Mohamed Salah a vécu dimanche ses derniers instants sous le maillot rouge de Liverpool. Une page se tourne pour l'Égyptien après neuf saisons de domination.
Les images resteront gravées : Mohamed Salah, les joues mouillées de larmes, quittant le terrain d'Anfield sous une ovation qui ressemblait moins à un adieu qu'à un hymne d'éternité. Ce dimanche, en cette dernière journée de Premier League, l'attaquant égyptien a disputé ses ultimes minutes sous le maillot de Liverpool, transformant un match somme toute routinier en moment de catharsis collective. Neuf saisons. Trois cent quatre-vingt-quatre matches officiels. Cent quatre-vingt-six buts. Un palmarès qui redessine à lui seul l'histoire récente du club de la Mersey.
L'homme qui a ramené Liverpool à son rang
Quand Mohamed Salah a débarqué à Anfield en août 2014, en provenance de Chelsea où il n'avait joué que trois matches, personne ne l'attendait vraiment. Un joueur de passage, pensait-on. Un prêt avorté à Fiorentina, une tentative avortée à Rome. Puis vinrent les années de patience à Chelsea, les doutes, les incompréhensions tactiques. Liverpool prenait un pari : celui de transformer ce talent brut en arme de destruction massive.
Jürgen Klopp, arrivé en octobre 2015, comprit immédiatement ce qu'on pouvait faire de Salah. Pas un ailier classique. Pas un excentrique chargé de centrer depuis la ligne de but. Quelque chose de plus nouveau, de plus insaisissable : un attaquant inverti capable de couper à l'intérieur, de combiner la vitesse pure avec une intelligence de positioning terrifiant. Cette saison 2017-2018, où Salah explosait tous les compteurs avec 44 buts en 52 matches, signa le début de la reconstruction de Liverpool dans l'ordre des puissances européennes.
Ce qui rend son palmarès exceptionnellement riche, c'est qu'il a remporté avec le club la Ligue des champions en 2019, la Coupe d'Angleterre en 2022, la Coupe de la Ligue en 2023-2024, et surtout le titre de champion d'Angleterre en 2020, le premier en trente ans pour les Reds. Salah n'a pas juste marqué des buts ; il a été le levier émotionnel et technique d'une renaissance. Chaque saison depuis 2017, il finissait parmi les trois meilleurs buteurs de Premier League. Une constance rarement vue.
Ses statistiques finales confirment ce que les yeux racontent : 256 buts en 419 matches toutes compétitions confondues. Plus grand buteur de l'histoire de Liverpool en compétitions européennes. Seul Robbie Fowler l'égale en nombre de buts inscrits sous le maillot rouge, mais Salah l'a fait en moins de matches. Ces chiffres secs ne disent rien du charisme, de la capacité à galvaniser Anfield d'une simple accélération, d'une finition letale en fin de match quand tout semblait perdu.
La fin d'une certitude, le début d'un vide
Ce départ, si tant est qu'on puisse parler de départ puisque Salah reste officiellement au club jusqu'à la fin de son contrat, cristallise une inquiétude plus large qui agite les pensées des supporters de Liverpool depuis plusieurs mois. Après dix-neuf saisons à la tête du projet, Jürgen Klopp s'en est allé. Arne Slot, son successeur néerlandais, doit maintenant administrer un héritage en partie détruit : Salah qui part, blessures chroniques, une jeunesse pas encore éclosée, des concurrents financièrement plus forts.
Liverpool se trouve à la croisée des chemins. Le club doit prouver qu'il peut survivre à la disparition de ses figures de proue. Sadio Mané avait déjà plié bagage l'été dernier vers Arabie Saoudite. Roberto Firmino avait quitté Anfield lors de ce mercato estival. Les trois mousquetaires, ceux-là mêmes qui avaient porté Liverpool à la gloire, se dispersent. Jamais le projet Klopp n'avait envisagé un tel écoulement de talents d'un coup.
Arne Slot n'aura pas la tâche facile. Les supporters rouges, qui ont goûté à la victoire à nouveau, ne concèderont pas un déclassement. La Premier League sera sans doute plus aggressive l'année prochaine : Manchester City garde sa domination, Manchester United se renforce, Chelsea injecte des centaines de millions. Liverpool ne peut se permettre de stagner. Les jeunes joueurs comme Trent Alexander-Arnold doivent accelerer leur maturation. Les recrutements ne doivent pas décevoir. Un mercato estival raté, et c'est toute une philosophie de club qui s'écroule.
Les larmes de Salah dimanche à Anfield portaient en elles cette conscience : celle de la fin d'une époque. Pas celle du joueur seul, mais celle d'une équipe, d'une mission collective. Liverpool devra désormais inventer la suite, sans la silhouette biscornue de l'Égyptien à l'aile droite. C'est une chance de se réinventer. C'est aussi un risque majeur, celui d'une chute que les murs de la Mersey craint par-dessus tout.
- 256 buts inscrits par Mohamed Salah en 419 matches sous le maillot de Liverpool
- 7 Prix du Meilleur Joueur de Premier League (trois fois Premier League Player of the Year)
- 1 Ligue des champions, 1 titre de champion d'Angleterre (2020) remportés avec le club
- 30 buts en cette saison 2024-2025, confirmant une forme inépuisable à 32 ans
Désormais, Liverpool doit trouver en lui-même les ressources pour remettre debout un projet qui reposait trop sur les certitudes. Slot a l'occasion de poser les fondations d'une nouvelle dynastie. Mais sans Salah, sans Klopp, le chemin vers les sommets européens s'allonge. À moins que cette transition forcée ne soit justement l'électrochoc dont le club avait besoin pour renaître d'une cendre encore chaude.