Roberto Martinez quittera la sélection portugaise après la Coupe du monde. Le technicien espagnol, qui a marqué son passage par l'arrivée des Cristiano Ronaldo en phases finales, ferme une page.
Roberto Martinez a choisi son moment. Pas de démission surprise à chaud, pas de départ chaotique après un revers anodin. L'Espagnol quitte la sélection portugaise en fin de mandat, dignement, après avoir épuisé son engagement international. C'est en quelque sorte la fin d'une aventure où le pragmatisme a souvent primé sur les rêves.
Quand Martinez accepte que tout a une fin
Depuis qu'il a pris les rênes de la sélection des quinas en 2022, Roberto Martinez a navigué entre le poids des attentes portugaises et la réalité des résultats. Deux ans. C'est court, finalement, pour laisser une marque indélébile. Pourtant, le bonhomme n'a pas cherché à se réinventer. Il s'est présenté avec un profil usé : un gars qui a traîné ses valises partout en Europe, de Wigan à Everton en passant par la Belgique où il a dirigé les Diables Rouges jusqu'à la débâcle de 2018 au Qatar.
Ses mandats précédents respiraient l'ambition déçue. À Bruxelles, il avait cru peser dans les grands rendez-vous. Il y a eu des exploits, oui, cette génération belge dorée a marqué les esprits. Mais jamais le titre qui aurait sacralisé son passage. Martinez savait comment ça finissait, ces histoires de sélectionneur pressé de prouver sa légitimité.
Ce qui est intéressant, c'est que le Portugal n'a pas attendu la débâcle pour décider. Il n'y a pas eu de querelle avec la fédération, pas de conflit d'egos ressassé à la presse. Martinez arrive au terme de son contrat, point final. La Coupe du monde sera le dernier ballet, le dernier acte. C'est presque aristocratique comme sortie pour un mec qui n'a jamais vraiment eu l'étoffe des grands.
Le sélectionneur aura au moins eu le privilège de travailler avec Cristiano Ronaldo à un moment où le bougre était en fin de cycle. Les deux hommes se sont côtoyés, se sont parlé, ont partagé des vestiaires qui géraient une figure de légende. Martinez n'aura pas révolutionné ce côté des choses. Il l'a accepté. C'est déjà quelque chose d'avoir compris qu'on ne peut pas refaire l'histoire, même quand on est entraîneur national.
Le Portugal face à l'après, déjà
Cette annonce soulève une question bien plus viscérale : qui pour relever le défi ensuite ? La fédération portugaise doit déjà planifier, déjà se projeter au-delà de cette compétition qui sera la dernière de Martinez. Et ça, c'est du vrai travail de sélection, pas du bricolage de dernière minute.
Le Portugal possède des talents. Oui, la génération Ronaldo, Pepe, Nani s'efface. Mais Bruno Fernandes tient les rênes du milieu anglais, João Félix joue chez Chelsea, les pépites continuent de fleurir. Le Portugal n'est pas un naufragé en quête de salut. C'est plutôt une nation qui regarde vers demain en acceptant que hier a eu sa beauté.
Martinez, lui, se retire sans briller particulièrement mais sans humiliation non plus. Environ 85% de taux de victoire depuis son arrivée, des qualifications sans stress majeur, un parcours conforme aux standards d'une grande sélection européenne. Rien de transcendant, rien de catastrophique. Juste normal. Peut-être que c'est suffisant pour un entraîneur qui savait déjà, avant de signer, qu'il ne réécrirait pas l'épopée lusitanienne.
- 2022 : année d'arrivée de Roberto Martinez au Portugal
- 85% : taux de victoire moyen du technicien depuis son intronisation
- 5 titres majeurs (Euro 2016, Ligue des nations 2019) : le bilan des Quinas ces huit dernières années
- 36 ans : l'âge moyen de la sélection portugaise actuelle, avec Pepe toujours en première ligne
Ce qui frappe vraiment, c'est le calme de cette transition. Il n'y a pas de drame d'egos froissés, pas de fédération qui jette un entraîneur par la fenêtre. Juste deux parties qui reconnaissent l'une et l'autre que le contrat arrive à expiration. C'est l'anti-scandale. Et bizarrement, ça rend le moment moins sexy, moins romanesque que ces grands divorces de foot où on se jure qu'on se reverra jamais.
Martinez aura eu l'occasion rare de bosser avec Cristiano Ronaldo en phase terminale. Il n'aura pas transformé cette opportunité en trésor de guerre. Il l'aura gérée, simplement. C'est le rôle qui lui était dévolu, et il s'en est acquitté sans génie particulier.
La vraie question n'est pas celle de Martinez. Elle concerne celui qui arrivera après. Quelle ambition ? Quel projet ? Le Portugal ne peut pas se permettre un vide. Les nations rivales, l'Espagne, la France, l'Allemagne, elles ne dorment pas. Une sélection qui navigue sans vision claire, c'est une sélection qui régresse. Et régression rime avec frustration, ensuite.
La Coupe du monde sera donc le test ultime pour Martinez, une dernière chance de laisser une trace. Pas pour devenir immortel, mais pour partir la tête haute. Les Quinas vont jouer une compétition d'adieu sans vraiment le savoir. Ou peut-être que si. Peut-être que Roberto Martinez a besoin, au fond, de cette urgence silencieuse pour enfin trouver sa crête.