À un an du coup d'envoi, le Kenya et l'Ouganda accumulent les retards. La CAF envisage sérieusement de retirer l'organisation de la compétition.
Un an. C'est le temps qu'il reste avant que le coup d'envoi de la Coupe d'Afrique des Nations 2027 ne retentisse sur les pelouses est-africaines. Ou ailleurs. Car derrière les sourires officiels et les communiqués rassurants, la réalité sur le terrain est bien plus préoccupante : le Kenya et l'Ouganda, co-organisateurs désignés de l'événement, sont en retard. Sérieusement en retard. Et la Confédération africaine de football ne compte plus croiser les bras.
Le chantier est-africain part à la dérive
Les stades ne sortent pas du sol assez vite. Les infrastructures hôtelières tardent à se moderniser. Les routes d'accès aux enceintes restent, dans plusieurs villes-hôtes, dans un état préoccupant. Voilà le tableau que dressent les inspecteurs mandatés par la CAF après leurs dernières visites au Kenya et en Ouganda. Le verdict est brutal : le niveau de préparation ne correspond pas aux engagements pris lors de l'attribution du tournoi.
La CAF attendait des garanties concrètes. Elle a obtenu des promesses. Insuffisant, pour une organisation qui a payé au prix fort — en termes d'image et de crédibilité — les couacs organisationnels des éditions précédentes. La CAN 2022 au Cameroun, livrée à la dernière minute avec des stades aux normes à peine respectées, avait déjà coûté cher en capital confiance. Pas question de rééditer le scénario.
Ce qui frappe surtout, c'est l'ampleur des chantiers encore ouverts. Au Kenya, le Kasarani Stadium de Nairobi doit subir une rénovation profonde pour atteindre les standards continentaux. En Ouganda, la situation n'est guère plus rassurante. Le Mandela National Stadium, à Kampala, figure lui aussi dans la liste des équipements qui inquiètent les techniciens de la confédération. À moins de 400 jours du lancement officiel de la compétition, l'horloge tourne et les bulldozers, eux, peinent à suivre le rythme.
Une histoire de candidatures bâclées et de confiance perdue
Pour comprendre pourquoi cette situation alerte autant, il faut remonter au processus d'attribution. La CAN 2027 avait été confiée à un trio original : Kenya, Ouganda et Tanzanie. Mais la Tanzanie avait rapidement décroché du projet, laissant Nairobi et Kampala porter seuls un dossier déjà fragilisé dès le départ. Un premier signal d'alarme que la CAF avait minimisé, misant sur la dynamique économique de la région.
L'Afrique de l'Est représente pourtant un marché en plein essor pour le football continental. Le Kenya et l'Ouganda affichent des taux de croissance économique qui, sur le papier, devaient faciliter les investissements publics dans les infrastructures sportives. Mais entre les projections financières et les réalités politiques et administratives, le fossé s'est révélé considérable. Les appels d'offres pour la construction et la rénovation des stades ont pris du retard, les financements publics ont tardé à être débloqués, et les entreprises attributaires des marchés ont parfois accusé des difficultés d'approvisionnement.
Résultat : la CAF a déjà dépêché plusieurs missions d'inspection sur place depuis l'attribution officielle, sans jamais obtenir le niveau de garanties espéré. Selon des sources proches de la confédération, les délais contractuels fixés dans le cahier des charges initial auraient été violés à plusieurs reprises. Une situation qui, juridiquement, ouvre la voie à des sanctions — et potentiellement à un retrait pur et simple de l'organisation.
La menace de délocalisation, une arme que la CAF n'hésite plus à dégainer
Retirer une CAN à ses organisateurs n'est pas un scénario inédit. La confédération l'a fait avec le Maroc en 1996, après le refus du Royaume de reporter la compétition prévue au même moment que la Coupe d'Afrique des Nations. Elle dispose donc des outils juridiques et du précédent historique pour agir vite si nécessaire. Et cette fois, plusieurs candidats de substitution seraient déjà dans les starting-blocks.
L'Afrique du Sud, qui a co-organisé la CAN 2023 aux côtés du Maroc avant de se retirer, disposerait des infrastructures nécessaires pour absorber l'événement dans des délais très courts. Le Maroc lui-même, rodé à l'exercice avec la CAN 2025 qu'il organise actuellement, reste un recours crédible. D'autres nations, moins médiatisées, pourraient également se porter candidates si la CAF ouvre officiellement la porte à un plan B.
La pression exercée sur le Kenya et l'Ouganda est donc désormais maximale. La confédération leur aurait fixé un nouvel ultimatum officieux : montrer des avancées significatives et mesurables d'ici la fin du premier semestre 2025, sous peine de voir l'organisation leur échapper. Trente-deux équipes nationales, des millions de supporters à travers le continent, des droits télévisuels négociés à des montants records — la CAN 2027 représente un enjeu financier et symbolique que la CAF ne peut pas se permettre de sacrifier sur l'autel de retards administratifs.
Le président de la CAF, Patrice Motsepe, qui a fait de la professionnalisation du football africain son cheval de bataille depuis son élection en 2021, sait que sa crédibilité est aussi en jeu. Il a musclé les exigences imposées aux pays hôtes, renforcé les clauses contractuelles, multiplié les inspections. Mais si la CAN 2027 finit par quitter l'Afrique de l'Est, ce sera à la fois un aveu d'échec du processus d'attribution et une démonstration que la CAF sait, elle aussi, passer des paroles aux actes.
La prochaine grande réunion du comité exécutif de la confédération sera scrutée de très près. Si le Kenya et l'Ouganda ne présentent pas un plan de rattrapage crédible, assorti de garanties financières solides, le dossier de la délocalisation pourrait passer du statut d'hypothèse à celui de décision officielle. L'Afrique de l'Est a encore une chance de sauver sa CAN. Mais le chronomètre, lui, n'attend plus personne.