À quelques heures du choc contre Arsenal en Ligue des Champions, le président parisien maintient son rituel. Un moment de détente avant la tempête à Budapest.
Le padel avant l'apocalypse. Voilà comment on pourrait résumer la journée de Nasser Al-Khelaïfi, ce samedi à Budapest, à quelques encablures du terrain Ferenc-Puskás où le PSG affronte Arsenal en finale de Ligue des Champions (18 heures). Tandis que les deux équipes bouclaient leurs derniers entraînements, le président parisien a filé s'offrir une séance de raquette. Pas pour délirer, mais parce que c'est sa routine. Même avant les rendez-vous qui changent des trajectoires de club.
Cette image en dit long sur le tempérament d'Al-Khelaïfi. À la tête du PSG depuis 2011, le dirigeant qatarien n'a jamais été du genre à se laisser paralyser par le trac. L'homme a vu défiler les plus grandes nuits du football parisien, des victoires épiques aux débâcles qui hantent encore les vestiaires. Le padel, c'est son sas de décompression. Une mécanique bien huilée avant les grands moments.
La quête du Graal parisien
Le PSG et la Ligue des Champions, c'est une histoire qui a tous les ingrédients d'une tragédie grecque. Depuis que Qatar Sports Investments a repris le club en 2011, les investissements astronomiques se sont enchaînés sans apporter le trophée continental. Neymar, Mbappé, Cavani, Thiago Silva — des noms de légende qui n'ont jamais soulevé cette coupe tant convoitée sous le maillot bleu et rouge. Le club a déjà joué quatre finales depuis dix ans. Quatre. Et zéro victoire. Ça creuse, à la longue.
Arsenal, ce n'est pas un adversaire de hasard. Les Gunners découvrent enfin la dernière marche après des années de frustration aussi. Les deux clubs portent le même poids : celui des attentes démesurées, des investissements colossaux et d'une quête de légitimité européenne qui dépasse largement les frontières nationales. À Budapest, il y a plus qu'une coupe en jeu. Il y a des reputations qui se forgent ou se brisent.
Al-Khelaïfi le sait mieux que quiconque. En treize ans de présidence, il a construit une machine capable d'écraser la Ligue 1 — six titres en treize ans — mais incapable de franchir le dernier rempart européen quand cela compte. Cette finale est donc sa chance de redéfinir l'héritage du PSG sous son règne. Pas étonnant qu'il cherche à décompresser avant.
La Hongrie, terreau improbable
Budapest n'a pas l'aura de Milan, de Madrid ou de Londres. Pourtant, c'est là que tout se joue. La capitale hongroise accueille sa première finale de Ligue des Champions. L'UEFA a choisi une ville neutre, loin des foyers des deux clubs, espérant éviter les débordements et concentrer l'attention sur le spectacle. Le stade Ferenc-Puskás, imposant et moderne, n'a pas d'histoire chargée avec le PSG ou Arsenal. C'est un avantage ou un inconvénient, selon qu'on aime les forteresses bruyantes ou les tableaux rasants.
Pour le PSG, jouer sur un terrain vierge signifie qu'il ne pourra pas compter sur l'aura habituelle du Parc des Princes. C'est une bataille sans affiliation territoriale. Arsenal, lui, arrive avec le poids de l'absence : ce club n'a plus joué de finale européenne depuis 2006. Vingt ans. Vingt ans d'attente qui pèsent des tonnes.
La scène était donc posée pour que les deux présidents, Al-Khelaïfi et Stan Kroenke, cherchent leurs rituels de calme. Sauf que l'un descend au padel, l'autre... probablement un verre dans la suite présidentielle. Les hommes gèrent la pression à leur manière. Et ce samedi, c'est celle d'une finalissime où chaque détail compte.
La dernière danse du cycle parisien
Cette finale marque un tournant dans l'histoire récente du PSG. Mbappé a quitté le club, Neymar est parti, Cavani et ses 200 buts ne sont plus qu'un souvenir. Le projet s'est réinventé autour d'une nouvelle génération — Dembélé, Gonçalo Ramos, Vitinha. C'est un Paris différent qui affronte Arsenal. Plus jeune, moins étouffant peut-être, mais aussi moins garanti.
Pour Al-Khelaïfi, cette finale est un moment charnière. Réussir ici signifierait transformer une décennie de frustration en légitimité. L'échec, au contraire, relancerait les questions habituelles : le projet parisien est-il vraiment dimensionné pour les grands moments ?
Le coup d'envoi approche. Al-Khelaïfi aura posé sa raquette bien avant que le ballon ne soit mis en place. À Budapest, ce soir, deux clubs qui n'attendent que depuis longtemps vont découvrir si la patience paye vraiment. Le PSG cherche son premier succès continental depuis son arrivée au sommet. Arsenal aussi. L'un des deux repartira avec la coupe. L'autre rejoindra la galerie infinie des prétendants éternels.