Le nouveau blason de l'Olympique de Marseille enflamme la ville. Après les supporters, c'est désormais le maire Benoît Payan qui monte au créneau.
Benoît Payan n'a pas mâché ses mots. Le maire de Marseille a pris publiquement position contre le nouveau logo de l'Olympique de Marseille, s'invitant dans une polémique qui dépasse désormais largement les tribunes du Vélodrome. Une chose est sûre : la direction du club, déjà sous pression après des résultats en dents de scie cette saison, n'avait pas besoin de ça.
Un blason qui met le feu à la Canebière
Tout est parti d'une décision prise en interne, vraisemblablement validée par la direction exécutive du club, de moderniser l'identité visuelle de l'OM. Résultat : un logo remanié, épuré, qui a provoqué une levée de boucliers quasi immédiate dès sa présentation. Les supporters marseillais, déjà éprouvés par une saison loin des standards attendus, ont vu dans ce changement une attaque symbolique supplémentaire contre leur club, contre leur identité.
Les réseaux sociaux ont été le premier champ de bataille. Des milliers de réactions négatives, des détournements en cascade, des pétitions lancées dans les heures suivant la révélation du nouveau design. À en croire l'entourage de plusieurs groupes de supporters, la consultation préalable a été quasi inexistante. Personne n'aurait été associé au processus de création. Et ça, à Marseille, ça ne passe pas.
Puis Benoît Payan a pris la parole. Le premier magistrat de la ville a clairement exprimé sa désapprobation, estimant que ce logo ne respectait pas suffisamment l'histoire et les codes identitaires du club. Une prise de position rare — un maire qui s'immisce dans les affaires esthétiques d'un club de football privé — mais qui dit beaucoup sur ce que représente l'OM dans la ville. À Marseille, l'OM n'est pas un club. C'est une institution civique.
Quand la politique s'empare du maillot
Que le maire de la deuxième ville de France juge bon de sortir du bois sur une question de charte graphique, cela en dit long sur la dimension politique du football à Marseille. Payan n'est pas le premier édile à utiliser le club comme caisse de résonance — et il ne sera pas le dernier. Mais l'intervention est chronométrée. Elle survient dans un contexte de tension entre la direction du club et une large partie de sa base populaire.
Selon nos informations, la refonte du logo s'inscrit dans une stratégie globale de repositionnement de la marque OM à l'international, portée par le propriétaire américain Frank McCourt et ses équipes marketing. L'objectif affiché : moderniser l'image du club pour séduire de nouveaux marchés, notamment en Amérique du Nord et en Asie. Une logique que d'autres grands clubs européens ont suivie — avec des fortunes diverses. La Juventus Turin avait frappé fort en 2017 avec son logo minimaliste en forme de J stylisé, provoquant des réactions similaires avant que le design ne finisse par s'imposer. Le FC Barcelone, lui, a récemment renoncé à modifier son blason historique après un tollé comparable.
Mais à Marseille, la greffe prend moins bien. Parce que le rapport entre le club et sa ville est d'une nature particulière. L'OM, fondé en 1899, compte environ 50 millions de supporters déclarés en France selon les études de notoriété les plus récentes, dont une écrasante majorité qui se sentent viscéralement liés à l'histoire visuelle du club. Toucher au blason, c'est toucher à quelque chose de presque sacré.
McCourt face au mur du Vélodrome
Frank McCourt a racheté l'OM en 2016 pour environ 45 millions d'euros. Depuis, les investissements ont été réels — le recrutement de Pablo Longoria à la présidence, la montée en puissance du projet sportif — mais la relation avec les supporters a toujours été compliquée. La barrière culturelle, la distance géographique entre Boston et la Canebière, les incompréhensions répétées : autant de cicatrices qui rendent chaque faux pas plus douloureux.
Cette polémique autour du logo arrive au pire moment. Sur le plan sportif, les résultats ne sont pas à la hauteur des attentes d'une ville qui rêve de revenir au premier plan européen. Les supporters attendaient autre chose que des annonces marketing. Ils attendaient des victoires, du contenu, de l'émotion collective. Recevoir un nouveau logo à la place, c'est, selon l'entourage de plusieurs groupes ultras contactés, «une gifle supplémentaire».
Du côté de la direction, on argue que l'évolution graphique est nécessaire, que l'ancien logo présentait des contraintes techniques dans certains formats numériques, et que la modernisation ne rompt pas avec l'ADN du club. Des arguments techniques qui peinent à convaincre quand l'émotion a déjà pris le dessus.
La question qui se pose désormais est simple : la direction de l'OM va-t-elle tenir bon, au risque d'entretenir une fracture avec sa base ? Ou va-t-elle reculer, comme certains clubs l'ont fait avant elle sous la pression populaire ? À Marseille, la rue a parfois gagné des bras de fer que personne ne pensait pouvoir remporter. Et avec le maire de la ville désormais dans le camp des mécontents, le rapport de force a encore changé. L'OM a souvent dit vouloir reconstruire le lien de confiance avec ses supporters. Le logo sera peut-être le premier vrai test de cette promesse.