Fraîchement promu en Premier League, Ipswich Town cible le technicien de Strasbourg pour remplacer Kieran McKenna. Un choix révélateur des ambitions du club anglais.
Gary O'Neil n'a pas encore dirigé un seul match en Premier League, mais voilà déjà que son nom circule dans les plus grandes salles de crise du football anglais. L'entraîneur du Racing Club de Strasbourg fait l'objet d'une attention particulière d'Ipswich Town, qui cherche à rebondir après le départ de Kieran McKenna vers Norwich City. Ce qui aurait pu passer pour une simple rumeur de marché révèle en réalité des tensions bien réelles autour de la gestion d'un club en pleine ascension.
Un départ qui laisse Ipswich orphelin au pire moment
La promotion d'Ipswich en Premier League après seize années d'absence constitue l'un des plus beaux succès du football britannique récent. Kieran McKenna y a joué un rôle décisif. Nommé en décembre 2022 alors que le club languissait en Championship, l'ancien adjoint de José Mourinho à Tottenham a transformé une équipe en déroute en machine gagnante. Ses deux premières saisons ont porté leurs fruits : une remontée progressive au classement, puis cette promotion obtenue avec 90 points en 2023-2024, soit le nombre de points nécessaire pour sortir du lot en Angleterre. Quelque 97 matches, c'est le nombre de rencontres que McKenna a dirigées avant de filer vers Norwich, attiré par un projet auquel il croit, certes, mais aussi par un contrat nettement plus lucratif.
Sauf que cette fuite crée un vide conséquent au sein de la direction sportive d'Ipswich. Le club suffolk doit maintenant affronter l'élite anglaise sans celui qui en a été l'architecte. C'est précisément à ce moment critique que les regards se tournent vers Gary O'Neil. L'homme a du pedigree : il connaît la Premier League pour l'avoir fréquentée en tant que joueur et pour avoir dirigé Bournemouth lors de la saison précédente, obtenant respectivement 17 puis 13 points en 38 matches avant d'être remplacé à l'automne 2023. Depuis, il s'est réinventé à Strasbourg, cet été, dans un projet que personne n'aurait jugé stabilisateur à première vue.
Strasbourg, l'école oubliée du football continental
Que Gary O'Neil vise la Premier League n'étonnera personne qui connaît l'ADN des entraîneurs anglais. Mais que les yeux des plus grands clubs se posent sur lui alors qu'il dirige une formation alsacienne, c'est un signe du prestige déclinant du football français aux yeux des investisseurs britanniques. Strasbourg est devenu une destination pour ceux qui veulent rester dans le métier sans être au cœur des luttes de pouvoir des grands clubs, pas une vitrine où brillent les talents de demain.
O'Neil y a pourtant rapidement fait ses preuves. Recruté pour stabiliser un effectif fragilisé par des départs estivaux, il a imposé une rigueur défensive et une organisation qui, sur papier, ressemblent à ce qui a fonctionné à Bournemouth. En Ligue 1, où la compétition reste rude malgré les débats sur son niveau global, diriger une équipe sans budget pharaonique exige une intelligence tactique que les observateurs anglais reconnaissent volontiers à l'ancien joueur de Bournemouth et de Watford.
Or la BBC rapporte que la direction d'Ipswich Town a commencé à explorer cette piste. Un signal envoyé non seulement vers la Alsace, mais aussi vers les autres prétendants potentiels : le club de Suffolk ne se contentera pas du premier venu pour diriger son aventure en Premier League. McKenna est parti parce que Norwich offrait une stabilité financière et une trajectoire qu'Ipswich, malgré ses succès récents et ses investissements du fonds Portman Road, ne pouvait garantir au même niveau.
Une course contre la montre dans un marché flottant
Le timing est crucial. Nous sommes en fin d'année civile, période où les clubs qui changent d'entraîneur se mettent en quête de remplaçants disponibles. Quelques mois avant le début de la saison 2025-2026, les candidats crédibles ne courent pas les rues. O'Neil dispose d'un contrat avec Strasbourg, certes, mais le football anglais possède une puissance d'attraction considérable, notamment pour les techniciens anglais désireux de revenir dans leur championnat national pour y accomplir quelque chose d'important.
Ipswich comprend aussi que le marché des entraîneurs en Premier League se complexifie. Les projets ambitieux mais incertains ne séduisent plus les mêmes profils qu'avant. Graham Potter, ancien entraîneur de Brighton puis de Chelsea, n'a pas saisi la main tendue par Ipswich il y a quelques mois. Thomas Frank de Brentford ne quittera pas son club pour une aventure aléatoire. Les noms qui restent accessibles sont donc ceux des techniciens en reconversion ou en attente de rebond, comme l'était McKenna avant Ipswich.
Gary O'Neil incarne cette catégorie d'entraîneur en reconstruction. Un débat public se dessine autour du projet : Strasbourg a-t-il encore quelque chose à offrir aux ambitions de O'Neil, ou son passage en Alsace n'était-il qu'une escale temporaire ? Les supporters alsaciens attendent une réponse concrete sur le terrain en 2025. Ipswich, elle, pose une simple question : qui aura le profil pour poursuivre ce qui a été lancé ?