Après dix-huit mois en Arabie Saoudite, Riyad Mahrez quitte Al-Ahli. L'ailier algérien, championne d'Afrique, n'aura pas confirmé ses ambitions mirobolantes dans le Golfe.
Il n'aura fallu que dix-huit mois pour que l'équation saoudienne de Riyad Mahrez se déséquilibre. Le club d'Al-Ahli a confirmé le départ de l'ailier algérien lundi sur ses réseaux sociaux, punctuant ainsi une aventure lancée avec les grands bruits de timbales caractéristiques du mercato du Golfe. Mahrez laisse derrière lui 37 buts et 46 passes décisives, un bilan statistique qui semblerait enviable si le contexte n'était pas celui d'une ligue en quête de légitimité sportive, sinon simplement médiatique.
Une parenthèse dorée mais décevante en Asie de l'Ouest
Arrivé en janvier 2023 avec la certitude d'un homme champion d'Afrique et habitué aux plus hauts niveaux européens, Mahrez avait incarné le projet ambitieux d'Al-Ahli, le club roi de Djeddah, éternellement rivalisé par Al-Nassr et ses promesses étoilées. La Saudi Pro League s'enorgueillissait alors de drainer les grands noms mondiaux : Cristiano Ronaldo, Karim Benzema, Sadio Mané se côtoyaient dans une compétition revenue à la surface géopolitique comme jamais.
Or, l'histoire de Mahrez dans cette Arabie Saoudite boursouflée d'ambitions n'a pas su transcender le flottement qui caractérise ces exils dorés. 37 buts en un an et demi, c'est respectable, certes. Mais c'est aussi le symptôme d'une ligue où les défenses, encore manquantes de cohésion tactique, s'effondrent régulièrement. Mahrez, ailier plutôt créateur que buteur, avait construit sa réputation européenne sur son allure, son dribble, sa capacité à faire basculer les matchs par des passes décisives. À City, à Leicester avant elle, il était le catalyseur. À Djeddah, il fut un attaquant d'occasion, moins glamour.
Le malaise n'était jamais explicite, mais palpable. Les matchs sans relief de la Saudi Pro League, le système défensif parfois rudimentaire, l'absence de réelle densité compétitive semblaient éloigner Mahrez de ce qui l'animait réellement. 46 passes décisives en dix-huit mois, c'est une moyenne honnête, mais qui paraît maigre rapportée à son activité traditionnelle. À quarante ans, un vrai milieu créatif aurait amassé bien davantage.
Les nouvelles frontières d'une carrière questionnée
Le départ de Riyad Mahrez survient à un moment où sa trajectoire subit un infléchissement géographique décisif. Après l'Angleterre, où il a conquis une Ligue des champions et deux titres de Premier League avec Manchester City, après des performances constantes à Leicester, le Golfe était supposé offrir une pénultième scène dorée avant les suites naturelles. Au lieu de cela, Al-Ahli libère un joueur qui approche les trente-quatre ans avec encore de la sève, mais sans perspective claire.
Quoiqu'il advienne, Mahrez conserve un statut de grande figure du football africain. Champion d'Afrique avec l'Algérie en 2019, deux fois meilleur joueur africain, il reste une référence. Mais sa traversée du désert saoudien pose une question plus vaste : celle de la viabilité sportive du modèle saoudien, au-delà de l'accumulation de noms prestigieux. Ronaldo a marqué des buts, certes. Benzema a apporté sa classe. Mané a brillé. Mais aucun d'eux n'a transformé fondamentalement la nature compétitive de la ligue. Mahrez en aura été la preuve par l'absence.
- 37 buts marqués en dix-huit mois sous le maillot d'Al-Ahli
- 46 passes décisives au service de ses coéquipiers en Arabie Saoudite
- Champion d'Afrique 2019, deux fois meilleur joueur de la CAN
- Vainqueur de la Premier League en 2020 et 2021 avec Manchester City
Reste à savoir où Mahrez rebondira. L'Europe reviendra-t-elle le chercher, ou cherchera-t-il une dernière danse, moins scintillante mais davantage nourricière ? Le football professionnel offre rarement des second actes véritables. Celui de Riyad Mahrez n'aura pas commencé, semblait-il, qu'il s'achève déjà à Djeddah. C'est à quarante ans révolu que se dessineront les ultimes chapitres d'une carrière brillante mais fragmentée.