L'ancien défenseur olympien, qui a porté le maillot phocéen huit ans, n'a pas mâché ses mots face au chaos interne qui paralyse le club phocéen.
Rod Fanni ne mâche pas ses mots. L'ancien latéral de l'Olympique de Marseille, qui a connu ses plus belles années sous le maillot blanc et bleu entre 2010 et 2015, puis de 2016 à 2018, sort de son silence face au naufrage institutionnel du club phocéen. Huit ans passés à la Canebière, c'est assez pour connaître les valeurs et l'ADN marseillais. Aujourd'hui, ce qu'il voit, c'est l'exact contraire.
Les récentes révélations sur les dysfonctionnements internes de l'OM ont provoqué une onde de choc dans le milieu. Pas seulement chez les supporters, mais aussi chez ceux qui ont porté ce maillot avec fierté. Fanni n'a pas hésité à pointer du doigt l'ampleur du désastre, dépassant largement le simple débat sportif pour atteindre des questions d'ordre institutionnel et humain. À en croire l'entourage de l'ancien international marocain, cette prise de parole répond à une véritable nécessité morale.
Pourquoi Fanni parle maintenant, après tant d'années?
Il y a une forme de responsabilité chez celui qui a défendu les couleurs marseillaises pendant plus de huit saisons. Fanni ne peut rester indifférent à ce qu'il observe. Ce n'est pas un coup de gueule de supporters en colère, c'est le diagnostic d'un homme qui connaît la maison, ses rouages, son fonctionnement. Entre 2010 et 2015, puis trois autres années entre 2016 et 2018, Rod Fanni a accumulé plus de 200 apparitions sous le maillot blanc et bleu. Il a vu l'OM en périodes faste et en moments plus difficiles.
Mais cette fois, le constat est différent. Les turbulences actuelles ne relèvent pas d'une mauvaise campagne de mercato ou d'une série de résultats décevants. Elles touchent aux fondamentaux, à la gestion du club, à la cohésion interne. Les révélations qui circulent depuis quelques semaines en interne montrent une organisation rongée de l'intérieur. Des tensions entre les différentes strates dirigeantes, une communication en miettes, des joueurs au bord de la mutinerie silencieuse. C'est cela qui pousse un homme comme Fanni à rompre son silence.
Sa parole porte d'autant plus de poids qu'il ne s'agit pas d'une attaque en règle mais d'une déception profonde, presque paternelle. Quelqu'un qui a donné beaucoup à cette institution et ne reconnaît plus les principes qu'il y a connus.
Quel est le vrai problème au-delà des résultats sportifs?
Les chiffres racontent une histoire, mais pas la bonne. L'OM est actuellement en proie à une crise qui dépasse le simple palmares. Les résultats sportifs fluctuants sont une conséquence, pas la cause. Le vrai cancer, c'est l'absence de direction unifiée et de projet clair. Fanni pointe une réalité que les dirigeants marseillais évitent de nommer publiquement: la gouvernance du club est fragmentée.
Entre les décisions sportives, les enjeux financiers et les attentes des investisseurs, il n'existe plus de colonne vertébrale capable de structurer la vie du club. Pendant ce temps, les joueurs observent ce chaos et s'en désintéressent progressivement. Comment demander une mobilisation maximale quand on ne sait pas qui décide vraiment? Quand les messages envoyés par la direction sont contradictoires? Quand les promesses faites au moment de l'arrivée d'un joueur s'évaporent en quelques semaines?
Rod Fanni a connu des OM en transition, des équipes en reconstruction. Mais jamais il n'a vu une telle fragmentation du projet collectif. L'ancien défenseur senegalais d'origine fait le parallèle implicite: à son époque, même dans les moments difficiles, il y avait une vision, une direction. Aujourd'hui, il n'y a que du bruit, des luttes de pouvoir souterraines et des communiqués de façade.
Est-ce réparable ou l'OM doit-il tout reconstruire?
Voilà la question existentielle que pose indirectement la prise de parole de Fanni. Peut-on encore sauver cette saison? Peut-on encore sauver ce projet? Ou faut-il accepter que tout doit être rebâti à partir de fondations plus solides?
À l'écouter, le message n'est pas catégorique: une reconstruction semble inévitable, mais elle doit commencer maintenant, pas en juin quand les dégâts seront définitifs. Les joueurs actuels de l'OM ne demandent qu'une chose selon nos informations: de la clarté. Savoir qui dirige, quels sont les objectifs, quelle est la trajectoire du club. Sans cela, même les plus doués d'entre eux regarderont vers les portes de sortie.
Fanni sait que l'OM ne disparaîtra pas. C'est un monument du football français. Mais il peut rester longtemps en souffrance si on n'agit pas maintenant. Les blessures institutionnelles sont moins visibles que les résultats, et pourtant elles mettent beaucoup plus de temps à cicatriser. L'ancien défenseur en est persuadé: on n'a qu'une fenêtre de tir limitée pour inverser la tendance.
Les prochaines semaines seront décisives. Pas pour le titre ou la Coupe d'Europe, mais pour l'avenir même du club. Rod Fanni a compris qu'il fallait le dire. À ceux qui gouvernent l'OM de comprendre qu'ils doivent l'écouter.