Avec un quadruplé offensif irrésistible, Lyon enfonce Rennes 4-2 et relance ses ambitions européennes. Tolisso et ses compères rappellent que le football lyonnais a encore des crocs.
Quand une attaque trouve son rythme, elle devient une symphonie. Dimanche soir à Rennes, l'Olympique Lyonnais a joué tous les mouvements d'une pièce maîtrisée, laissant les Bretons médusés face à une efficacité qu'on ne leur connaissait plus depuis des semaines. Ce n'était pas une victoire ordinaire. C'était un message, adressé à la Ligue 1 entière : Lyon n'a pas abdiqué.
Comment quatre buts peuvent-ils changer une trajectoire?
Le score de 4-2, ce n'est pas qu'une accumulation de chiffres. C'est une déclaration d'intention. Depuis octobre, l'OL traîne les pieds en Ligue 1, enchaînant les résultats décevants, les performances sans relief, ces matchs où l'on sent la conviction qui s'effiloche. Dimanche, au Roazhon Park, quelque chose s'est déclenché. Pas une illumination tactique subite, non, mais plutôt la convergence enfin maîtrisée de plusieurs atouts qu'on sentait depuis longtemps en latence : Yaremchuk, Endrick et Moreira ont joué ensemble, dans le même sens, avec cette fluidité que les grands effectifs génèrent quand l'alchimie prend.
Rennes, pour sa part, s'est présenté comme un adversaire prévisible. Les Bretons n'ont pas trouvé l'intensité requise pour contenir une attaque qui, une fois lancée, ressemble à un rouleau compresseur. Deux buts encaissés en première période, et déjà l'affaire était pliée mentalement. Quatre à la fin : c'est la hiérarchie du moment qui s'exprime avec clarté. Lyon compte maintenant 67 points à mi-parcours de saison. Pas la trajectoire d'un candidat au titre, mais celle d'une équipe qui refuse de sombrer.
Tolisso, ce chef d'orchestre oublié par le temps
Corentin Tolisso a eu une carrière de météore. Champion du monde en 2018, flanqué des plus beaux costumes de Munich, puis l'oubli progressif, les blessures, les latences. Quand il a signé à Lyon, beaucoup ont soufflé : c'était un pari miséricordieux. Dimanche, il y a eu un instant, une passe, une présence au bon endroit, où l'on s'est demandé si ce joueur-là n'était pas simplement en train de ressortir ses qualités du placard après des années à les ranger.
Pas un but, mais quelque chose d'infiniment plus utile : la transmission. Tolisso a été le vecteur par lequel l'intention lyonnaise s'est cristallisée. À 29 ans, il redécouvre probablement que le football, c'est d'abord une affaire de timing, de respiration collective, pas de spectaculaire. Les jeunes attaquants autour de lui, dopés par cette stabilité au milieu, ont pu exprimer ce qu'ils savent faire : être impitoyables. Voilà comment une équipe s'assemble. Pas par la révélation d'une star oubliée, mais par la recomposition patiente de ses briques fondamentales.
Qu'attendre de cette OL nouvelle en avant?
Battre Rennes, c'est une chose. Battre Rennes comme on l'a fait dimanche en est une autre. La différence réside dans le contexte : cette victoire intervient à un carrefour. Lyon doit se projeter sérieusement vers les coupes européennes ou accepter une saison sans. Soixante-sept points à la date d'aujourd'hui, c'est suffisant pour tenir la course aux places continentales, mais ce n'est pas rassurant. Chaque faux pas coûte cher. Chaque démonstration du type de celle contre Rennes, à l'inverse, redonne confiance et crée cette dynamique que les entraîneurs cherchent désespérément à décembre.
Pierre Sage, qui dirige l'équipe depuis plusieurs mois, aura retenu cette leçon : quand les éléments s'alignent, quand l'attaque trouve son flot, quand le milieu respire, l'OL devient difficile à arrêter. Il lui faudra maintenant reproduire ce schéma face à des adversaires plus coriaces. Toulouse, Marseille, Nice — ces trois-là seront des tests bien plus probants. Dimanche à Rennes, c'était une bulle. La vraie bataille commence contre ceux qui ne se laisseront pas disloquer en deux actes.
Yaremchuk, Endrick et Moreira ont montré dimanche qu'ils disposaient du potentiel pour faire mal. Encore faudra-t-il que cette harmonie offensive devienne habitude plutôt qu'exception. Les saisons se jugent sur leur capacité à reproduire, pas sur les mirages d'une belle soirée bretonne. Lyon le sait. Ses compétiteurs aussi.