Après vingt-cinq ans à la tête du RC Lens sans jamais soulever la Coupe de France, Gervais Martel a vu son club briser cette malédiction. L'ancien président, spectateur ému, a vécu vendredi l'aboutissement d'un rêve qui l'a hanté.
Gervais Martel a pleuré vendredi. Pas de larmes de joie simplement, mais l'aboutissement douloureux d'une quête qui aura traversé plus d'une génération d'hommes. Pendant vingt-cinq ans, cet homme a porté le RC Lens sur ses épaules, guidé par une ambition qu'il n'a jamais pu concrétiser : soulever la Coupe de France. Le jour où son club a enfin franchi cette barrière, c'est en simple spectateur que l'ancien patron a assisté au sacre, emporté par une émotion qui disait tout de ces années d'attente, de frustrations et de promesses non tenues.
Le sacre qui vient trop tard pour celui qui l'a le plus attendu
Quand on dirige un club pendant plus de vingt-cinq ans, on apprend à vivre avec les regrets. Gervais Martel le sait mieux que quiconque. Le RC Lens, sous son impulsion, a côtoyé l'excellence à plusieurs reprises : une place de dauphin en Ligue 1, des participations régulières à des compétitions européennes, une certaine stabilité financière dans un contexte où bien des clubs du Nord trinquaient. Mais la Coupe de France, ce trophée qui semblait pourtant à la portée d'une institution comme Lens, s'est toujours dérobée.
Les années ont passé. Les entraîneurs se sont succédé, les joueurs aussi. D'Éric Sikora à Guy Roux, puis à une succession de techniciens aux fortunes diverses, le RC Lens a toujours joué le jeu de la compétition reine en coupe nationale, sans jamais franchir le dernier obstacle. Martel a quitté la présidence, passant son flambeau, mais le spectre de cette malédiction l'a accompagné bien longtemps après son départ. Se présenter à un événement, revoir les installations du club qu'on a construit pendant un quart de siècle, c'est forcément raviver ces fantômes.
Vendredi, pourtant, les choses ont changé. Le RC Lens a enfin fait sauter ce verrou psychologique. En voyant son club lever le trophée, Martel n'a pu retenir ses larmes. Non parce qu'il était au pouvoir, mais parce qu'il avait porté ce poids pendant si longtemps. L'émotion brute du spectateur qui voit enfin aboutir le rêve d'une vie, c'est cela qui s'est exprimé vendredi soir. Un homme qui aurait pu crier victoire, mais qui s'est contenté de pleurer, conscient que le chemin parcouru n'était pas le sien seul à parcourir.
Vingt-cinq ans d'attente dans l'ombre d'une Coupe inaccessible
L'histoire du RC Lens au cours des trois dernières décennies ne peut se raconter sans évoquer Gervais Martel. Cet homme a incarné la continuité et l'ambition modérée, celle d'un président qui savait que son club n'avait pas vocation à rivaliser durablement avec les mastodontes parisiens ou lyonnais, mais qui refusait la résignation. Dans ce contexte régional miné par des difficultés économiques chroniques, maintenir Lens à flot relevait déjà d'un exploit.
Mais le sport professionnel vit de trophées, pas seulement de survie financière. Les supporters du RC Lens rêvaient de cette Coupe, symbole de l'égalité relative que cette compétition offre. Un club de Ligue 1 sur trois avait remporté la Coupe de France ces vingt dernières années, un taux remarquablement élevé qui montrait que la performance était accessible. Martel le savait. Ses successeurs aussi. Pourtant, les occasions manquées se sont accumulées, les matches éliminatoires perdus dans des circonstances cruelles, les défaites qui laissent le goût amer du « presque ».
L'ironie sportive voulait que ce soit après le départ de Martel que Lens franchisse enfin l'étape décisive. Les nouveaux dirigeants du club, ceux qu'il a formés ou inspirés indirectement, sont parvenus à réaliser ce qu'il n'avait pu accomplir. Cette Coupe de France devient ainsi doublement symbolique : elle récompense un club, mais elle valide aussi, rétrospectivement, l'œuvre de celui qui a maintenu Lens debout pendant que d'autres s'effondraient.
Quand le passé rattrape enfin le présent
Présent à la cérémonie de remise du trophée, Gervais Martel a dû revivre ces vingt-cinq années en quelques secondes. Tous ces hivers froids du Nord, tous ces matchs joués sur un terrain qui reste l'un des plus beaux de Ligue 1, toutes ces ambitions affichées au début de chaque saison sans jamais se concrétiser en Coupe. Et puis, soudain, le moment où tout change, où le RC Lens bascule dans l'histoire en écrivant ce chapitre manquant.
Cette victoire interroge aussi sur la notion de rédemption dans le sport. Martel ne gouverne plus Lens, mais c'est son héritage qui triomphe. Le club qu'il a façonné, structuré, nourri d'une philosophie de stabilité et de respect, a trouvé en lui-même la force de franchir l'obstacle que son ancien leader ne pouvait pas franchir. Les larmes du vendredi soir disent précisément cela : le soulagement de voir la malédiction levée, non pas par lui, mais pour lui, en quelque sorte.
Les supporters lensois, eux, avaient attendu ce moment depuis la dernière apparition du club en finale de Coupe, en 1998. Plus de deux décennies. Martel en a porté le poids pendant une grande partie de ce laps de temps. Que le sacre soit arrivé après son départ ne diminue en rien la portée de ce trophée : il confirme simplement que certains rêves ne meurent jamais, ils s'endorment seulement en attendant le moment propice pour s'éveiller.