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Argentine, le doute s'installe après le frisson cap-verdien

Par Antoine Moreau··4 min de lecture·Source: Footmercato

La victoire aux prolongations face au Cap-Vert (3-2) a laissé la presse argentine perplexe. Les craintes montent quant à la capacité de l'Albiceleste à remporter la Coupe du Monde 2026.

Argentine, le doute s'installe après le frisson cap-verdien

Trois buts marqués, deux encaissés, et une Nation entière qui se demande si son équipe a vraiment les reins solides pour aller au bout. C'est l'exact résumé de la nuit que vient de vivre l'Argentine en 16e de finale de la Coupe du Monde 2026, face au Cap-Vert, dans un match où l'Albiceleste a dû attendre les prolongations pour forcer le destin. À Buenos Aires comme à Córdoba, les journalistes sportifs se posent désormais la question qui tue : après deux trophées majeurs en trois ans, l'Argentine serait-elle victime de son propre succès ?

Quand un petit Cap-Vert fait trembler les géants

Le scénario aurait pu faire sourire il y a six mois. Une équipe de 113e rang FIFA qui repousse l'argentinie aux pénalties, ou presque, avant de craquer dans les trente premières minutes des prolongations. Sur le papier, cela ressemble à un de ces matches déséquilibrés où la hiérarchie finit toujours par s'imposer. Sauf que le papier ne joue pas au football.

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Ce que la presse argentine retenait réellement, c'était cette fragilité défensive, cette incapacité à étouffer un adversaire clairement inférieur en ressources. Deux buts concédés contre le Cap-Vert, c'est deux fois trop quand on prétend remporter un Mondial. Les quotidiens comme Clarín et La Nación ont pointé du doigt une équipe souvent désorganisée, sans véritable hiérarchie tactique, comme si l'accumulation de stars créait plus de chaos qu'autre chose. Dix-sept matchs sans défaite avant cette rencontre, mais cet avantage statistique masquait une réalité inconfortable : l'Albiceleste jouait mieux contre les équipes structurées et féroces que contre les opposants supposément faibles.

En 2022, en Azerbaïdjan, lors de la première édition de cette Coupe du Monde reformatée, l'Argentine avait aussi eu des frayeurs contre des équipes de second plan. Le précédent était là, gravé en mémoire collective. Les observateurs avertis savaient que cette compétition élargit à 32 puis 48 équipes favorise justement les surprises, les matches tendus où la pression monte progressivement plutôt que d'exploser d'un coup.

Trois ans de faste qui cachaient déjà les fissures

Revenons deux ans en arrière. L'Argentine gagnait la Copa América 2024 en Argentine même, dominant le tournoi de sa stature naturelle. Avant cela, c'était le titre olympique pour Javier Mascherano en tant que sélectionneur, puis le sacre de la Coupe du Monde 2022 au Qatar. Trois grands titres en trois années, c'est un record qui place l'Albiceleste parmi les grandes dynasties du football international. Lionel Messi soulevant le trophée qatari, c'était l'apothéose. Le conte de fée du génie tardif enfin couronné.

Sauf que, comme tous les contes de fée, celui-ci avait ses zones d'ombre. Messi avait 35 ans lors du Mondial qatari et en avait 36 lors de la Copa América 2024. L'équipe était construite autour d'un joueur en phase déclinante, même si ce joueur restait Messi. Les successeurs de sa génération — Ángel Di María avait quitté l'équipe nationale, Sergio Agüero était retraité depuis longtemps — n'étaient jamais vraiment arrivés. Alejandro Garnacho, Julián Álvarez, Nicolás Tagliafico : des jeunes loups, mais pas encore des monstres garantis.

La question qui hantait les analystes était simple : combien de cette gloire était liée à l'aura exceptionnelle d'un seul joueur ? Combien serait-il possible de la conserver quand ce joueur ne serait plus là ? Les trois ans de faste avaient permis de ne pas poser directement la question. La victoire contre le Cap-Vert, même aux prolongations, l'impose maintenant de manière incontournable.

Le réveil brutal avant les quarts de finale

L'Argentine va affronter le vainqueur du match qui oppose la Belgique à la Nouvelle-Zélande. Peu importe qui émerge de ce duel ; ce qui compte, c'est que la Belgique elle-même traverse une crise identitaire majeure, tandis que la Nouvelle-Zélande reste une équipe de second ou troisième plan au niveau mondial. L'Albiceleste aurait dû pulvériser ces oppositions. Au lieu de cela, elle reste sur une victoire anxiogène.

La presse argentine a raison d'être inquiète, non pas parce qu'une défaite aux pénalties serait catastrophique — elle ne l'aurait pas été — mais parce que la marge de manœuvre tactique semble étroite. Le sélectionneur argentin n'a pas trouvé la formule gagnante entre défense et attaque. Les lateraux manquent de stabilité. Le milieu de terrain souffre d'une certaine porosité quand on n'a ni Riquelme à sa prime, ni Maradona dans sa verve créative.

Les quarts de finale vont dire si cette fragilité relative était une donnée temporaire liée à la sous-estimation d'un adversaire, ou si elle annonce un déclin plus profond. Un déclin que trois années de gloire absolue avaient masqué mais jamais vraiment résolu.

Voilà pourquoi Buenos Aires est en train de découvrir, tardivement, que même les dynasties les plus brillantes ont besoin de se renouveler. Le Cap-Vert vient de servir de révélateur brutal à cette vérité.

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