Roman Yaremchuk permet à Lyon de renverser une situation désespérée contre Rennes en 32e journée. Un retournement qui cristallise les tensions internes des Gones.
Mousa Al-Tamari avait cru faire le coup de l'année. Quatre minutes de jeu, à peine le temps pour Rennes de respirer, et déjà le milieu qatari trouvait la faille avec une frappe placée qui semblait condamner d'emblée les Lyonnais à une nouvelle déconvenue. C'était compter sans Roman Yaremchuk, l'attaquant ukrainien qui, en clôture de cette 32e journée, allait transformer un scénario catastrophe en redemption approximative.
Quand l'OL se regarde en face
Le contexte rendait cette débâcle initiale particulièrement cruelle. Lyon traversait une période où chaque match ressemble à une introspection forcée, où les doutes accumulés depuis plusieurs semaines remontent à la surface comme une nappe phréatique. Encaisser aussi vite était un coup de poignard. Et pourtant, la réaction est venue, non pas d'une quelconque révolution tactique ou d'une soudaine lucidité collective, mais d'un effort brut, presque viscéral, qui a finalement permis aux Rhodaniens de revenir dans la partie. Yaremchuk a égalisé, puis permis à ses coéquipiers de basculer progressivement vers l'avant.
Cette partition lyonnaise ressemble à tant d'autres depuis le début de la saison : une équipe qui souffre en première période, qui se cherche, qui donne l'impression de jouer contre ses propres démons avant de trouver enfin une certaine continuité. Sur 380 minutes jouées en Ligue 1 ces dernières semaines, combien ont réellement ressemblé à du football dominant ? Difficile à dire. Ce qui est sûr, c'est que les Gones naviguent entre deux mondes—celui du potentiel affiché avant la saison et celui des résultats, beaucoup plus miséricordieux.
Entre nostalgie et pragmatisme
Depuis dix ans, Lyon a connu presque tous les visages du football français, des heures de gloire européenne aux batailles pour l'européenne. La présence de Rennes à Décines dimanche rappelait que ces deux clubs, autrefois rivaux dans une hiérarchie claire, se retrouvent désormais à peu près au même niveau. Rennes a d'ailleurs construit son cycle récent sur des principes qu'on oublie facilement : la continuité, l'investissement dans les jeunes, une organisation tactique sans prétention mais efficace.
En face, Lyon possède les ressources pour faire mieux, mais à condition de trancher clairement dans les indécisions qui paralysentà chaque fois l'équipe en première période. Yaremchuk lui-même incarne ce paradoxe lyonnais : un buteur de qualité, capable de faire basculer un match, mais sur qui on ne peut pas construire une dynamique durable s'il reste seul au combat. Son but dimanche, c'était de l'ordre du geste salvateur temporaire, pas d'une reconstruction.
La question devient alors : à partir de quel moment une succession de matchs à souffrance devient une tendance structurelle ? L'OL compte 47 points après 32 journées. C'est respectable, certes. Mais ces chiffres masquent une réalité moins flatteuse : neuf défaites sur trente-deux matchs, une différence de buts équilibrée, une effectif qui semble fonctionner par à-coups.
La fenêtre des trois derniers mois
Il reste six journées. Six occasions de corriger la trajectoire ou de laisser la saison s'échapper dans une relative médiocrité. Yaremchuk a redonné un peu d'oxygène dimanche, mais le vrai test commence maintenant : celui de la constance. Peut-on construire un projet sur la capacité à renverser les situations plutôt que sur celle à les prévenir ? C'est une question que les dirigeants lyonnais doivent se poser sérieusement, en particulier concernant la composition du groupe pour l'été.
Rennes repart sans avoir basculé. C'est le lot de ces équipes en construction : elles proposent, elles créent des occasions, mais elles n'ont pas encore cette arme finale pour transformer le potentiel en victoires capitales. Pour Lyon, en revanche, ce match pose question différemment. Peut-on se contenter de renaître en seconde période quand on a les ambitions affichées avant septembre ? La réponse sera dans ces six derniers matchs, et surtout dans la manière d'y aborder chacun des premiers quarts d'heure.
Yaremchuk a fait son boulot dimanche. Reste à voir si toute une équipe peut enfin faire le sien.