Le directeur sportif juventino rompt le silence après la débâcle contre la Fiorentina. Une sixième place avant la dernière journée, c'est le réveil brutal d'une institution en crise.
«Je n'ai rien à vous dire.» Voilà comment Giuseppe Comolli a claqué la porte au nez des journalistes venus le questionner après le match contre la Fiorentina. Pas une esquive diplomatique, pas une formule de circonstance. Une vraie fureur. Celle d'un homme qui voit son projet valdinguer en direct, et qui ne supporte plus d'avoir à l'expliquer.
Car à la Juventus, on ne parle plus de malchance ou d'ajustements tactiques. On parle de débâcle. La Vieille Dame occupe actuellement la sixième place du classement de Serie A, à quelques jours seulement de la dernière journée. À la Juve. Sixième. C'est dire le niveau de catastrophe.
Samedi dernier à Florence, l'équipe de Thiago Motta a été balayée sans ménagement. Pas une résistance honorable, pas un combat de guerriers en détresse. Une capitulation qui a fait l'effet d'une bombe dans les bureaux du Allianz Stadium. Comolli, habituellement homme de dialogue et de nuance dans ses rapports avec la presse, a simplement refusé de poursuivre la comédie.
Quand l'exécutif prend ses distances avec le vestiaire
Le silence de Comolli raconte une histoire que les déclarations diplomatiques ne pourraient jamais révéler. C'est celui d'une rupture de confiance. Entre la direction et les joueurs. Entre ce qui était promis et ce qui se déroule sur le terrain. Depuis plusieurs semaines déjà, des fissures apparaissaient. Des tensions sourdes, des regards échangés après les défaites, des fuites identifiant tel ou tel élément comme responsable du malaise.
Mais samedi, quelque chose a cassé. L'accumulation des déceptions—quatre défaites en neuf matchs—a atteint un seuil de non-retour. Comolli qui refuse de s'adresser à la presse, c'est un signal clair envoyé au vestiaire. Celui qui dit: vous êtes allés trop loin, vous avez failli à votre contrat moral, et maintenant je ne défendrai plus vos intérêts.
Le personnage de Comolli aux commandes d'une cellule sportive, ce n'était jamais censé être ça. Lui, le bâtisseur supposé, le stratège qui devait redresser une Juventus en déclin, se retrouve à tourner les talons devant les micros. C'est autrement plus parlant que mille communiqués de crise.
La Juventus prise au piège de ses propres ambitions
Reste à comprendre comment on en arrive là pour une institution de ce calibre. La réponse tient en trois lettres: épuisement. Celui des joueurs, d'abord, qui ont enchaîné une saison éprouvante sans jamais trouver leur rythme de croisière. Celui des supporters, ensuite, qui ont vu trop d'années sans titre scudetto pour accepter une sixième place avec philosophie. Celui de la direction enfin, qui doit gérer l'implosion d'une équipe censée coûter une fortune et performer immédiatement.
Thiago Motta n'est clairement pas resté imperméable à cette ambiance. L'entraîneur brésilien a un bilan que personne ne peut vraiment qualifier de brillant, notamment en phase décisive. Ses choix tactiques ont été remis en question à plusieurs reprises. Et quand la gouvernance sportive commence à exprimer sa colère par le silence, le coach sent l'orage arriver.
La sixième place avant la dernière journée, c'est davantage qu'une mauvaise saison: c'est la confirmation que quelque chose s'est profondément fissuré dans l'ADN de ce projet. Les recrutements de l'été n'ont pas porté leurs fruits comme prévu. La chimie du groupe n'a jamais décollé. Et les joueurs importants—ceux sur lesquels on aurait pu compter—n'ont pas répondu présent avec la régularité attendue.
Dernière chance avant le grand séisme
La dernière journée arrive comme une sentence. Une occasion ultime pour sauver les apparences, pour justifier a posteriori tous ces investissements et ce temps gaspillé. Mais soyons honnêtes: même une victoire ne changerait pas la trajectoire historique de cette saison. La Juve aurait tout au mieux la septième place, ce qui serait tout aussi désastreux.
Pour Comolli, il faudra trancher. Accepter ce fiasco ou accélérer les changements. Thiago Motta tiendra-t-il ses crédits jusqu'en fin d'été? Certains cadres du vestiaire sont-ils devenus irrécupérables? Quels ajustements radicaux faudra-t-il opérer dès demain? Les questions s'empilent, et aucune réponse n'est encore venue.
Ce qui est certain, c'est que le silence de Comolli samedi dernier n'était pas celui de la résignation. C'était celui de la rage contenue. Et à la Juventus, quand la direction en est là, les dés sont jetés. Les vrais changements commencent toujours par une rupture d'illusions. Florence en a marqué le moment.