Après un maintien arraché de justesse, Nancy mise sur un nouvel entraîneur et la confirmation d'un jeune ailier qui fait tourner les têtes en Ligue 2.
Nancy a frôlé le gouffre avant de se rattraper à la dernière marche. Cette image du naufrage évité résume assez bien la saison 2023-2024 des Lorrains, promus en Ligue 2 aux côtés du Mans FC et de Boulogne-sur-Mer, qui ont connu une trajectoire chaotique ponctuée de doutes existentiels et d'une lutte pour la survie qui s'est décidée dans les dernières journées. Le scénario était digne d'une mauvaise série policière : suspense permanent, rebondissements réguliers, et une fin à la limite du supportable. Mais c'est précisément dans ces moments où les clubs révèlent qui ils sont vraiment.
Or Nancy a montré qu'il y avait une structure, une ambition dormante. Et voilà que le club de Lorraine se réinvente. L'arrivée d'Oswald Tanchot sur le banc traduit ce souhait de stabilité tactique. Ancien entraîneur adjoint réputé pour ses qualités pédagogiques, Tanchot arrive avec l'intention de poser des fondations solides dans un vestiaire qui a eu besoin de remonte-moral. Parallèlement, la confirmation de Kenny Rocha Santos, cet ailier brésilien qui a illuminé des portions de saison avec son génie du contrôle et sa capacité à créer du déséquilibre, devient centrale dans le projet.
La révélation Rocha Santos, un souffle neuf en Ligue 2
Kenny Rocha Santos n'est pas arrivé avec les projecteurs braqués sur lui. Loin de là. Mais le football a cela de merveilleux qu'il suffit parfois de quelques matchs brillants pour que les hiérarchies implicites se redessinent. Depuis son arrivée à Nancy, le Brésilien de 25 ans a montré une technique époustouflante, une vision du jeu qui rappelle certains ailiers dorés du football européen, capables de combiner l'efficacité défensive et l'inventivité offensive.
Ce qui frappe chez Rocha Santos, c'est d'abord son contrôle balle au pied dans les espaces congestionnés. En Ligue 2, où la densité défensive compense souvent l'absence de talent pur, cette qualité devient un atout rare. Il a participé à environ 8 buts en 15 matchs lors de son intégration au club lorrain, un rendement qui plaît aux observateurs les plus avertis. Mais les chiffres ne racontent qu'une partie de l'histoire. Ce qui captive vraiment, c'est la façon dont il déverrouille des situations. Un crochet intérieur à 30 mètres de la ligne de but, une accélération impeccable, puis une passe entre les lignes qui crée la surnumératie offensive.
Les comparaisons vont bon train du côté du Stade de la Meurthe. Certains évoquent un style rappelant les meilleures années d'Allan Nyom en Ligue 2 pour le Montpellier HSC avant son envol européen. D'autres pensent aux qualités pures de possession qu'affichait Yves Tiehi à Dijon. Ces parallèles peuvent sembler osés, mais ils témoignent d'une réalité : Rocha Santos possède quelque chose que la plupart de ses concurrents n'ont pas à ce niveau de compétition.
Tanchot, un passeur de bâton stratégique pour la stabilité
L'arrivée d'Oswald Tanchot répond à une nécessité organisationnelle. Après des turbulences dans le management, le club lorrain a choisi un profil aux antipodes du chaos : un tacticien réputé pour son travail méticuleux en tant qu'adjoint, notamment auprès d'entraîneurs exigeants. Tanchot ne débarque pas avec des promesses de révolution. Il débarque pour construire quelque chose qui dure.
La stratégie semble claire : utiliser les qualités de Rocha Santos dans un système structuré, stabiliser la défense qui a encaissé 48 buts en 34 matchs la saison passée, et créer une dynamique ascendante. Tanchot a l'habitude de ces reconstructions. Il sait comment transformer un vestiaire secoué par un maintien difficile en équipe ayant des ambitions réelles.
Nancy dispose maintenant d'une fenêtre : celle des six premiers mois où tout est possible, où le doute n'a pas encore planté ses racines. Les effectifs ont été partiellement remaniés, les automatismes doivent être recréés, mais il existe une cohérence nouvelle dans le projet. Rocha Santos en est la pièce maîtresse talentueuse, Tanchot en est l'architecte patient.
- 48 buts encaissés en 34 matchs pour Nancy la saison précédente, révélant une fragilité défensive chronique
- 8 buts en 15 matchs : la contribution directe de Rocha Santos lors de son intégration au club
- 19 points de retard sur le barrage d'accession en cours de saison, obligeant Nancy à sprinter tardif
- 3 promus de Ligue 2 la saison précédente, posant la question de la robustesse des trois derniers
Reste à savoir si cette alchimie tiendra. La Ligue 2 est impitoyable avec les promesses non tenues. Elle peut écrire des contes de fées — comme Lorient l'a démontré — ou confirmer les pires inquiétudes. Pour Nancy, l'enjeu de cette nouvelle saison ne se résume pas à des chiffres. Il concerne la survie d'une histoire, celle d'un club qui refuse de disparaître et qui parie sur l'intelligence collective plutôt que sur le chaos.
Kenny Rocha Santos et Oswald Tanchot incarnent cette philosophie. L'un apporte l'étincelle, l'autre apporte le projet. À eux deux, ils doivent écrire un chapitre moins périlleux que le précédent. Les premières semaines de préparation diront si cette belle affaire sent vraiment la rose.