Licencié par Chelsea il y a six mois, Liam Rosenior figure sur le radar d'Ipswich Town pour succéder à Kieran McKenna. Un retour en Premier League qui pourrait sceller le destin de deux carrières à la croisée des chemins.
Liam Rosenior n'a pas oublié la sensation d'être planté là. En avril dernier, Chelsea l'a viré après seulement six mois à la tête de l'équipe réserve, sans vraiment lui donner sa chance de faire ses preuves au cœur d'une maison en constant tumulte. Depuis, le coach de 41 ans attend son appel. Il pourrait venir d'Ipswich Town.
Le promu de Premier League, fraîchement sacré champion de Championship, doit trouver un remplaçant à Kieran McKenna. Le Britannique, artisan de ce miracle sportif qui a propulsé les Tractor Boys d'une modeste 5e place à la couronne en deux saisons, vient de rejoindre Manchester United contre 20 millions d'euros bonus compris. Voilà Ipswich orphelin. Et voilà Rosenior qui retrouve soudain du crédit.
Ce nom ne dit peut-être pas grand-chose au grand public, mais Rosenior n'est pas un bleu qui débarquerait de nulle part. L'homme a dirigé Hull City en Championship, a traîné ses guêtres un peu partout en Angleterre, accumule les retours sans jamais vraiment décoller. Il y a trois ans, il était à Huddersfield. Il a connu les hauts et les bas, les relégations et les espoirs déçus. Chelsea pensait avoir trouvé le bon profil pour structurer ses jeunes espoirs. Chelsea s'était trompé.
Un pari calculé sur un technicien éprouvé
Pourquoi Ipswich regarderait-elle vers Rosenior ? D'abord parce que le marché des entraîneurs disponibles n'offre pas vraiment l'embarras du choix en plein cœur de l'intersaison. Ensuite parce que le profil correspond à certaines attentes : un homme qui connaît la Championship par cœur, qui a l'expérience du chaos managérial anglais, qui ne va pas débarquer avec des exigences de prima donna. À 41 ans, Rosenior sait que le moment présent est crucial. C'est maintenant ou jamais.
Le dossier comporte des zones d'ombre évidentes. Rosenior n'a jamais dirigé une équipe en Premier League, et la marche entre l'élite et la Championship, même gagnée brillamment, peut s'avérer vertigineuse. Hull City en sait quelque chose : bien des entraîneurs ont brillé en seconde division avant de couler lamentablement au top niveau. Mais Ipswich n'est pas naïf. Le club sait qu'il recrute un technicien qui devra bâtir quelque chose d'ambitieux avec un budget forcément limité, loin des folies de Chelsea.
Ce qui joue en faveur de Rosenior, c'est précisément ce qui l'a coulé à Stamford Bridge : sa rigueur, son pragmatisme, son refus de faire du cinéma. À Chelsea, dans une organisation paralysée par ses propres contradictions, il a été perçu comme un petit chef coincé. Chez Ipswich, cette même intégrité pourrait être la qualité qu'il faut pour bâtir quelque chose de solide.
Le piège du retour aux illusions
Mais attention au mirage. Ipswich a réussi l'impossible l'année dernière : remonter de la 5e place au titre en deux ans est un exploit rarement vu en Angleterre moderne. Cette ascension reposait sur une harmonie quasi musicale : McKenna avait trouvé le ton juste, l'effectif était soudé, chaque joueur croyait au projet. Voilà que le maestro s'en va, et on voudrait que son remplaçant rejoue le même concerto sans partition.
Les trois derniers prétendants cités pour le poste — Rosenior figure parmi d'autres noms — savent tous qu'ils héritent d'une bombe à retardement : maintenir en Premier League une équipe promue, c'est infiniment plus difficile que de la faire champion de Championship. Les trois cinquièmes des promus redescendent généralement dans les trois ans. Pas de glamour là-dedans, juste de la sueur et des déceptions.
Pour Rosenior, c'est quand même l'occasion qu'il attendait : retrouver un banc d'élite, capitaliser sur son expérience, prouver que Chelsea n'avait rien compris à son talent. S'il stabilise Ipswich en Premier League, il devient soudain un entraîneur convoité. S'il les enfonce, il redevient un petit coach de province, définitivement catalogué comme un raté.
Les coulisses du grand jeu
Ce que peu de gens savent, c'est que les discussions amiables entre Ipswich et les candidats décalqués ont déjà commencé. L'administration du club, dirigée par Kieran Maguire en tant que propriétaire-président, veut aller vite. La Premier League, c'est un autre univers, et chaque semaine gaspillée en débat interne est une semaine perdue pour préparer le mercato estival. Les recrues arrivent d'ici trois semaines minimum.
Rosenior sait cela. Il sait aussi que dire oui à Ipswich, c'est dire oui à un vrai défi, pas juste à un banc. C'est monter au front avec une armée provisoire, c'est gérer l'euphorie d'une équipe championne qui va brusquement découvrir qu'elle n'est plus dans une bulle. Les anciens champions de Championship de ces dernières années — Leeds, Fulham, même Brentford — ont tous dû passer par cette phase de désenchantement collectif.
Dans les prochains jours, Ipswich devrait trancher. Soit Rosenior convaincra lors des entretiens, soit un autre candidat aux profils différents prendra l'ascendant. Mais une chose est sûre : le coach licencié de Chelsea aura enfin la chance de montrer qu'il n'était pas le problème chez les Blues. Parfois, c'est juste une question de contexte, de timing, de rencontre entre un projet et un homme au bon moment. Rosenior a attendu six mois dans le froid. Ipswich pourrait lui offrir le soleil.