Dimanche face à Aston Villa, Pep Guardiola dispute son dernier match à l'Etihad Stadium. Une sortie en apothéose qui clôt dix ans de transformation totale du football anglais.
Il y a dix ans, quand Pep Guardiola a franchi les portes de l'Etihad Stadium pour la première fois en tant qu'entraîneur, Manchester City était un projet ambitieux mais inachevé, une équipe riche en moyens mais pauvre en identité. Ce dimanche, face à Aston Villa, le technicien catalan disputera son dernier match à domicile avant de tourner la page d'une décennie qui a définitivement changé la physionomie du football anglais et européen. Pas une fin ordinaire, donc. Une consécration plutôt.
Dix ans de reconstruction totale et trois titres de Premier League
Quand Guardiola arrive en juillet 2016, il hérite d'une équipe qui a connu ses heures de gloire, certes, mais qui commence à vivre sur ses acquis. Leicester City vient de remporter la Premier League quelques mois plus tôt, rappelant à tous que rien n'est écrit d'avance en Angleterre. Le nouveau patron de City ne vient pas pour gérer une transition. Il vient pour construire quelque chose d'inédit. Trois titres de Premier League, un nombre incalculable de records de points, une Ligue des champions enfin conquise en 2023 : la moisson est de celles qui marquent une génération.
Mais ce qui fascine les observateurs du football, au-delà des trophées, c'est la manière dont Guardiola a imposé une certaine conception du jeu. Le football spectaculaire, dominateur, basé sur la possession et le positionnement, a cessé d'être une option exotique dans le championnat anglais pour devenir une norme. Ses concurrents, de Liverpool à Arsenal en passant par Chelsea, ont tous dû évoluer pour le suivre. C'est peut-être son héritage le plus durable : avoir obligé la Premier League à monter en grade collectivement.
Quel City attend-il derrière la porte?
L'ironie veut que le dernier match à l'Etihad le place face à Aston Villa, une formation que City a dominée pendant ces dix années mais qui incarne aussi les transformations du championnat : une équipe anglaise classique devenue capable de rivaliser en Ligue des champions sous la houlette de Unai Emery. Le football ne fonctionne plus en monarchies héréditaires. City le sait mieux que quiconque.
Carlo Ancelotti attendra patiemment en coulisse. L'entraîneur italien, habitué à gérer les transitions prestigieuses, à succéder aux icônes sans ombrage, devra à présent assumer un héritage vertigineux. Pas seulement reprendre une équipe, mais conduire une institution à continuer sans celui qui l'a édifiée. C'est un défi d'une autre nature. Guardiola ne laisse pas derrière lui un simple champion, mais une machine configurée jusqu'au dernier détail, jusqu'au positionnement des latéraux en possession. Changer d'architecte dans ces conditions comporte ses risques propres.
L'effectif reste de qualité suffisante, Erling Haaland et ses 36 buts cette saison constituent une assurance-vie offensive que peu d'entraîneurs peuvent réclamer. Mais le football est aussi un art des équilibres subtils, des automatismes acquis au fil des entraînements répétés. Un manager qui comprend chaque nuance du projet guardiolicien vaut plus que plusieurs millions supplémentaires au mercato. Ancelotti a prouvé au Real Madrid qu'il savait prendre la succession. À Manchester, il aura besoin de toute son expérience.
Une génération de joueurs qui ne connaît que Pep
Beaucoup des joueurs qui prendront le terrain dimanche n'ont connu que Guardiola à City. Pour un jeune joueur arrivé en 2017 ou 2018, l'entraîneur catalan ne représente pas un cycle au sein d'une carrière. Il représente la normalité, l'air qu'on respire au club. Ruben Dias, Kyle Walker, John Stones dans une moindre mesure : ces hommes ont construit leur identité de footballeur professionnel sous le régime Guardiola. La transmission vers un nouvel entraîneur s'apparente ainsi moins à un changement de direction qu'à une réinvention délicate.
Ce dernier match à domicile ressemblera immanquablement à des adieux. Les supporters, on le sait, rendront hommage. Mais le vrai test attend après. Celui de savoir si cette institution a su devenir suffisamment robuste pour survivre à son créateur, ou si elle avait simplement pris la forme d'un génie individuel. Manchester City aura dix ans pour répondre à cette question.