À 21 ans, l'attaquant belge Lucas Stassin porte l'ASSE vers la remontée en Ligue 1. Une série de buts, un leadership inattendu, une histoire qui s'écrit vite.
Vingt-et-un ans, un sourire de gamin et des crampons qui font trembler la Ligue 2. Lucas Stassin n'était pas prévu dans le scénario de la saison stéphanoise. Et pourtant, match après match, le jeune attaquant belge est en train d'écrire l'un des récits les plus enthousiasmants du football français du moment. L'ASSE, club légendaire plongé depuis trop longtemps dans une torpeur embarrassante, retrouve enfin un visage — et ce visage, c'est le sien.
Le garçon qui n'avait pas peur du Chaudron
Quand Saint-Étienne recrute Stassin à l'été 2024 en provenance du Beerschot, en Belgique, l'accueil est poli mais pas franchement électrique. Un espoir, certes. Mais un espoir parmi d'autres dans un club qui en a vu passer des dizaines sans jamais déclencher la machine. Ce que personne n'avait anticipé, c'est l'aplomb du personnage. Pas intimidé par le poids de l'écusson vert, pas écrasé par l'histoire du club aux dix titres de champion de France. Il arrive, il joue, il marque.
La progression est saisissante. Sur les dernières semaines, Stassin enchaîne les réalisations avec une régularité qui force le respect même chez les plus sceptiques. Plus d'une dizaine de buts au compteur cette saison, des déplacements décisifs, des matchs sauvés par un geste technique ou un appel dans le dos de la défense adverse. Il ne subit pas le jeu — il le provoque. Et dans un championnat de Ligue 2 où les attaquants de caractère sont rares, ça change absolument tout.
Olivier Dall'Oglio, le coach stéphanois, a construit son animation offensive autour de lui presque naturellement. Pas parce qu'il n'avait pas d'autre choix, mais parce que le garçon méritait cette confiance. Il la rend au centuple.
Saint-Etienne retrouve son identité de club qui monte
Il faut replacer les choses dans leur contexte pour mesurer ce que représente cette dynamique. L'ASSE a été reléguée en Ligue 2 à l'issue de la saison 2022-2023, dans la honte et le désordre. Une descente vécue comme un traumatisme profond par une ville entière, par des milliers de supporters qui avaient fait de Geoffroy-Guichard un temple du football populaire français. La saison dernière, le club a failli remonter avant de craquer au pire moment. La blessure était encore ouverte.
Cette année, quelque chose a changé. L'ASSE s'est installée dans le peloton de tête de Ligue 2, portée par une organisation collective plus solide et, surtout, par ce numéro neuf qui sait peser sur les défenses. Stassin n'est pas seulement un buteur efficace — il est un détonateur émotionnel. Quand il marque à Geoffroy-Guichard, le Chaudron retrouve cette fièvre particulière qu'on croyait disparue. Les 30 000 personnes qui se déplacent pour les gros matchs à domicile ne viennent plus seulement par nostalgie. Elles viennent pour lui voir faire ça.
Le football, parfois, a besoin d'un visage. D'un joueur qui cristallise une énergie collective et lui donne une direction. Thierry Henry avait donné ça à Monaco en 1997. Zlatan Ibrahimovic avait porté Paris Saint-Germain sur ses épaules pendant des années. Toutes proportions gardées — on parle de Ligue 2, pas de Ligue des champions —, Stassin joue ce rôle pour Saint-Étienne aujourd'hui. Et il le joue avec une maturité troublante pour un garçon de son âge.
Un profil qui interroge déjà les recruteurs de l'élite
Reste une question qui commence à circuler dans les travées du football professionnel français : Lucas Stassin sera-t-il encore en vert la saison prochaine, si l'ASSE remonte effectivement en Ligue 1 ? Rien n'est moins sûr. Né en 2003, international espoir belge, auteur d'une montée en puissance spectaculaire dans l'un des championnats les plus scrutés d'Europe par les recruteurs étrangers — son profil coche toutes les cases qui agitent les cellules de recrutement des clubs de première division européenne.
Il serait naïf de penser que les offres ne vont pas arriver. Elles arrivent déjà, probablement. C'est le paradoxe cruel du football de formation et de développement en France : on construit un joueur, il explose, et le marché vient frapper à la porte avant même qu'on ait eu le temps de profiter. L'ASSE le sait. Elle a vécu ça avec d'autres, dans d'autres circonstances, à d'autres époques.
Mais pour l'heure, Stassin est là, concentré sur l'objectif collectif. Et dans le vestiaire stéphanois, son énergie est communicative. Des joueurs comme Mathieu Cafaro ou Pierre Cornud semblent libérés, moins chargés par la pression du résultat, parce qu'ils savent qu'en dernier recours, il y a ce garçon capable de faire basculer un match sur un geste. C'est ça, aussi, la valeur d'un vrai numéro neuf.
La Ligue 1 est à portée. Pas acquise, jamais acquise en football, mais à portée. Si l'ASSE franchit le pas et retrouve l'élite cette saison, ce sera pour partie l'histoire d'un collectif reconstruit avec soin. Et pour une autre partie, l'histoire d'un Belge de 21 ans qui a décidé que Geoffroy-Guichard méritait mieux que la résignation. La suite dira si Lucas Stassin peut s'épanouir dans l'élite — et si Saint-Étienne saura le garder assez longtemps pour le voir grandir encore.