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Football

Santi Cazorla range ses crampons, une ère s'achève

Par Thomas Durand··5 min de lecture·Source: Footmercato

À 41 ans, le maestro espagnol Santi Cazorla tire sa révérence. Celui qui a marqué deux décennies de football européen ferme définitivement le chapitre de sa carrière.

Santi Cazorla range ses crampons, une ère s'achève

Il y a des retraites qui font du bruit, des conférences de presse solennelles, des tribunes qui se lèvent. Celle de Santi Cazorla, c'est différent. Un message sur les réseaux sociaux, jeudi, pour dire que c'est fini. Voilà comment s'éteint une lumière qui a brillé sur les plus grands terrains d'Europe pendant plus de vingt ans. Le magicien espagnol de 41 ans ferme les yeux sur sa carrière, laissant derrière lui des souvenirs qui mériteraient chacun un documentaire.

Car enfin, parler de Cazorla comme d'un simple footballeur serait lui faire injure. Ce gars-là, c'était une philosophie. Cette manière de faire glisser le ballon entre les lignes comme s'il était magnétisé à son pied, cette intelligence tactique qui lui permettait de jouer partout au milieu. Ailier, milieu relayeur, numéro 10 quand il le fallait. Arsenal le sait, Villarreal le sait, l'Espagne entière le sait.

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Comment un garçon d'Oviedo devient une légende européenne?

Santi Cazorla n'était pas destiné à faire la une des journaux sportifs. Originaire d'Oviedo, en Asturies, il grandit dans une région où le football est une religion mais où les grands talents ne courent pas les rues. Pourtant, dès ses débuts à la Real Oviedo puis à la Sociedad, on voit émerger quelque chose de rare : une technique époustouflante associée à une vision du jeu précoce. Pas un dribbleur flashy. Non. Un penseur qui touchait le ballon comme un musicien frotte son archet.

Son arrivée à Arsenal en 2012 marque un tournant. Arsène Wenger reconnaît immédiatement la graine de génie. Pendant six saisons complètes au nord de Londres, Cazorla devient l'architecte du jeu des Gunners. Ses chiffres? 52 buts et 61 passes décisives en 180 apparitions sous le maillot rouge. Mais ce ne sont que des chiffres. Ce qu'il faut retenir, c'est que pendant ces années, Arsenal jouait différemment quand Cazorla était sur le terrain. Le collectif prenait une autre dimension. La possession du ballon devenait presque poétique.

Puis Villarreal. La Soucoupe Jaune était sa destinée, en quelque sorte. Revenir en Espagne après ses aventures en Turquie, c'était revenir aux sources. Et quelle apothéose! Cazorla a littéralement porté Villarreal à bout de bras ces dernières années, jouant un rôle central dans la bonne gestion collective du club. À un âge où d'autres pensent à leurs mémoires, lui pensait encore à la prochaine passe décisive.

Pourquoi cette retraite intervient à ce moment de sa vie?

À 41 ans, aucun footballeur ne joue plus par nécessité. Cazorla avait les moyens financiers d'ailleurs depuis longtemps. S'il a continué, c'est parce que le football était devenu sa respiration. Villarreal l'a gardé parce qu'un tel meneur de jeu, ça ne se remplace pas au marché, ça se cultive. L'amour du jeu chez lui n'a jamais faibli; les jambes, elles, fatalement, ont suivi une autre courbe.

Cette retraite, c'est peut-être aussi la sagesse qui rattrape le compétiteur. Savoir partir au bon moment, c'est un art perdu chez les footballeurs modernes. Cazorla le maîtrise. Pas d'adieu larmoyant. Pas de ce déchirement qui consume les légendes incapables de dire stop. Il regarde derrière lui, voit une carrière comblée, une empreinte indélébile sur le football européen, et il sourit. L'homme a eu la grâce d'évoluer dans un environnement où la qualité technique restait respectée, où un petit milieu espagnol n'avait pas besoin de peser 90 kilos pour exister.

Ses blessures aux chevilles des années 2014-2015 auraient pu l'arrêter là. Nombre de joueurs auraient baissé les bras. Pas lui. Il est revenu plus affûté mentalement, plus malin. C'est peut-être cela qui a allongé sa carrière: cette résilience tranquille qui caractérise les vrais champions.

Que laisse derrière lui un homme qui a changé la culture du football au milieu?

Cazorla n'a pas révolutionné le jeu. Ce n'était pas Messi ou Ronaldinho. Mais il a quelque chose de plus durable: il a montré qu'un ballon peut être un outil de création au plus haut niveau, que la patience dans la construction du jeu n'est pas une lenteur. Arsenal n'a jamais oublié ses leçons de football fluide. Villarreal possède maintenant un héritage dans la manière dont on cultive les joueurs au cœur du projet.

À la question d'un futur rôle dans le coaching ou la direction, on pense que Cazorla y répondra quand il aura digéré cette séparation. Un mec comme lui, qui décrypte le jeu en cinq secondes, qui sent les mouvements avant qu'ils n'arrivent, ne peut pas rester loin du ballon longtemps. Mais s'il décide de se retirer vraiment, de passer ses journées en Asturies, en toute discrétion, on ne lui en voudrait pas. Il a donné assez.

Santi Cazorla s'en va à 41 ans. Le football perd un artisan, les jeunes générations perdent un exemple vivant qu'on peut rester pertinent sans tapage médiatique, qu'une belle passe rime avec modestie. Dans quelques années, quand les archives du foot seront consultées, on reviendra sur ces vidéos de Cazorla glissant un ballon entre les lignes, et les nouveaux venus se demanderont: mais comment ce mec-là jouait-il tout seul là-bas, sans se faire voir? C'est ça, la vraie classe. Et voilà pourquoi cette retraite, c'est un deuil que tout amateur de beau football doit respecter.

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