Al-Sadd remporte la Qatar Stars League avec Roberto Mancini comme entraîneur, un titre décroché avant même la dernière journée de championnat.
Roberto Firmino champion du Qatar. La phrase a quelque chose d'inattendu, presque d'étrange pour qui a suivi le Brésilien pendant neuf ans à Liverpool. Et pourtant. Al-Sadd a décroché la Qatar Stars League avant même la dernière journée de championnat, confirmant une domination sans appel sur la scène nationale qatarienne. À la baguette, un nom qui résonne bien au-delà des frontières du Golfe : Roberto Mancini, l'homme qui avait offert à l'Italie son deuxième titre européen en 2021, reconverti en architecte d'une hégémonie locale que personne ne semble en mesure de contester.
Mancini repart de zéro, et ça marche
On l'avait laissé sous le feu des critiques après un passage difficile à la tête de l'Arabie Saoudite, un poste qu'il avait quitté en septembre 2024 dans un contexte tendu. Le technicien italien de 59 ans n'a pas mis longtemps à rebondir. Al-Sadd lui a offert un projet structuré, un effectif ambitieux et, surtout, la confiance nécessaire pour reconstruire. Le résultat est là, net et sans bavure : un titre de champion décroché avec plusieurs matches à jouer, preuve que la saison n'a jamais vraiment ressemblé à une course au suspense.
Ce qui frappe dans la méthode Mancini, c'est sa capacité à fédérer des profils très différents autour d'une même ambition. Il l'avait fait avec Manchester City, il l'avait fait avec la Nazionale. Au Qatar, il reproduit le schéma. Exigeant sur l'organisation défensive, attentif aux équilibres collectifs, il n'a jamais laissé ses stars individuelles prendre le dessus sur le groupe. Et dans un championnat où les ego peuvent parfois peser lourd, c'est loin d'être anodin.
Firmino et l'ancien Monégasque, deux trajectoires qui se croisent dans le désert
Roberto Firmino, lui, avait quitté Liverpool à l'été 2023 après une dernière saison en demi-teinte. Un passage à Al-Ahli en Arabie Saoudite, correct sans être flamboyant, avant ce transfert vers Al-Sadd qui ressemblait à une prise de risque. À 33 ans, l'attaquant brésilien avait encore quelque chose à prouver — ou du moins, quelque chose à offrir. Ce titre lui permet de terminer une saison avec un trophée dans les mains, lui qui en avait décroché tant avec les Reds, de la Premier League à la Ligue des champions en passant par le titre mondial des clubs en 2019.
À ses côtés, un ancien joueur de l'AS Monaco a lui aussi contribué à cette conquête. Le club de la Principauté, vivier reconnu depuis des années pour les championnats du Golfe, a encore vu l'un de ses ex-éléments s'illustrer loin de la Ligue 1. Ce n'est pas une nouveauté — Monaco exporte, forme, et voit régulièrement ses anciens pensionnaires s'épanouir dans des ligues moins médiatisées mais économiquement puissantes. Dans une Qatar Stars League qui attire des profils de plus en plus solides, ce type de trajectoire est devenu presque banal.
Il faut dire que la Qatar Stars League bénéficie de budgets considérables. Les clubs qatariens ont dépensé des sommes colossales ces dernières années pour attirer des noms connus, et Al-Sadd n'est pas en reste. Le club doha-en, l'un des plus titrés de la région avec plus de vingt championnats nationaux à son palmarès, a toujours su s'appuyer sur son image et ses ressources pour convaincre des joueurs de haut niveau. Xavi y a joué, Raúl aussi. La tradition des grandes signatures n'est pas nouvelle.
Un modèle économique qui interroge le football européen
Derrière le folklore des noms et des trophées, il y a une question de fond que ce titre Al-Sadd pose avec insistance au football mondial. Jusqu'où ces championnats du Golfe peuvent-ils aller ? La Qatar Stars League, comme la Saudi Pro League depuis l'explosion de l'été 2023, ne se contente plus d'accueillir des fins de carrière dorées. Elle recrute des entraîneurs de niveau mondial, elle structure des projets sportifs cohérents, elle gagne en légitimité technique à mesure que les saisons passent.
Roberto Mancini en est la meilleure illustration. Un sélectionneur champion d'Europe qui entraîne aujourd'hui Al-Sadd, ce n'est pas anodin. Ça dit quelque chose sur l'attractivité croissante de ces ligues, mais aussi sur les reconfigurations en cours dans le football global. Les meilleurs entraîneurs ne sont plus uniquement attirés par la Premier League ou la Liga. Le Golfe paie bien, offre des structures modernes, et — comme le prouve ce titre — permet de gagner.
Reste une limite que personne ne peut vraiment contourner : la visibilité. Firmino sacré champion du Qatar, c'est une info qui passe vite dans les fils d'actualité, un sujet de curiosité plus que d'engouement. Le championnat qatari n'a pas encore résolu l'équation de l'audience internationale. Les droits TV, la diffusion, l'engouement populaire au-delà des frontières — tout cela reste un chantier immense. La Coupe du monde 2022 avait offert une exposition extraordinaire au pays ; capitaliser sur cet héritage pour que la Qatar Stars League devienne une compétition suivie en Europe ou en Amérique du Sud, c'est un défi autrement plus complexe qu'un titre de champion décroché avant la dernière journée.
Al-Sadd et Mancini ont réussi leur saison, sans discussion possible. Mais la vraie question, celle qui taraude les dirigeants qatariens depuis des années, reste entière : comment transformer une réussite sportive locale en phénomène mondial ? La prochaine fenêtre de mercato, les prochains noms recrutés, les prochaines ambitions affichées — tout cela dira si le football du Golfe veut vraiment jouer dans une autre cour, ou s'il se satisfait d'une excellence régionale bien financée mais encore trop confidentielle.