Arrivé en successeur de De Zerbi à l'OM, Habib Beye découvre la réalité du banc phocéen. Entre résultats fragiles et tensions internes, l'ancien défenseur doit rétablir l'ordre à La Commanderie.
Habib Beye n'imaginait probablement pas que son accession au statut d'entraîneur principal se ferait sous une telle pluie. Trois matchs, zéro victoire, une atmosphère tendue autour du Vélodrome. Voilà le portrait-robot des premiers pas du technicien sénégalais sur le banc de l'Olympique de Marseille, lui qui hérite d'une institution secouée par le départ de Roberto De Zerbi et ses certitudes tactiques.
Le contraste est frappant. Là où l'Italien avait imposé sa vision avec l'autorité d'un homme rodé aux grands championnats européens, Beye doit naviguer dans les eaux tumultueuses de la Canebière avec une crédibilité à construire. Pas de palmarès clinquant à brandir, pas de références internationales sur lesquelles s'appuyer. Juste un carnet de route bien rempli comme joueur — 61 sélections avec le Sénégal, plusieurs années de Ligue 1 — et une première vraie audition où tout semble s'accumuler contre lui.
Quand l'héritage De Zerbi devient un fardeau
Roberto De Zerbi avait laissé une empreinte tactique distincte : un milieu de terrain compact, une pression haute suffocante, des latéraux dans les espaces. Pendant près de deux ans, le Vélodrome avait vibré au rythme de cette philosophie, même si les résultats n'ont pas toujours suivi la beauté du jeu. Beye hérite d'effectifs construits pour ce système, de joueurs habituées à cette mécanique. Le problème ? Il ne semble pas — du moins pour l'instant — capable d'insuffler ce même élan.
Les débuts sont révélateurs. Les statistiques des trois premiers matchs racontent une équipe en perte de vitesse : 43% de possession moyenne, une création de jeu anarchique, une défense perméable. Ce que les ultras ont d'ailleurs immédiatement remarqué, avec cette élégance qui caractérise les virages sud. Les rumeurs de vestiaire divisé commencent à circuler. Des joueurs qui questionnent les choix tactiques, des hiérarchies internes qui se dessinent autrement. C'est à ce moment précis que tout peut basculer — ou s'enfoncer davantage.
Beye doit donc accomplir l'exercice périlleux du transitaire : respecter l'héritage sans en être le prisonnier. Garder les éléments qui fonctionnaient chez De Zerbi, les interpréter à sa manière, y ajouter sa propre signature tactique. Un équilibre que peu de successeurs arrivent à maintenir sans perdre en chemin soit les résultats, soit le respect du groupe.
Le banc comme école forcée
Il y a quelque chose d'à la fois cruel et formateur dans ce que traverse actuellement Habib Beye. À 48 ans, il découvre que diriger l'OM en période de transition, c'est accepter que chaque erreur soit amplifiée, chaque coup du sort devienne symbole de votre incapacité. Les blessures s'accumulent ? Vous n'avez pas su adapter votre effectif. Les joueurs ne répondent pas tactiquement ? Vous manquez d'autorité. Un résultat nul qui frustra ? Vous êtes dépassé par le poste.
C'est le piège classique du nouveau manager en Ligue 1. Le grand club lui offre une plateforme prestigieuse et, dans le même mouvement, lui enfile une camisole de force. Pas de droit à l'erreur. Pas de période de rodage. Le luxe de la patience n'existe pas à Marseille, où l'électricité du public tourne très vite en hargne collective.
Pourtant, l'histoire du foot français regorge de ces transitions chaotiques transformées en rebonds spectaculaires. Didier Drogba avait connu ses débuts difficiles à Chelsea. Zinédine Zidane, lui-même ancien buteur marseillais, avait dû réinventer son leadership quand il a rejoint le Real Madrid en tant qu'entraîneur. La différence réside souvent dans la capacité à identifier rapidement les vrais problèmes — tactiques, mentaux, physiques — et à les corriger sans arrogance ni improvisation.
La question du respect du vestiaire
Ici réside le nœud gordien de la situation marseillaise. Un vestiaire où plusieurs éléments cadres ont connu des entraîneurs plus prestigieux, plus reconnus mondialement. Qui regarde Habib Beye en se demandant : « Comment cet ancien défenseur peut-il me conseiller ? » La légitimité ne s'achète pas, elle se gagne à chaque entraînement, à chaque décision tactique pertinente, à chaque moment de vérité où vous trouvez la solution quand tout s'écroule.
Les dix prochains matchs vont déterminer si Beye possède les ressources mentales pour transformer ce début cauchemardesque en fondation solide. Avant l'analyse tactique fine, avant les grilles de lecture des adversaires, il faut d'abord que l'ordre règne à La Commanderie. Que chacun comprenne les non-négociables. Que le doute ne s'installe pas définitivement.
Car derrière la façade de l'OM, institution prestigieuse et séduisante, gît une réalité moins romanesque : celle d'un club où les cycles se consomment vite, où la reconstruction est rarement linéaire. Beye savait probablement tout cela en signant. Ce qu'il découvre maintenant, c'est que le savoir intellectuellement et le vivre concrètement, c'est deux univers entièrement différents. Son véritable défi commence maintenant.