Pep Guardiola profite de sa liberté retrouvée en Catalogne après dix ans à Manchester City. Le technicien catalan cultive le mystère sur ses intentions futures.
Dix ans, c'est long. Une décennie entière passée à façonner Manchester City en machine quasi inarrêtable, à remporter des titres en série, à incarner l'excellence tactique que le football mondial enviait. Mais voilà : Pep Guardiola a fermé la porte du Etihad Stadium en juillet, libre de tout engagement pour la première fois depuis 2008. Et désormais, c'est en Catalogne qu'il savoure cette étrange sensation d'absence d'obligations.
Le technicien de 53 ans a quitté Manchester City après avoir remporté six titres de champion en dix saisons, une domination sans précédent en Premier League depuis l'ère Ferguson-Wenger. Mais l'usure était visible. Celle d'un homme qui a tout donné, qui a porté l'analyse du jeu à des niveaux rarement atteints, qui a transformé une équipe fortunée en institution footballistique. Guardiola ne le cache pas : il est épuisé.
Retour à Barcelone, donc. Sa ville. Son refuge. Depuis quelques semaines, le Catalan marche dans les rues où il a grandi, respire l'air méditerranéen qui l'a nourri enfant, avant de devenir l'un des plus grands entraîneurs de l'histoire. Il y a quelque chose de profondément humain dans cette retraite temporaire, loin des projecteurs anglais, loin des demandes incessantes des réseaux sociaux et des attentes dévorantes des ambitieux.
Le silence stratégique d'un génie qui reprend son souffle
Interrogé sur son avenir depuis qu'il a quitté Manchester City, Guardiola tient un discours étonnamment vague pour un homme d'habitude si précis. Il ne ferme aucune porte, ne s'engage nulle part, laisse prospérer les spéculations. « Je ne sais pas ce que je vais faire », a-t-il lâché sans détour en quelques occasionnelles apparitions publiques.
Cette ambiguïté n'est pas nouvelle chez lui. Guardiola a toujours aimé cultiver le doute, maintenir une certaine mystique. Quand il a annoncé son départ de Barcelona en 2012, après quatre années de domination totale du football européen, personne ne l'a vraiment vu venir. Son arrivée à Bayern Munich avait surpris. Puis Manchester City, dans le contexte de bouleversement du projet anglais. À chaque fois, Pep a conservé un empire de silence avant de trancher.
Mais cette fois, quelque chose diffère. Cette fois, il n'y a pas de grand projet prêt à l'accueillir. Les plus grands clubs d'Europe — Real Madrid, Liverpool, PSG — ont d'ores et déjà leurs hommes. Aucun doigt ne se lève avec insistance. Et peut-être est-ce volontaire de sa part. Peut-être que Guardiola, après avoir conquis l'Angleterre, n'a-t-il simplement plus rien à prouver. Ses 34 trophées en tant qu'entraîneur parlent pour lui : quatre Ligues des champions, dix titres nationaux, un palmarès simplement surnaturel.
L'homme qui a révolutionné le football en prouvant que le contrôle, la possession, l'intelligence tactique pouvaient surpasser l'athlétisme brut, s'offre un temps d'arrêt. Combien d'entraîneurs peuvent se le permettre ? Combien peuvent refuser d'entraîner le PSG, Manchester United ou l'Atlético Madrid sans que cela ne soit perçu comme un déclin ?
Guardiola peut. Et il le sait.
Les vraies questions qui pèsent sur un retour éventuel
Reste que ce silence pose des questions légitimes. Jusqu'où ira cette retraite ? Combien de mois, combien de saisons avant que l'envie de compétition ne revienne ? L'histoire du coaching nous enseigne que rares sont ceux qui abandonnent définitivement. Sir Alex Ferguson a attendu 27 ans avant de ranger ses gants. Ancelotti continue à 65 ans. Enrique n'a tenu que quelques mois loin du terrain.
Guardiola reviendra-t-il à Manchester City ? La porte est officiellement fermée, mais dans le football, rien n'est vraiment fermé. Prendra-t-il la tête du projet d'une grande fédération ? Un rôle directorial ? Un retour à Barcelone en tant qu'entraîneur paraît improbable avec Hansi Flick en place, mais le football aime les retours improbables.
Ce qui est certain, c'est que l'absence de Guardiola depuis le banc de touche se fait déjà sentir. Manchester City, sans lui, n'est que Manchester City. Une belle équipe, immensément riche, intelligemment organisée par Luis de la Fuente au niveau international ou par des adjoints compétents au niveau club. Mais ce « plus » que procurait Pep — cette sensation que chaque mouvement était calculé dix coups à l'avance — manque cruellement.
Les clubs intéressés — et ils sont légion en coulisse — attendent. Liverpool négocie avec ses talents. Le Real Madrid s'interroge sur son futur. En Arabie Saoudite, des écus dorment dans des coffres en espérant une appel de son agent. Et en Catalogne, un homme de 53 ans marche tranquillement dans les rues de Barcelone, savourant chaque jour sans obligation tactique.
Le football a rarement vu un génie de cette stature se mettre en retrait volontaire. Peut-être est-ce là le plus grand acte tactique de Guardiola : faire suspendre le monde en son absence. Tous attendent. Lui, tranquille, reprend simplement forme pour la suite. La vraie question n'est pas si Guardiola reviendra — il reviendra. C'est plutôt : pour qui, et surtout, à quel prix pour celui qui aura la chance de l'accueillir à nouveau.