À 40 ans, Lukas Podolski annonce sa retraite sur Instagram. Le champion du monde 2014 ferme le chapitre d'une carrière exceptionnelle en sélection et en club.
Lukas Podolski a décidé de ranger ses crampons. L'attaquant allemand l'a annoncé lui-même sur Instagram, sans détour, sans conférence de presse organisée. À 40 ans, « Poldi » range définitivement le maillot, mettant fin à une carrière qui aura traversé près de deux décennies de football européen de haut niveau.
Le message est passé directement par les réseaux sociaux, comme beaucoup de nouvelles du football moderne. Mais quand il s'agit d'une figure de cette envergure, d'un joueur qui a porté la Mannschaft à 130 reprises, le timing et le médium importent moins que le symbole. Une génération s'éloigne un peu plus.
Le champion du monde dit au revoir
L'image de Podolski restera inséparable de cette victoire mondiale en 2014 au Brésil. Il n'était plus titulaire indiscutable à ce moment-là, c'est vrai. Mais il était là, dans le groupe, cette mentalité de guerrier qui caractérisait la sélection allemande de Joachim Löw. Un attaquant de couloir qui savait défendre, qui avait du dribble, de la percussion, capable de marquer des buts décisifs quand l'équipe avait besoin de lui.
En sélection nationale, Podolski aura marqué 49 fois en 130 sélections. Des statistiques solides pour un ailier qui n'a jamais été un pur buteur. Ses meilleures années avec la Mannschaft ? Les années 2010, quand Joachim Löw le positionnait en attaque de soutien, ou parfois comme ailier gauche au-dessus de ses qualités techniques. Il a joué la Coupe du monde 2006 en tant que jeune talent, en 2010, en 2014. Trois Coupes du monde, c'est déjà une belle trajectoire en soi.
Ce qui marquera peut-être davantage que les chiffres : c'est la constance de Podolski en bleu allemand. Il y a eu des périodes où d'autres l'ont éclipsé, mais il revenait toujours. Même aux dépens de sa carrière en club, où il a souvent dû faire des choix moins glamour que ses contemporains Mesut Özil ou Mario Ballack.
Une carrière de club en zigzag
Voilà où Podolski dérange un peu l'histoire officielle du football moderne. Il n'a jamais joué pour le Real Madrid ou le Barça. Il n'a remporté aucune Ligue des champions. L'attaquant a grandi à Cologne, d'où il est originaire, avant d'exploser à l'Arsenal d'Arsène Wenger entre 2012 et 2014. Cent quatre-vingt-trois matchs sous les couleurs rouges et blanches. Des occasions, des buts, mais jamais assez pour vraiment marquer cette époque.
Arsenal, c'était le meilleur choix pour lui à l'époque. Galatasaray ensuite, puis Vissel Kobe au Japon où il a trouvé un second souffle. Inter Milan, la Juventus presque... mais non. Podolski a toujours eu ce truc : il cherchait l'action, pas la vitrine. Un match tous les trois jours, un défi, une atmosphère. En Turquie, il a adoré. En Allemagne, il a terminé sa carrière en 2022 avant de continuer quelques années en tant que joueur polyvalent dans des championnats moins exigeants.
À l'inverse de ses pairs qui ont cherché à optimiser leur réputation commerciale, Podolski a toujours suivi ses envies. Kobe l'attirait ? Il y allait. Un club polonais, un projet en Turquie nouvelle génération ? Il y allait aussi. Ce choix a peut-être coûté à son image globale, mais il a préservé quelque chose d'essentiel : son envie de jouer, simplement.
Une ère qui ferme pour l'Allemagne
Avec Podolski, c'est un représentant de la génération 2014 qui disparaît. Manuel Neuer est toujours actif, Benedikt Höwedes a raccroché en 2022. Les Thomas Müller et Bastian Schweinsteiger sont loin derrière. Cette sélection allemande qui dominait l'Europe, qui avait un collectif étouffant, des automatismes bruts de décoffrage, des joueurs qui savaient se battre dans le milieu terrain à trois sur le terrain de balle circulant.
L'Allemagne a connu une crise d'identité après 2014. Pas immédiatement, mais progressivement. Les éliminations de 2018 et 2022, les débâcles récentes, c'est autant de signes que cette génération dorée était peut-être la dernière du cycle de Joachim Löw, et surtout la dernière capable de vraiment rivaliser avec les géants mondiaux sur la durée.
Podolski tirait la langue, célébrait avec ce sourire un peu enfantin, engagé dans chaque duel. À 40 ans, il regarde passer le foot moderne où tout s'accélère, où les jeunes joueurs ont des coaches en cinq langues avant l'âge de 12 ans. Lui vient d'une époque où on apprenait surtout dans la rue, en club, en jouant. C'est peut-être aussi pour ça qu'on le regrettera un jour, quand l'histoire apprendra à valoriser ce qu'il représentait au-delà des statistiques.
La retraite de Lukas Podolski clôt un chapitre. Pas celui du football, évidemment. Mais celui d'une certaine idée du joueur européen, nomade par ambition plutôt que par calcul financier, fidèle à son équipe nationale mais aussi curieux du monde. Le football perd rarement des garçons comme ça.