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Football

Aurelio De Laurentiis veut réinventer le football pour la Gen Z

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

Le président de Naples a livré à The Athletic ses recettes pour reconquérir les jeunes générations, quitte à bousculer les fondements même du sport.

Aurelio De Laurentiis veut réinventer le football pour la Gen Z

Quatre-vingt-dix minutes, c'est trop long pour un adolescent élevé aux TikTok de trente secondes et aux highlights Instagram. Aurelio De Laurentiis, le président-producteur de cinéma du SSC Naples, n'a pas tort sur ce constat — même si les solutions qu'il avance dans son entretien accordé à The Athletic flirtent allègrement avec la science-fiction footballistique. Quand un homme qui a construit sa fortune sur les blockbusters hollywoodiens regarde le football, il voit d'abord un problème de narration. Et il entend bien le corriger.

Le football est-il vraiment en train de perdre la jeunesse ?

Le chiffre fait mal : selon plusieurs études convergentes, la part des moins de 35 ans parmi les téléspectateurs de football a chuté de près de 15 % en dix ans dans les grandes ligues européennes. Ce n'est pas une crise soudaine, c'est une érosion lente, quasi géologique, qui n'alarme pas encore les dirigeants suffisamment — mais qui devrait. De Laurentiis, lui, s'est réveillé.

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Le parallèle avec d'autres sports est éloquent. Le baseball américain a traversé exactement cette crise dans les années 2000, avant que la MLB ne mette en place des règles spectaculaires — le pitch clock, la limitation des shifts défensifs — pour accélérer le jeu et reconquérir un public zappeur. La NBA, elle, avait anticipé en construisant toute une culture autour de la superstar individuelle, du dunk, du highlight. Le football européen, arc-bouté sur ses traditions centenaires, a longtemps refusé ce débat. De Laurentiis l'ouvre, avec la brutalité d'un producteur hollywoodien qui sait que si le film ennuie dès les vingt premières minutes, la salle se vide.

La Gen Z consomme du sport différemment. Elle ne regarde plus un match dans son intégralité, elle en capte les moments, les émotions, les conflits. Elle veut de la tension permanente, du rebondissement, de l'enjeu à chaque séquence. Demander à cette génération de supporter quarante minutes d'un milieu de tableau 0-0 en novembre relève presque du masochisme.

Ses propositions sont-elles folles ou simplement en avance sur leur temps ?

Soyons honnêtes : certaines idées de De Laurentiis semblent sorties d'un brainstorming d'agence créative sous caféine. Modifier la durée des matchs, introduire des pauses publicitaires façon NFL, repenser le format des compétitions pour générer davantage de matchs à enjeu décisif... Sur le papier, l'ensemble ressemble à un cahier des charges rédigé pour plaire aux actionnaires de chaînes câblées américaines plutôt qu'aux ultras de la Curva B.

Pourtant, ne jetons pas l'enfant avec l'eau du bain. L'idée de repenser le rythme narratif du football n'est pas absurde en soi — elle est simplement mal formulée par quelqu'un qui pense en termes de production audiovisuelle plutôt qu'en termes d'essence sportive. La Ligue des Champions elle-même a drastiquement revu son format cette saison 2024-2025, passant à une phase de ligues à 36 clubs précisément pour garantir davantage de matchs à tension, davantage de rencontres entre grandes équipes. L'UEFA, institution pourtant réputée conservatrice, a donc déjà intégré cette logique.

Ce qui gêne davantage, c'est la tentation de calquer le football sur le modèle des franchises américaines — un modèle fermé, financiarisé, où le spectacle prime sur la compétition pure. De Laurentiis vient du cinéma : pour lui, le produit prime. Mais le football tire précisément sa force de son imprévisibilité, de la possibilité qu'Atalanta Bergame renverse le Bayern Munich, que Nottingham Forest survive en Premier League. Lisser cette sauvagerie au nom de l'entertainment, c'est tuer ce qui rend le football universel.

Qui peut vraiment changer le football avant qu'il ne perde sa génération ?

Le problème avec De Laurentiis, c'est moins la direction que la méthode. Il parle, il provoque, il agite — mais Naples, avec tout son prestige retrouvé sous Luciano Spalletti avant le titre de 2023, n'a pas le poids institutionnel pour peser sur les structures du football mondial. Les vrais leviers sont entre les mains de la FIFA, de l'UEFA et des cinq grands championnats, dont les présidents ont des agendas trop chargés d'intérêts économiques immédiats pour s'attaquer à des réformes structurelles profondes.

La vraie révolution viendra peut-être d'ailleurs — des plateformes, justement. DAZN, Apple TV+, Amazon Prime Video ont tous misé sur le football en sachant qu'ils importaient avec eux des codes narratifs différents. Multiangle, statistiques en temps réel, contenus dérivés, accès aux vestiaires : ces formats transforment déjà la manière dont les plus jeunes consomment le jeu, sans toucher une seule règle. La révolution est peut-être déjà en cours, simplement plus discrète que les déclarations fracassantes d'un patron napolitain en verve.

Il faut aussi nommer ce que De Laurentiis refuse peut-être de voir : le problème n'est pas uniquement le format du football, c'est aussi la qualité de ce qu'on y voit. Quand Pep Guardiola animait le Barça de Lionel Messi entre 2009 et 2012, les jeunes du monde entier se levaient à l'aube pour regarder jouer des hommes. L'intensité tactique actuelle a produit des matchs souvent verrouillés, où la prise de risque est punie et où la beauté est sacrifiée sur l'autel de l'efficacité. Aucune règle ne corrigera ça — seuls des entraîneurs courageux et des présidents prêts à perdre pour jouer bien pourraient y contribuer.

De Laurentiis a au moins le mérite de poser la question à voix haute. Le football vieillira-t-il avec ses supporters ou saura-t-il parler à ceux qui ne l'ont pas encore adopté ? La réponse ne se trouvera pas dans un entretien à The Athletic, ni dans un format à mi-temps raccourci. Elle se construira dans les académies, dans les contenus digitaux, dans la capacité du football à produire des joueurs-personnages qui transcendent le sport. Kylian Mbappé y a réussi. Erling Haaland aussi. La prochaine génération de crack devra être autant une star de football qu'un créateur de contenu. Le terrain et le smartphone, désormais inséparables.

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