changement de direction, mercato agité, attentes démesurées comme toujours au Vélodrome. Il a voulu installer une culture, un état d'esprit. Certaines de ses décisions ont convaincu. D'autres ont interrogé. Ce deuxième séjour à Marbella tombe dans la deuxième catégorie aux yeux de beaucoup.
Di Meco n'est pas seul dans cette lecture. Dans les couloirs du Vélodrome comme sur les plateaux, la question qui revient est la même : pourquoi un groupe qui joue son avenir sportif dans les prochaines semaines a-t-il besoin d'un deuxième stage de cohésion ? Soit parce que le premier n'a pas suffi. Soit parce que quelque chose s'est fissuré entretemps. Les deux hypothèses sont inquiétantes, chacune à sa façon.
Ce qu'il faut surveiller maintenant, c'est la réponse sur le terrain. Un stage de cohésion ne vaut que par ce qu'il produit dans les semaines qui suivent. Si l'OM enchaîne deux ou trois victoires convaincantes au retour d'Espagne, Beye aura eu raison contre tous les sceptiques, et la blague de Di Meco restera une boutade sans lendemain. Si les résultats tardent encore à venir, si le vestiaire continue d'envoyer des signaux contradictoires, alors la question de fond se posera avec une acuité toute particulière : peut-on vraiment reconstruire un groupe cassé en revenant deux fois dans la même ville espagnole ? Le sprint final donnera la réponse que tous les discours ne peuvent pas offrir.