Azzedine Ounahi, écarté sans ménagement par l'OM, a remporté le prix du meilleur joueur de Girona selon les supporters. Une trajectoire qui dit beaucoup sur les erreurs d'appréciation en Ligue 1.
Il y a des histoires qui sentent la vengeance douce, même quand elles n'en ont pas l'intention. Azzedine Ounahi n'a probablement pas gardé rancune à l'Olympique de Marseille en signant à Girona l'été dernier. Pourtant, le sort en a décidé autrement : le milieu de terrain marocain vient d'être désigné meilleur joueur de la saison par les supporters du club espagnol, une distinction qui a le mérite de résumer trois mois d'intense débat sur la mauvaise gestion des talents en Ligue 1.
Recruté en janvier 2023 depuis Angers dans une ambiance quasi clandestine, Ounahi semblait destiné à un grand destin phocéen. Il arrivait frais du Mondial qatari où il avait impressionné avec le Maroc, fort de ce capital sympathie que procure une belle Coupe du monde. À Marseille, on lui voyait un potentiel énorme : élégance technique, vision de jeu, capacité à faire tourner le ballon. Mais quelque chose s'était cassé entre novembre 2023 et juin 2024. Les blessures d'abord, la baisse de forme ensuite, puis cette sensation progressive que le projet n'était pas le bon, que l'intégration n'avait pas pris.
Quand Marseille s'en est séparé sans traîner, personne n'a vraiment protesté. Les dirigeants marseillais avaient jugé. C'est une prérogative de club. Mais l'erreur gît souvent dans le diagnostic plutôt que dans l'absence de choix. Ounahi n'était pas cassé. Il n'était que déplacé, comme une pièce d'échecs posée sur la mauvaise case.
Quand la Catalogne sauve ce que Marseille abandonne
En arrivant à Girona, Azzedine Ounahi a trouvé un environnement radicalement différent. Le club espagnol ne jouait pas la même musique que l'OM. Pas de pression d'être favori du championnat, pas de rivalités écrasantes avec Nice ou Monaco, pas cette exigence permanente d'être au cœur du spectacle médiatique français. Girona offrait quelque chose d'autre : une structure claire, un projet cohérent depuis la prise de contrôle par le City Football Group, et surtout, un rôle bien défini.
Le championnat d'Espagne, même compétitif, n'a jamais eu l'intensité destructrice de la Ligue 1. Ce n'est pas une critique, c'est une observation. La Liga laisse respirer les joueurs entre deux matchs. Elle permet aux créatifs de créer sans être bombardés de tacles d'une violence inutile. Ounahi, qui a effectué 28 apparitions dans les compétitions officielles depuis juillet, a pu enfin exprimer ce qui l'avait séduit lors de son départ de Morocco avant son arrivée à Marseille : une certaine pureté de jeu, une absence de compromis.
Les supporters de Girona l'ont vu. C'est souvent une excellente baromètre. Les vrais supporters perçoivent ce que les éditorialistes ratent : la progression, la contribution invisible, le travail sans ballon. Ounahi a grandi à Girona comme on grandit quand on ne regarde pas, progressivement, d'une discrétion que la Ligue 1 n'aurait jamais tolérée.
L'OM et ce réflexe de gâcher talent trop tôt
Ce qui dérange dans cette histoire, c'est qu'elle n'est pas unique à Ounahi. Marseille fabrique régulièrement ce genre de situations : des joueurs arrivés avec un profil vendeur, mis sous pression immédiate, critiqués au moindre faux pas. Le club vit sur un momentum instable où l'ambition affichée (toujours très haute) ne rencontre jamais la patience réelle accordée aux joueurs pour s'adapter.
De Thauvin à Payet en passant par Lopez, l'histoire marseillaise est parsemée de cas où le timing d'arrivée coïncidait avec une période d'instabilité. Ounahi a eu la malchance d'arriver en janvier, la pire des périodes pour un transfert de cette nature. Pas de présaison, pas de vraie adaptation physique au rythme français, juste un plongeon en eaux turbulentes.
Et puis, il faut dire la vérité : Marseille en 2024 manquait cruellement de projet collectif. L'OM n'était pas une machine à intégrer les talents, c'était une juxtaposition de joueurs dont personne ne savait vraiment comment les faire coexister. Ounahi aurait mérité une meilleure structure, un coach clair sur son utilisation. Il n'a trouvé que du flou.
Girona, ou comment faire simple avec du compliqué
La Girona de ces trois dernières saisons représente exactement le contraire. Un projet où chaque pièce joue son rôle sans excès de dramatisation. Michel, l'entraîneur espagnol, construit ses équipes sur des principes : circulation, contrôle du temps de jeu, minimisation du risque défensif. C'est moins flamboyant que ce que demande un public français, mais ça marche. Ounahi a trouvé une place dans ce système, non pas comme créateur généreux mais comme programmateur du tempo, rôle où il excelle réellement.
Cette élection par les supporters arrive au moment où Girona vise les coupes européennes et où le City Football Group envisage clairement son futur stratégique. Ounahi, malgré son jeune âge (25 ans), commence à incarner une certaine stabilité dans un projet en expansion. Ce n'est pas rien, c'est même l'exact opposé de ce qu'il a vécu six mois plus tôt à Marseille.
Pour le milieu marocain, cette reconnaissance n'est que le début. Les grands clubs européens vont commencer à regarder ses vidéos avec une intention nouvelle : celle du talent confirmé, pas du produit à tester. Marseille, elle, a déjà oublié. C'est comme ça que fonctionnent les grosses machines françaises. Elles produisent des histoires de ce genre sans jamais en tirer de leçons. Ounahi aura eu besoin de quitter la Ligue 1 pour vraiment se trouver. Cela dit beaucoup sur le championnat français actuel, bien plus que sur le joueur lui-même.