Onze ans après Fluminense, Ronaldinho envisage un retour à la compétition. Le magicien brésilien, figure tutélaire du football d'art, rêve d'une ultime consécration loin des terrains.
Quand Ronaldinho disparaît, c'est le football qui perd un peu de sa poésie. Et quand Ronaldinho réapparaît, même à 46 ans, l'onde de choc traverse les continents. Ce vendredi soir, l'information s'est répandue comme une traînée de poudre en Italie puis partout ailleurs : le magicien pauliste envisagerait un retour à la compétition, onze années après avoir posé les gants en 2015 avec Fluminense. Non pas pour rejouer, d'ailleurs — cette perspective relève davantage du conte de fées — mais pour vivre, une dernière fois peut-être, cette électricité qui naît quand on enfonce ses crampons dans la terre d'un stade.
Il y a quelque chose d'émouvant, et d'un brin mélancolique, dans cette velléité du roi du dribble à 46 printemps. Ronaldinho n'est plus ce démiurge qui terrorisait les défenses avec son pied gauche comme un violoniste virtuose son instrument. Son corps n'est plus cette machine flamboyante qui lui permettait d'accélérer, de décélérer, de feinter avec une aisance surnaturelle. Mais l'âme reste là, quelque part. L'âme du sportif qui refuse simplement que l'aventure s'arrête.
Quand la légende envisage son propre épilogue
Le retour de Ronaldinho, s'il se concrétise, ne serait pas un simple divertissement pour anciens joueurs. C'est un geste symbolique qui touche à quelque chose d'essentiel : la fin de carrière au football professionnel. Rares sont les champions de ce calibre — deux Ballons d'Or en poche, vainqueur de la Coupe du monde en 2002, légende vivante du Paris-Saint-Germain et du FC Barcelone — qui refusent de laisser les rideaux se fermer définitivement.
Depuis 2015, Ronaldinho a construit une vie bien remplie : apparitions en tant qu'ambassadeur, matches de gala, vie sociale qu'on imagine épanouie loin des projecteurs de la compétition. Mais pourquoi revenir maintenant ? À 46 ans, quand la plupart des retraités du foot professionnel jouissent tranquillement de leurs acquis ? Il existe plusieurs explications possibles. D'abord, il y a le modèle indien ou saoudien : des championnats en quête de notoriété qui payent des fortunes aux légendes pour le prestige et les audiences. Le football du golfe en particulier accumule les exemples de ces retours médiatisés de stars occidentales en fin de carrière.
Ensuite, il y a l'attrait viscéral du jeu lui-même. Ceux qui ont côtoyé Ronaldinho à l'époque le racontent : ce type était tellement imbu du football qu'on pouvait imaginer le voir jouer à 60 ans si on le lui permettait. Son rapport à la discipline n'était jamais professionnel au sens strict du terme — c'était une sorte de célébration permanente. Revenir à 46 ans, ce serait retrouver cette sensation de défi personnel, de beauté ludique.
Il convient de noter que les chiffres concernant les retours tardifs font rarement sensation. Didier Drogba avait signé à 35 ans à Montréal, Thierry Henry était revenu à 37 ans à Arsenal, mais ces retours intervenaient à des âges où la machine physique gardait encore des ressources. À 46 ans, Ronaldinho entrerait en terrain largement inexploré pour un joueur de ce rang. Sur les cinq dernières années, seul un nombre infime de joueurs ayant commencé professionnellement y ont réellement joué au-delà de 45 ans.
L'Italie comme laboratoire de la nostalgie sportive
Que ce soit en Italie que cette nouvelle ait éclaté en premier n'est pas un hasard. La Botte a toujours entretenu une relation particulière avec Ronaldinho. Milan, Gênes, les stades italiens le connaissent comme on connaît les murs de sa maison. C'est en Italie qu'il a gagné la plupart de ses titres continentaux. C'est là qu'il a perfectionné cet art du dribble qui inspire encore les jeunes générations.
Un retour italien aurait une portée symbolique considérable. Non seulement pour Ronaldinho — qui retrouverait un terrain connu, des supporters nostalgiques, des clubs disposant des moyens de lui offrir une belle plateforme — mais pour le football italien lui-même. La Serie A traverse une période de transition délicate : le départ de Cristiano Ronaldo, la concurrence croissante des championnats du golfe et de la Premier League anglaise. Un geste de Ronaldinho, même symbolique, rappellerait aux Italiens que leur championnat a eu ses heures de gloire, que les murs de l'AC Milan ou de l'Inter ont vu passer les plus grands.
Trois données structurent ce potentiel retour :
- Depuis son départ en 2015, aucun joueur ayant remporté deux Ballons d'Or n'a tenté un véritable retour compétitif après une retraite de plus d'une décennie
- Les championnats disposant du capital financier suffisant (Arabie Saoudite, Inde, MLS) concentrent 73 % des signings de légendes après 40 ans
- L'âge médian de la retraite en football professionnel s'établit à 35 ans ; dépasser 45 ans reste hautement exceptionnel
Reste l'inconnue des détails. Quel club italien serait intéressé ? Quelle serait la nature réelle de cet engagement — un contrat complet ou une situation hybride, entre ambassadeur et joueur ? Ronaldinho lui-même aurait-il vraiment envie de retrouver le rythme infernal de l'entraînement professionnel, ou s'agit-il simplement d'une fantaisie explorée entre amis, une rumeur italienne s'amplifiante d'elle-même jusqu'à trouver les télés du monde entier ?
Ce qui est certain, c'est que l'annonce ravive une question éternelle du sport : quand vraiment s'arrête-t-on ? Dès lors qu'on n'y est plus obligé, qu'on a gagné suffisamment, qu'on n'a rien à prouver ? Ronaldinho, à 46 ans, rappelle que le sport n'est jamais une simple histoire d'argent ou de titre. C'est aussi — peut-être surtout — une histoire de passion qui ne s'éteint pas vraiment, juste assoupie, en attente d'une dernière occasion de danser sur la pelouse.