À Al-Nassr, Kingsley Coman retrouve son meilleur niveau aux côtés de Cristiano Ronaldo. Une renaissance qui pourrait compliquer les plans de Didier Deschamps pour l'équipe de France.
Kingsley Coman marque. Encore. En Arabie Saoudite, loin des projecteurs européens, l'ailier français a trouvé quelque chose qu'il avait perdu : la constance. Pas celle du travail — Coman n'a jamais cessé de bosser — mais celle du but. Cette sensation de finir, de trancher, de peser vraiment dans un match. Trois ans après son dernier grand moment en Ligue des champions avec le Bayern Munich, voilà qu'un projet saoudien relance une carrière qu'on croyait sur le déclin.
La semaine dernière, contre Al-Shabab, Coman a encore fait parler la poudre. Un but de plus à son compteur personnel avec Al-Nassr. C'est devenu presque routinier désormais. L'ailier de 28 ans empile les réalisations depuis son arrivée en Arabie Saoudite, formant avec Cristiano Ronaldo un duo offensif d'une redoutable efficacité. Pendant ce temps, en France, Didier Deschamps doit se poser des questions. Sérieuses.
Quand l'exil devient une seconde jeunesse
Il y a deux ans, personne ne donnait cher de la peau de Kingsley Coman. Ses années à Munich s'étaient terminées en queue de poisson, des blessures à répétition, des doutes qui s'accumulaient. Le Bayern l'avait libéré sans vraiment de regret. Un grand attaquant français qui s'en allait, voilà tout. Pas de drame. Les médias avaient déjà tourné la page.
Puis Al-Nassr a appelé. L'occasion semblait surtout financière : un dernier contrat XXL avant la retraite dorée. L'histoire classique du joueur européen usé qui finit sa carrière au soleil. Sauf que Coman, lui, a décidé de jouer au football. Vraiment. Pas se contenter de toucher un chèque en attendant que les ans passent.
La raison ? Un environnement radicalement différent. Al-Nassr joue un football direct, vertical, qui convient parfaitement au profil de Coman : un ailier qui veut accélérer, créer du danger rapide, jouer dans les espaces plutôt que d'attendre des combinaisons complexes. Cristiano Ronaldo, arrivé avant lui, avait montré qu'on pouvait encore marquer en masse en Arabie Saoudite. Coman a compris le message.
Depuis le début de la saison, ses statistiques offensives ressemblent à celles d'un ailier au summum de son art. Des buts réguliers — déjà la douzaine en compétition nationale — des passes décisives, une activité offensive accrue. À 28 ans, quand on pensait le voir diminuer progressivement, Coman retrouve au contraire une trajectoire ascendante. C'est presque troublant de l'efficacité.
Le retour qui embarrasse la sélection
Et c'est là que ça devient compliqué pour Deschamps. L'équipe de France traverse une période d'incertitude offensively parlant. Les cadres vieillissent. Benzema est parti. Mbappé est en transition. Griezmann flotte. Au moment où les contours de l'équipe pour 2024-2025 commencent à se dessiner, un Coman en forme pose une question que Deschamps aimerait certainement éviter.
Le sélectionneur français avait tranché il y a des années : Coman n'était pas indispensable. Les blessures, les doutes, la concurrence d'Mbappé puis de Benzema... tout cela avait naturellement éloigné l'ailier des plans. Pas de rupture dramatique, juste une mécanique qui s'était arrêtée. Depuis 2022 et le Mondial au Qatar, Coman a été marginal en sélection. Rarement appelé, rarement titularisé quand il l'était.
Sauf que les résultats en Arabie Saoudite ne se discutent pas. Un joueur qui marque régulièrement, qui joue 90 minutes, qui pèse tactiquement dans son équipe — c'est difficile à ignorer quand on construit une sélection. Deschamps devrait idéalement disposer d'au moins trois ou quatre options de haut niveau à chaque poste. À gauche, il a Mbappé (même si son statut est compliqué), et puis quoi ? Les alternatives sont maigres. Coman ne peut pas répondre seul, mais il ne peut pas non plus être totalement ignoré.
Voilà le casse-tête : reconnaître qu'un exilé volontaire en Arabie retrouve un niveau compétitif, c'est admettre implicitement que la France a peut-être laissé échapper quelque chose. Pas au sens dramatique — le football international n'a pas besoin de Coman pour avancer. Mais en termes de profondeur, de ressources, c'est toujours bon à prendre.
- 12 buts marqués depuis le début de sa saison avec Al-Nassr en compétitions nationales
- 4 ans que Coman n'a pas connu une telle constance offensive à ce niveau
- 6 sélections seulement depuis le début de l'année 2022 avec l'équipe de France
- 32 millions d'euros : le coût de son transfert à Al-Nassr en 2023
La question qui flottera au-dessus des prochaines convocations est simple : Deschamps va-t-il rouvrir une porte qu'il avait fermée ? Et si oui, à quel prix pour la cohérence d'ensemble ? Car rappeler Coman, c'est reconnaître que l'Arabie Saoudite n'est plus juste un cimetière d'éléphants football. C'est aussi admettre que des joueurs peuvent renaître là-bas plutôt que de simplement survivre.
Pendant ce temps, Al-Nassr prépare ses défis continentaux, Ronaldo continue de marquer, et Coman — tranquille, loin du tumulte français — fait son boulot. Il inscrit. Il aide. Il progresse. Le reste, franchement, il s'en fout probablement. Mais Deschamps, lui, commence à devoir y penser.