Demi-finales brûlantes, éliminations surprises et mercato agité. Le rugby français entre dans sa phase décisive avec Toulouse favori, mais des questions majeures planent sur la préparation du XV de France.
Toulouse arrive aux portes de la finale du Top 14 en maître incontesté. Quatre-vingt-six points au classement. C'est le genre de statistique qui dit tout sur la domination du Stade Toulousain cette saison. Quand tu regardes le rugby français depuis cinq ans, tu vois un club qui refait surface avec une autorité tranquille. Antoine Dupont, disponible pour la demi-finale de vendredi 19 juin face au Racing 92, incarne cette supériorité.
Mais voilà le piège des demi-finales. Le Racing 92, avec soixante-quatorze points, n'a rien d'une équipe qu'on peut traiter par le mépris. Ils ont grandi quand ça compte. La Beaumont la sait bien, elle qui a vu des équipes montées en puissance à ce moment précis de la saison. Paris n'a pas la même tradition que Toulouse, mais ce Racing-là a quelque chose de différent cette année. Cela se joue à Paris, à La Défense Arena. Pas à Toulouse.
L'autre demi-finale oppose Montpellier à Stade Français. Soixante-deux points d'avance pour Montpellier, quatre-vingt-deux points contre soixante-dix-neuf pour Paris. Stade Français vient de balayer La Rochelle sur le score de 45-5 en barrage. Quarante-cinq points. Il y a une différence entre une victoire et une explosion. Fabien Galthié, le sélectionneur du XV de France, doit regarder ces matchs comme un professeur examine une copie d'examen. Il apprendra plus de ces quatre-vingt-dix minutes que de mille séances vidéo.
L'élimination de Bordeaux change la donne pour la France
Union Bordeaux-Bègles a remporté la Champions Cup. Deux titres consécutifs. C'est un exploit qui, normalement, devrait auréoler un club pour toute une décennie. Sauf que l'UBB n'a pas participé aux phases finales du Top 14. Ils sont éliminés du championnat français. Zéro point pour les matchs de play-offs.
Cette catastrophe sportive est devenue une opportunité pour Galthié. C'est peut-être cynique à dire, mais c'est la réalité du rugby international. Les joueurs de Bordeaux - ceux que le sélectionneur aurait voulu tester en préparation pour la tournée estivale - ne seront pas usés par des phases finales épuisantes. Ils seront frais. Ils auront du temps pour récupérer, se rebâtir mentalement après cette débâcle domestique. Le paradoxe du sport moderne.
Mathieu Jalibert, Mateo Carreras, les autres cadres bordelais auraient dû jouer jusqu'en juillet dans les meilleures conditions. Finalement, ils seront disponibles pour Marcoussis dès le mois de juin. C'est une bizarrerie que personne n'avait anticipée. Sports Business Mag a relevé que cette situation mettait fin à l'hypothèse d'une préparation fragmentée pour le XV de France, où certains joueurs n'auraient eu que peu de temps de repos.
Thomas Ramos et l'incertitude qui plane sur le XV de France
Thomas Ramos est incertain pour la demi-finale Toulouse-Racing. Incertain. Ce mot traîne comme une ombre sur les préparatifs de la tournée estivale française. Ramos n'est pas un joueur lambda. C'est l'arrière des Bleus. Celui qui donne le tempo derrière, qui organise le jeu en espace réduit. Tu ne remplaces pas ça comme tu changerais un pneu.
Si Ramos n'est pas au mieux de sa forme physique pour les matchs de juillet - contre le Japon, la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du Sud - c'est toute la structure offensive française qui se décale. Galthié devra travailler en urgence sur des combinaisons de secours. Melvyn Jaminet a joué le rôle pendant des périodes, mais ce n'est pas la même intelligence de jeu. Ce n'est pas la même couverture défensive.
Selon le Figaro, Ramos reste incertain mais apte à disputer au moins une partie de la phase finale si Toulouse se qualifie pour la finale prévue le 29 juin. C'est un calendrier serré. Deux semaines et demie avant que les Bleus ne montent sur le terrain face au Japon. Deux semaines pour que Galthié comprenne qui il a vraiment à sa disposition.
Le mercato se dessine, Castres mise sur la profondeur
Les transferts disent beaucoup sur la vision que les clubs ont de leur avenir. Castres Olympique a traversé une saison difficile. Vraiment difficile. Alors le club de l'Aveyron a décidé d'investir sur la puissance physique avec Alex Burin et Chris Gabriel en arrivée. Deux avant-première ligne capables de dominer la mêlée. Ce n'est pas du bling-bling mercato. C'est du pragmatisme.
Toulon de son côté officialise l'arrivée de Judicaël Cancoriet jusqu'en 2029. Cancoriet vient de La Rochelle. Il a joué un Six Nations avec l'équipe de France. C'est un joueur international avec de la profondeur. Toulon n'est pas en grande difficulté mais le club navigue. Cancoriet apporte de la stabilité, de l'expérience face aux meilleures défenses européennes.
Perpignan a sauvé sa place en dominant Provence Rugby 47-24 en barrage. C'est l'équipe qui remonte. Elle en aura besoin du renfort mental, de la fierté d'avoir gagné au moment où tout s'écroulait. Ces matchs-là forment les cultures gagnantes. Vannes, promu en Top 14 après le titre en Pro D2, va disputer la Coupe d'Europe. Deuxième participation seulement de son histoire. Le club de Bretagne intègre l'élite continentale plus vite qu'aucune autre équipe promue ne l'avait fait. C'est révélateur d'une capacité à jouer au haut niveau qui se construit.
Le rugby français n'est pas en crise. Il faut être clair. Mais il est en mutation rapide. Toulouse dominante, Paris resurgi, Montpellier stable, Stade Français revenu à un niveau de compétitivité redoutable après des années à la dérive. C'est une redistribution des cartes que personne n'avait entièrement anticipée au mois de septembre.
Pour le XV de France, cela signifie que Galthié ne pourra pas s'appuyer sur une hiérarchie établie depuis trois ans. Il devra naviguer dans un championnat où plusieurs équipes montent en puissance simultanément, où les blessures déstabilisent les planifications, où les demi-finales révèlent des choses qu'on ne savait pas. C'est inconfortable. C'est aussi formidablement riche d'informations.
La tournée estivale devient ainsi bien plus qu'un simple Test Match. C'est un laboratoire où Galthié va tester des solutions sur des problèmes qui se posent maintenant. Ramos blessé ou incertain ? Essayer Jaminet davantage. Cancoriet qui rejoint Toulon ? Voir comment il s'intègre. Castres qui se renforce avant ? Observer comment ça impacte les équilibres de la poule de Toulouse l'an prochain.
Live Rugby rapporte que les demi-finales auront lieu les 19 et 20 juin. Elles vont façonner la préparation française pendant trois semaines. Trois semaines, c'est très court pour corriger des problèmes, très long pour rester isolé des questions qui agitent le Top 14. C'est là que le rugby français joue ses vraies demi-finales - pas sur le terrain, mais dans les cerveaux. Galthié le sait. Toulouse aussi. Et Paris va tout tenter pour gêner le chouchou Toulouse. Le meilleur est à venir pour mai-juin.