Florentino Pérez valide sans trembler sa réélection à la présidence du Real Madrid. Le patron merengue, qui gouverne depuis 2009, poursuit son règne sans opposition majeure.
Florentino Pérez ne sera pas inquiété. Voilà le message qui résonne depuis le Bernabéu après l'approbation officielle de sa candidature à un nouveau mandat à la présidence du Real Madrid. À 77 ans, l'homme qui dirige le club depuis 2009 — avec une interruption de six ans entre 2011 et 2018 — prépare tranquillement sa reconduction. Aucun adversaire crédible à l'horizon. Aucune menace sérieuse sur son trône.
C'est presque devenu routinier, ce ballet élitiste du Madrid. Depuis son retour en 2018, Pérez a remporté deux Ligues des champions, enchaîné les titres de Liga, et façonné une équipe capable de régner en Europe malgré ses 80 millions d'euros de dette. Le club a enregistré 764 millions d'euros de revenus en 2022-2023 — un record mondial — et le président ne compte pas laisser sa chaise à quelqu'un d'autre.
L'acceptation sans débat d'une régence tranquille
L'absence de candidat rival est en soi révélatrice. Dans une institution comme le Real Madrid, où l'orgueil des socios devrait théoriquement générer des vocations multiples, personne ne s'aventure à remettre en question la gestion Pérez. Ni tensions internes apparentes, ni fronde publique. Juste l'assentiment silencieux de ceux qui comptent : les grands actionnaires, les familles influentes, les hommes d'affaires madrilènes qui gravitent autour de la Maison Blanche.
Le format même des élections au Real Madrid favorise les sortants. Les socios, environ 100 000 membres payants, votent, mais dans un système où la machine institutionnelle tourne rond depuis des années. Pérez a appris à gouverner ce microcosme. Il parle leur langue : celle des trophées, des stars mondiales, de la puissance économique. Quand vous livrez des résultats — trois Ligues des champions en neuf ans de règne total — on ne vous fait pas la morale sur vos méthodes.
Ses adversaires potentiels, s'il en existe, savent pertinemment qu'affronter Pérez coûterait cher en capital politique et en crédibilité. D'ailleurs, auraient-ils vraiment envie de reprendre un navire qui navigue à vue sur les écueils financiers du football moderne ? Le président sortant a su transformer cette dette vertigineuse en argument : c'est grâce à son expérience, sa capacité à lever des fonds, à vendre des droits TV au prix fort. Difficile de le déloger sur ce terrain.
Quinze ans de consolidation du pouvoir blanc
L'histoire du Real Madrid de ces deux dernières décennies s'écrit en majeure partie au nom de Florentino Pérez. Avant lui — et notamment avant son retour en 2018 — le club semblait étouffé par une gestion molle. Après, les transformations ont été radicales. Carlo Ancelotti en 2021, une architecture tactique renouvelée, une politique de transferts affinée : chaque décision a porté la marque du président.
Le Real des années 2010, celui des sept Coupes du Roi en dix ans, celui de Cristiano Ronaldo qui marquait 50 buts par saison, Pérez l'a bâti. Le Real actuel, capable de gagner en Europe sans dépenser 300 millions l'été — avec Jude Bellingham et Aurélien Tchouaméni comme principaux renforts récents — c'est aussi son héritage. Entre les deux, un passage de Rafa Benítez et une gestion qui n'avait pas convaincu. Mais Pérez, lui, a toujours su remonter à cheval quand il le fallait.
Son réseau international s'est étoffé. Les partenariats commerciaux se multiplient. L'Arabie Saoudite, le Qatar, les États-Unis : Pérez a compris que le Real Madrid n'était plus seulement un club espagnol, mais une marque planétaire. Cette ouverture, certains l'ont critiquée — notamment sur la question du projet de Super Ligue européenne qu'il a porté — mais elle a aussi renforcé son autorité. On n'affronte pas quelqu'un qui brasse autant d'argent et de relations.
La suite à écrire, déjà inscrite d'avance
Reste à savoir jusqu'où Pérez entend continuer. À 77 ans, une élection sérieuse — celle qui déboucherait effectivement sur un vote disputé — pourrait être sa dernière. Mais rien n'indique qu'il envisage de partir. Au contraire, l'homme parle déjà de nouveaux défis : la modernisation du stade, l'expansion des revenus, la construction d'une nouvelle génération capable de régner après Modric et Benzema.
Le vrai débat, c'est celui de sa succession. Florentino Pérez aura un jour 85, 90, ou 95 ans. Qui pour lui succéder ? Aucun dauphin n'a jamais été clairement désigné, ce qui est soit un vide troublant, soit une preuve supplémentaire que le patron entend rester maître de son destin jusqu'au bout. Dans les deux cas, les élections madrilènes des quatre prochaines années ressembleront probablement à celle-ci : une reconduction quasi formelle.
Voilà le Real Madrid de 2024. Pas de révolution annoncée, pas de chamboule-tout politique. Juste une machine bien huilée, dirigée par un homme qui a compris que le pouvoir au football se mesure surtout en titres, en eurosportifs glanés et en comptes bancaires équilibrés. Pérez restera. Et le Bernabéu respirera de soulagement ou de résignation, selon les jours.