L'Inter Miami de Lionel Messi s'offre un weekend de prestige en Formule 1. Entre préparation sportive et vie de star, l'attaquant argentin incarne la nouvelle Amérique du football.
Il y a des carrières qui se mesurent en buts, en trophées, en records de longévité. Il y a aussi celles qui se lisent dans les gradins des circuits prestigieux, dans les photos de people à côté des monoplaces, dans cette façon qu'ont les légendes de traverser les frontières du sport comme on change de continent. Lionel Messi n'est plus seulement le footballeur qui a tout gagné. Il est devenu l'homme qui assiste au Grand Prix de Formule 1 de Miami, qui pose en bermuda à deux mètres d'une Ferrari, qui vit désormais en Floride comme une destination qu'il a toujours attendue.
Car voilà le paysage étrange et fascinant de ce mois de mai 2024 : tandis que le football européen vit ses derniers battements de saison — les finales de Ligue des champions se jouent, les titres se décident — Messi est à Miami. Non pas en exilé, mais en vainqueur. La saison précédente, il a remporté la Coupe MLS avec l'Inter Miami, cette équipe qui semblait vouée à rester anecdotique jusqu'à son arrivée. Huit Ballons d'Or. Deux Coupes du monde. Et voilà qu'il regarde défiler les monoplaces sur le circuit urbain de Miami en tant que champion sortant de MLS.
L'Inter Miami n'était rien avant lui. Une franchise respectable mais anonyme, perdue dans le paysage marketing de la MLS. Puis est arrivé cet homme de 37 ans qui aurait pu prendre sa retraite dorée n'importe où en Europe, et qui a choisi Biscayne Bay. Le coup de génie sportif et commercial a dépassé toutes les attentes : pas seulement des victoires sur le terrain, mais une aura, une légitimité soudaine qui a transformé Miami en capitale du football américain.
Quand Messi signe son contrat avec l'Inter Miami en août 2023, personne n'imagine vraiment ce qui va se passer. Oui, c'est une grande recrue. Oui, c'est Lionel Messi. Mais Miami, c'est loin. C'est chaud. C'est l'Amérique profonde du foot, pas l'Europe. Pourtant, en quelques mois, la franchise enregistre des audiences en hausse de 1 000% sur les réseaux sociaux, les maillots s'arrachent, et surtout, l'équipe joue du football d'une qualité que personne n'avait encore vu en MLS. C'est un homme seul qui change la trajectoire d'un championnat tout entier.
Et maintenant, le voilà au Grand Prix de Miami. C'est presque trop beau pour être vrai. Comme si le scénario avait été écrit par Hollywood : la plus grande légende du football regarde les plus belles machines du sport automobile depuis les meilleures loges. Les photographes des deux mondes se demandent qui shooter en priorité — le septuple champion du monde Hamilton ou l'octuple Ballon d'Or ? Les réseaux sociaux explosent. Miami n'a jamais été aussi cool.
Entre vacances dorées et démarrage de saison
Mais il ne faut pas se méprendre. Cette présence à Miami n'est pas une retraite bien gagnée, pas encore du moins. C'est une pause de transition, celle qui sépare la fin de la saison MLS de la préparation estivale. L'Inter Miami prépare déjà la nouvelle campagne, et Messi sait très bien que ce titre remporté sera vite oublié s'il ne le répète pas. Dix jours sans véritablement s'user physiquement, quelques événements de prestige, et puis retour au travail.
Car la vraie question n'est pas de savoir si Messi profite bien de Miami. Elle est de savoir si cette vie de champion américain peut continuer. À 37 ans, le chronomètre tourne. Une saison de plus, deux peut-être, et puis ce sera fini. Alors autant la vivre comme elle doit l'être : au sommet, avec les honneurs, sous les projecteurs des plus grands événements mondiaux.
Les compétiteurs de la MLS, eux, regardent ce cinéma avec envie et un brin d'amertume. Quelques-uns avaient pensé que l'âge d'or de Messi était derrière lui, que l'Inter Miami serait anecdotique dans un championnat que nul en Europe ne regarderait vraiment. Ils se sont trompés. Avec 17 buts en 26 matchs la saison passée, Messi a rappelé qui il était : un joueur capable de transcender non seulement une équipe, mais une ligue entière.
L'Amérique enfin convaincue
Ce qui change vraiment avec cette présence au Grand Prix, c'est que Messi n'est plus une star du football qui vit en Amérique. Il devient une vraie star d'Amérique, du type qui apparaît à Wimbledon, à Monte-Carlo, sur tous les circuits prestigieux. Les enfants américains commencent à savoir qui il est, pas seulement comme le vieux type qui joue au foot, mais comme une légende vivante du sport que leurs parents regardaient sur YouTube quand ils étaient ados.
Cette normalization du football dans l'imaginaire américain, Messi l'a accélérée de plusieurs années en une seule saison. Les sponsors y trouvent leur compte. Les télévisions aussi. Et surtout, l'Inter Miami devient soudain une affaire très sérieuse, un projet qu'on ne peut plus ignorer quand on parle de sports de franchise en Amérique du Nord.
Reste à savoir si ce conte de fée va continuer. Messi peut-il enchaîner les titres ? L'Inter Miami peut-il battre les Los Angeles FC ou Benfiquà de la Concacaf ? Et surtout, pour combien de temps encore l'enfant de Rosario va-t-il enfiler le maillot rose de Miami avant de ranger les crampons ? Le football n'a jamais aimé les questions sans réponse. Mais pour une fois, peu importe. Regarder Messi savourer Miami, c'est déjà une récompense en soi.