Trois mille sept cents supporters parisiens à l'Allianz Stadium mercredi. Le PSG joue sa finale face au Bayern, une semaine après une victoire hallucinante (5-4). Pas de scénario idéal pour gérer la pression.
Il y a des matches qui ressemblent à des métaphores. Celui de mercredi à Munich en fait partie. Après avoir remporté un duel de titans la semaine précédente sur le score de 5 buts à 4 — un résultat qui tenait du football hollywoodien bien plus que de la tactique bavaroise — le Paris Saint-Germain doit maintenant gérer l'une des situations les plus délicates du football moderne : revenir dans l'antre du vaincu après une victoire écrasante, avec seulement 3 700 supporters pour faire du bruit à l'Allianz Stadium. Ce chiffre dit tout. C'est moins qu'une grosse affluence de Coupe de France.
L'ivresse qui précède la chute
5-4 contre le Bayern Munich. Quand on énonce ce résultat, il faut une seconde pour comprendre qu'on ne parle pas du Bayern de 2012, fraîchement champion d'Europe, mais du Bayern d'aujourd'hui, celui qui domine l'Allemagne comme peu de clubs dominent leur championnats. Le PSG a commis un acte qu'on ne voit presque jamais : il a remporté un match éliminatoire sur le score de 5 buts à 4. C'est l'équivalent d'entrer en finale en dansant, en riant presque. Mbappé a marqué, Neymar a marqué, Cavani aussi. Les trois attaquants au même moment. C'était du chaos organisé, du contrôle perdu, mais assumé.
Sauf que cet ivresse crée une inévitable gueule de bois. Quand on marque cinq buts loin de chez soi, on dépense une énergie mentale et physique considérable. Les jambes ne se reposent pas, l'adrénaline agit en sens inverse. Les matches qui suivent une victoire de ce calibre sont rarement des matches tranquilles. Même pour l'équipe qui a gagné. Notamment quand le Bayern, humilié, attend sur ses terres.
Mauricio Pochettino sait cela. L'entraîneur du PSG a connu assez de rebondissements dans sa carrière pour comprendre que mercredi n'est pas une formalité déguisée en avantage. Le Bayern n'a rien de diminué. C'est une équipe qui joue à domicile, qui a un projet derrière, qui voudra transformer cette défaite en élan. Les Bavarois ont marqué quatre buts aussi. Ceux qui ont oublié doivent se rappeler que le Bayern Munich, même battu 5-4, a montré une offensive redoutable.
Munich, l'histoire qui se rappelle
L'Allianz Stadium n'est pas un simple stade. C'est un lieu où les certitudes s'écroulent. Le Bayern y est presque invincible en phase de groupe ou en seizièmes, puis quelque chose bascule en huitièmes ou quarts quand les vrais défis arrivent. En 2020, le PSG avait perdu en finale à Lisbonne face à ces mêmes Bavarois. Le score était 1-0, et cela avait suffi à faire basculer une histoire.
Trois ans plus tard, le PSG revient à Munich avec une chance de rédemption. Mais pas de celle-ci, puisque le Bayern n'avait pas atteint la finale cette année-là. Non, c'est d'une autre rédemption dont on parle : celle d'un club qui a investi massivement, qui a recruté une galaxie d'attaquants, qui a changé d'entraîneur, et qui enfin, enfin, semble capable de dominer les plus grands. Mercredi, c'est plus qu'un match éliminatoire. C'est un verdict sur trois ans de recrutement parisien.
Le Bayern, lui, joue pour son honneur. Flick n'est plus là, Nagelsmann n'a pas les mêmes certitudes, et la défense bavaroise a montré ses fissures. Si le Bayern perd mercredi, il ne revient pas. S'il gagne, tout bascule. C'est binaire, brutal, sans échappatoire.
Trois mille sept cents parisiens dans le temple bavarois
Les 3 700 supporters du PSG qui feront le voyage représentent quelque chose : cette minorité bruyante qui pousse même quand tout semble perdu. C'est peu pour remplir les cris d'une Allianz Stadium qui peut en contenir 75 000. Mais c'est probablement juste assez pour créer une atmosphère étrange, déstabilisante. Il y a une littérature presque ignorée du football : celle des petits groupes de supporters qui font plus de bruit qu'on ne l'attend.
Pour le Bayern, c'est une opportunité de jouer à domicile avec presque 100 % de son public. Pour le PSG, c'est un défi de gestion émotionnelle. Après une victoire de ce type, après avoir vécu 90 minutes d'euphorie totale, revenir sur le même terrain une semaine après, dans un stade hostile, demande une maturité mentale que peu d'équipes possèdent. Mbappé, Neymar et les autres ne joueront pas leur premier match. Mais ils joueront peut-être le plus difficile : celui où il faut gérer l'après-victoire, c'est-à-dire oublier le 5-4 et recommencer à zéro.
Les finales, c'est pour après. D'abord, il y a mercredi. Il y a Munich. Il y a ce Bayern qui attend, humilié mais vivant. Il y a cette sensation que quelque chose d'imprévisible va se produire, parce que quand deux équipes offensives se rencontrent deux fois en une semaine, le deuxième acte est toujours plus sombre que le premier.