Nasser Larguet a officialisé son départ du poste de DTN en Arabie saoudite. L'ancien patron de Clairefontaine vise un retour hexagonal, avec Caen en première ligne.
Nasser Larguet range ses valises saoudiennes. Après plusieurs mois passés à structurer le football saoudien depuis son poste de Directeur technique national, l'ancien du centre de Clairefontaine a annoncé son départ, mettant fin à une aventure qui n'aura pas livré tous ses fruits malgré les ambitions affichées par la Fédération saoudienne.
Le signal d'une démission longuement envisagée. Nos confrères avaient d'ailleurs révélé il y a quelques semaines que les jours de Larguet à Riyad étaient comptés. Lui qui avait bâti sa réputation en tant qu'architecte de projets de développement en France ressent l'appel du hexagone. Et pour cause : le SM Caen, club de Ligue 2, l'a activement courtisé pour prendre la tête de son projet sportif. Une opportunité qui colle davantage à son profil d'homme de terrain, loin de la politique footballistique du golfe Persique.
En acceptant le poste de DTN saoudien, Larguet avait misé sur la stabilité financière et une mission de long terme : moderniser les structures du foot local, développer la formation, créer des filières de talents dignes des standards européens. Sur le papier, c'était séduisant. Dans les faits, bien moins.
L'homme a découvert une réalité moins glamoureuse que celle promue par la Vision 2030 saoudienne. Les infrastructures existaient, certes, mais les mentalités tardaient à évoluer. Les résistances administratives s'avéraient bloquantes. Et surtout, le DTN n'avait jamais l'autonomie réelle qu'on lui promettait. Larguet, habitué à décider seul sur les questions de développement et de formation, s'est heurté à des couches de hiérarchie où les décisions véritables restaient entre les mains des décideurs politiques, loin de sa portée directe.
Au-delà des frictions organisationnelles, l'absence de continuité stratégique l'a lassé. Changer une culture footballistique nationale demande une vision à dix ans minimum. Or, les changements politiques régionaux créent des turbulences qui rendent les plans quinquennaux aussi durables qu'un château de sable. Après seulement quelques mois, Larguet sentait déjà que son empreinte allait s'effacer.
Caen lui ouvre la porte de l'influence réelle
Voilà pourquoi le projet caennais revêt une autre dimension. Le SM Caen n'est pas une grande puissance européenne, loin s'en faut. Mais c'est une structure française, où les décisions se prennent en français, où les moyens, bien que modestes, restent prévisibles et maîtrisables.
À Caen, Larguet aurait une chance rare : construire quelque chose de durable. Reprendre un club en Ligue 2, c'est commencer par les fondations. Former les jeunes, optimiser le recrutement, installer une philosophie de jeu, créer une vraie lignée. Exactement ce qu'il sait faire et ce qui le passionne. Pas de couches d'intermédiaires ministériels ou princiers. Juste un club, une vision, du travail.
Son expérience à la tête du centre de formation de Clairefontaine lui donne des atouts majeurs pour relancer l'académie normande. Larguet possède le carnet d'adresses et les méthodes pour identifier des talents à bas coût, les transformer, les revendre. C'est d'ailleurs ce que recherchent les clubs français ambitieux mais aux budgets limités en cette période de rigueur économique.
L'allure d'un reboot français pour une carrière internationale
Cette démission saoudienne pourrait sembler un recul sur le CV. C'est l'inverse. Larguet revient en France après une expérience internationale, riche d'enseignements même si elle s'est soldée par un départ prématuré. Ce bagage, c'est précieux pour un homme qui aspire à peser durablement sur le football français.
À Caen, il ne sera pas Directeur technique national mais plutôt Directeur sportif ou conseiller à fort pouvoir décisionnel. Un rôle où il pourra vraiment trancher. Où chaque choix sera le sien. Où la construction prendra sens immédiatement, club après club, académie après académie.
Le calendrier joue aussi en sa faveur. La saison 2024-2025 en Ligue 2 approche. Caen, comme tout club de deuxième division, cherche à rebondir après des saisons mitigées. Intégrer un nouveau cadre dirigeant à ce moment du cycle, c'est créer une vraie rupture, donner un nouvel élan. Larguet arrive avec cette légitimité du mec qui a travaillé au plus haut niveau de la structure française, qui connaît tous les rouages, tous les dossiers sensibles.
Après l'Arabie saoudite, c'est donc un retour aux réalités du terrain. Moins tape-à-l'œil, plus substantiel. Plus conforme à qui il est vraiment : un homme de conviction, d'exigence, de méthode. Pas un homme de façade.