L'ancien roc du PSG Presnel Kimpembe révèle les coulisses de ses débuts internationaux avec la RDC. Un passé souvent occulté qui change la lecture de sa carrière.
Presnel Kimpembe ne parle jamais de ses débuts. C'est justement ce qui rend son dernier entretien accordé au média LEGEND si savoureux. L'ancien capitaine du Paris Saint-Germain lève enfin le voile sur une période systématiquement éludée : ses premiers pas en équipe nationale avec la République Démocratique du Congo, avant de basculer vers la France en 2014.
Pendant des années, la Fédération française a présenté son arrivée comme l'aboutissement d'une trajectoire linéaire. Rien n'est moins vrai. Kimpembe a dû convaincre, négocier, parfois même contourner les règles pour finir sous le maillot bleu. Ce détail, en apparence anodin, éclaire d'un jour nouveau la mentalité de celui qui deviendra l'un des défenseurs français les plus fiables de sa génération.
Quand la RDC refusait de lâcher prise sur son talent
À 18 ans, Presnel Kimpembe était un prospect parisien comme les autres : prometteur, mais loin d'être une certitude. Le PSG l'avait repéré en Île-de-France, où il grandissait dans une famille originaire du Congo. Ses sélectionneurs congolais ne se sont pas trompés. La RDC l'a appelé, et Kimpembe a répondu présent. Pas vraiment le choix à cet âge : l'équipe nationale, c'est l'occasion rêvée de mesurer son niveau contre les meilleurs de sa génération.
Ce que peu de gens savent, c'est que la Fédération congolaise ne souhaitait pas le voir filer vers la France. Pourquoi lâcher un défenseur central de ce gabarit et de cette technique quand votre sélection en manque cruellement ? Les instances dirigeantes avaient investi du temps, des ressources. Elles entendaient bien les récupérer.
Kimpembe, lui, rêvait bleu. Pas par snobisme, mais parce qu'il savait où se jouait son avenir footballistique. La France incarnait l'aboutissement logique de son ambition. Ses performances en équipe U20, puis U21, lui ont ouvert la porte. Mais ces débuts au Congo ? Ils auraient pu l'enfermer aussi.
Les non-dits d'une carrière internationale française trop propre
Il faut relire les grands médias sportifs français de 2014-2015 pour mesurer le silence qui entourait ses origines sélectives. Les journalistes se contentaient de dire : « Kimpembe arrive en équipe de France ». Point final. Aucune mention de ses 12 sélections avec les Léopards, aucune explication sur la transition administrative qui a permis son basculement tricolore.
C'était plus simple d'oublier. Plus facile de le présenter comme un produit pur du centre de formation parisien, un enfant du système français. Sauf que le football ne fonctionne pas comme ça. Les trajectoires des joueurs issus de l'immigration africaine sont souvent fardées pour convenir à un récit national trop uniforme.
Kimpembe, lui, ne s'en cache plus. En parlant au média LEGEND, il reprend possession de son histoire. Il affirme que oui, la RDC lui a appris le football international. Oui, ses débuts avec les Léopards l'ont forgé. Oui, ce passage n'était pas une escale : c'était une vraie formation. Avec 30 apparitions en sélection française et 83 matchs pour le PSG en Ligue 1, il a largement payé son dû au système hexagonal. Mais il ne renie rien.
Un aveu qui remet l'horloge à l'endroit
Cette franchise tardive change quelque chose. Pas au palmarès de Kimpembe — ses 8 titres de Ligue 1 au PSG resteront ce qu'ils sont. Mais à notre compréhension de ce qu'est devenir français en tant que footballeur noir originaire d'Afrique centrale.
Pendant longtemps, la narration officielle proposait deux catégories : les révélations du centre de formation français, et les « recrutements » du marché africain. Kimpembe bouscule cette fiction. Il montre que la trajectoire peut être mixte, que les détours existent, que l'histoire personnelle pèse autant que la destination finale.
Son entretien intervient aussi à un moment où la question des sélections africaines face aux clubs européens redevient brûlante. Les fédérations du continent voient leurs meilleurs éléments les quitter régulièrement pour répondre à l'appel de la France, de la Belgique ou des Pays-Bas. Kimpembe incarne ce choix, mais il l'assume en reparlant de ses racines congolaises, pas en les niant.
Au final, ce que révèle Kimpembe, c'est que les silences arrangeaient tout le monde : la Fédération française, qui préférait un récit sans complications, et lui-même, peut-être, qui trouvait plus facile de tourner la page. Maintenant que ce chapitre rouvre, on découvre un défenseur plus complet qu'on ne l'imaginait. Pas seulement un roc éducatif du PSG. Un homme qui a choisi son chemin, lucidement, après avoir goûté à un autre.
Les blessures graves qui ont ponctuéront la fin de sa carrière parisienne lui ont accordé le temps de la réflexion. Le voilà qui revient sur ses pas, non pour regretter, mais pour clarifier. C'est à cet exercice que se reconnaissent les vrais survivants du foot : ceux qui ne rejettent pas leur passé, mais l'intègrent dans leur récit.