Blessé face à Haïti, l'ailier de Manchester City incarne les déboires offensifs de la Seleção en éliminatoires de la Coupe du monde 2026.
Quelques jours suffisent parfois pour transformer un moment de rédemption en cauchemar sportif. Raphinha en sait désormais quelque chose. Critiqué avec une certaine férocité pour sa prestation éteinte contre le Maroc, l'ailier brésilien entendait redorer son blason lors du déplacement en Haïti. Disposant d'une avance confortable de deux buts à la quarantième minute, l'équipe de Dorival Júnior semblait en contrôle. Puis vint l'inévitable : une blessure qui contraignit Raphinha à abandonner le terrain, transformant une journée censée être l'occasion d'une rédemption personnelle en nouveau symptôme du malaise qui gagne la Seleção.
Pourquoi Raphinha devient-il le bouc émissaire de Dorival Júnior ?
À vingt-sept ans, Raphinha jouit d'une position enviable au Manchester City, où il a consolidé son statut de titulaire aux côtés de stars comme Erling Haaland. Sur le plan individuel, ses statistiques ne prêtent pas vraiment à débat : dix-sept sélections depuis 2021, une intégration progressive au projet brésilien, un joueur qui n'attendait que de trouver sa cadence. Or, c'est précisément cette cadence qui fait défaut depuis l'amorce de cette campagne éliminatoire pour l'édition 2026. Contre le Maroc, à la Taça da Ameriqueta, sa performance s'était résumée à des ballons mal orientés, des décisions trop lentes, une invisibilité offensive troublante. Rien d'irrattrapable en apparence, mais suffisant pour que les observateurs brésiliens—critiques par nature et impitoyables par tradition—le placent sous le feu des projecteurs.
La raison pour laquelle Raphinha attire tant l'attention révèle quelque chose de plus profond : le Brésil n'a pas de numéro neuf incontestable, et cette absence chronique oblige Dorival Júnior à distribuer les rôles offensifs de manière précaire. Raphinha, aligné ailier, devient alors un élément charnière du système. Quand il ne marque pas ou ne délivre pas, toute la mécanique du jeu s'enraye. C'est moins une question de talents individuels qu'un problème architectural. La Seleção compte sur ses latéraux pour générer de la profondeur—une stratégie classique dans le football contemporain, mais qui expose ses interprètes à une critique disproportionnée lorsque le résultat n'arrive pas.
Comment la qualification devient-elle un parcours du combattant inattendu ?
Le Brésil, cinquième, sept points en cinq matchs. Ces chiffres suffisent à dessiner l'ampleur du problème. Traditionnellement, les Auriverdes caracolent en tête ou très proche, imposant leur rythme, dictant les termes des campagnes qualificatives. Cette fois, l'absence d'une avant-garde redoutable crée une instabilité qui n'avait pas pour habitude de caractériser les sélections brésiliennes. Bien sûr, on oublie trop souvent que les qualifications sud-américaines demeurent imprévisibles : l'Argentine a connu des passages compliqués, l'Uruguay aussi. Mais le Brésil, lui, possédait des antécédents. Ses effectifs offensifs—même dans les périodes creuses—maintenaient une forme de garantie.
Voilà qui change. Contre Haïti, malgré la domination précoce et les deux buts d'avance, la Seleção n'a jamais donné l'impression de dérouler son scénario avec sérénité. Les blessures successives de joueurs offensifs—dont celle de Raphinha—ne sont pas des coïncidences malheureuses ; elles reflètent une fragilité physique suspecte. Est-ce un manque de préparation ? Une surcharge calendaire ? Les trois défaites la saison précédente à la Copa América laissaient déjà entrevoir des lézardes. Les qualifications ne pardonnent pas à ceux qui traînent des doutes.
Quel avenir pour une Seleção en quête de stabilité offensive ?
Dorival Júnior aura du mal à contourner cette réalité structurelle : le Brésil manque d'avant-centres de référence mondiale. Pas de Robert Lewandowski, pas de Kylian Mbappé, pas de Harry Kane. Les attaquants disponibles—Vinícius Júnior en première ligne, Neymar quand sa condition physique le permet, Richarlison en appoint—incarnent un système plutôt qu'une hiérarchie claire. Ce qui fonctionnait lors des coupes du monde où la Seleção avait l'avantage de la préparation longue devient hasardeux en phases de poule. Les petites nations ne vous accordent aucune marge.
L'entraîneur doit aussi composer avec des calendriers exigeants. Les joueurs du Manchester City, de la Real Madrid ou du Paris Saint-Germain arrivent fatigués aux rencontres internationales. Raphinha lui-même n'échappe pas à ce phénomène classique du football européen contemporain. Ce qui change, c'est que le Brésil peut moins que d'autres se permettre de gérer des absences ou des indisponibilités. Une grande nation s'impose par sa densité de talents. Quand plusieurs maillons cèdent simultanément, le doute s'installe.
Reste que les qualifications offrent plusieurs opportunités d'ajustement. Il y aura d'autres matchs, d'autres occasions pour Raphinha de redorer son blason personnel. Mais pour que la Seleção retrouve sa trajectoire naturelle, il faudra plus qu'une simple correction cosmétique. Il faudra que Dorival Júnior clarifie ses choix offensifs, stabilise son effectif et réapprenne à dominer sans trembler. Voilà le véritable défi qui l'attend en cette fin 2024 et début 2025.