Licencié en décembre par Waldemar Kita, Luís Castro a maintenu Levante en Liga. Le Portugais brise le silence sur son éviction du FC Nantes.
Luís Castro n'oublie pas. Quatre mois après son départ précipité du FC Nantes, le Portugais sort enfin de son silence et charge frontalement son ancien président Waldemar Kita. Les hostilités, figées jusqu'à présent, deviennent publiques au moment où la saison s'achève en Espagne après le maintien de Levante, le club que Castro a repris en urgence en janvier.
L'homme au verbe tranchant a des griefs à formuler. Pas seulement sur les conditions de son licenciement en décembre — expédié après six mois de travail et un bilan sportif catastrophique — mais sur la conception même du projet nantais tel qu'il lui avait été présenté. Castro n'y va pas par quatre chemins : il estime avoir été mis en difficulté dès son arrivée, privé des moyens nécessaires pour inverser une tendance compliquée. Kita, lui, avait justifié le coup en évoquant une trajectoire insatisfaisante et l'incapacité de Castro à redresser le navire.
Sauf que voilà. Le même Castro qui a échoué à Nantes a brillamment maintenu Levante en Liga, compétition autrement plus exigeante que la Ligue 1. Le symbole est violent. En quelques semaines, il a stabilisé une équipe en chute libre, imposé sa discipline tactique, et remonté une pente qui semblait insurmontable. Les chiffres parlent : Levante, 18e à son arrivée avec 14 points en 20 matchs, a glané 20 points en 14 rencontres sous sa direction. Suffisant pour assurer le maintien avec plusieurs journées d'avance.
Deux mondes, deux trajectoires
Le contraste entre Nantes et Levante est saisissant pour qui regarde les détails. À Nantes, Castro avait hérité d'une équipe disloquée, avec des tensions internes, une attente de résultats immédiats et un président qui véhiculait l'impatience à travers chaque communiqué. Le FC Nantes, lanterne rouge à son arrivée en juillet 2024 avec un bilan désastreux, demandait un miracle en six mois. Castro ne l'a pas fait. Pas assez vite, en tout cas.
À Levante, la situation était aussi critique, sinon pire sur le papier. Mais le Portugais y a trouvé une oreille davantage attentive, des cadres prêts à écouter, et surtout le temps de laisser ses idées fermenter. Levante ne lui a pas demandé de faire la révolution en trois semaines. On lui a confié un sauvetage, pas une performance cosmétique pour se donner bonne conscience en fin de saison.
Ces différences structurelles, Castro les énumère sans détours auprès de ses proches. Kita aurait promis un mercato offensif lors des négociations de l'été — renforcements importants, flexibilité budgétaire, ressources suffisantes pour répondre à une crise évidente. À la réalité du terrain, les choses se sont déroulées différemment. Castro n'a pas eu les profils attendus, a dû gérer des départs, et s'est retrouvé en novembre avec une équipe encore plus étriquée qu'avant.
Le pari du Portugal qui valide la thèse de Castro
En signant à Levante, Castro a eu l'opportunité de prouver quelque chose : que son approche fonctionne ailleurs, que l'échec nantais n'était pas intrinsèque à sa méthode mais bien aux conditions qu'on lui imposait. Ce maintien à Levante est devenu son meilleur argument contre Kita. Un argument vivant, tangible, irréfutable.
- Levante sous Castro : 20 points en 14 matchs après le 18e rang
- Nantes avant Castro : pire bilan de Ligue 1 avec 3 victoires en 12 matchs
- Différence de conditions : budgets, délais de repos, intégration tactique
- Temps alloué : 6 mois à Nantes contre 4 mois à Levante avec succès assuré
Maintenant que tout est fini en Espagne, Castro peut ranger ses calculs sportifs et se concentrer sur ce qui le préoccupe vraiment : son image, sa réputation, la trajectoire que ce passage nantais laissera dans son CV. Un entraîneur de 62 ans avec du caractère ne peut pas laisser cette séquence nantaise se cristalliser en échec personnel. Il a besoin de redorer son blason, et ce maintien à Levante y contribue largement.
Kita, de son côté, reste en retrait. Le président nantais n'a jamais apprécié les critiques directes et Castro n'en est pas friand non plus. Mais cette fois, le Portugais parle. Il parle parce que les résultats lui donnent raison, parce que le temps a passé, et parce qu'il n'a rien à perdre dans cette bataille rhétorique. Nantes continue à sombrer en Ligue 1 — le club reste fragile malgré un sursaut récent — pendant que Castro redynamise un club espagnol. L'ironie n'échappe à personne.
Le monde du football adore les histoires de rédemption. Castro en écrit une, même s'il y a de l'amertume au bout du stylo. Et Kita, resté à Nantes, voit son projet s'enfoncer tandis que son ancien entraîneur marche sur l'eau ailleurs. C'est une leçon que les présidents apprennent rarement assez tôt : parfois, l'erreur n'est pas dans le choix de l'homme, mais dans l'impatience et les ressources qu'on lui consent.