L'Albiceleste démarre sa Coupe du Monde 2026 face à l'Algérie. Messi absent, mais une armada offensive redoutable. L'Afrique du Nord attend son heure.
Messi ne sera pas là. C'est le détail qui résume tout et rien à la fois pour cette ouverture argentine à la Coupe du Monde 2026. Quatre ans après son apothéose au Qatar, l'Argentine du sextuple Ballon d'Or voit partir celui qui, même diminué, incarnait l'invincibilité. Et pourtant, en ce mercredi fatidique du groupe J, le vice-champion du monde arrive face à l'Algérie avec des épaules qui ne fléchissent pas. Pas encore.
Comment Scaloni reconstruit sans sa légende?
Lionel Scaloni n'a pas tremblé. Le sélectionneur argentin a fait ce choix qui aurait pu être suicidaire avec un autre cadre technique: il a regardé vers l'avant, pas vers le rétroviseur. L'Albiceleste qui débarque en Amérique du Nord avec le statut de champion du monde porte un costume neuf, coupé par des mains expérimentées mais avec du fil neuf.
Les compositions officielles révèlent une équipe construite autour d'une certitude: le football argentin ne meurt pas avec un homme. Julián Álvarez sera le pivot offensif, flanqué par une cavalerie qui ferait pâlir d'autres sélections. Ángel Di María fait ses adieux à la compétition suprême, et c'est une silhouette qu'on reconnaît encore, même vieillie par les batailles. Alejandro Garnacho et Nicolás González incarnent cette jeunesse qui respire l'impatience. À 21 et 22 ans, ils savent qu'ils ne joueront jamais contre Messi, seulement après lui.
Le milieu? Rodri Hernández de Manchester City ne sera pas de la partie — c'est l'Espagne qui le garde pour elle. Mais Enzo Fernández, le maestro du Bénéfica qui pulse à 23 ans, tient les rênes. Alexis Mac Allister l'épaulant en protection. C'est un 4-3-3 classique, un schéma qu'on a vu dominer. Pas révolutionnaire. Juste efficace, comme on les aime en Argentine.
L'Algérie peut-elle réveiller ses démons?
Voilà l'équation qui intéresse les connaisseurs. Les Fennecs arrivent à ce rendez-vous avec zéro victoire depuis leur quart de finale perdu contre la Côte d'Ivoire en Coupe d'Afrique 2023. Zéro. C'est le poids qu'on traîne quand on affronte une nation en position de force, quand les commentateurs vous classent déjà dans les perdants potentiels.
Riyad Mahrez, lui aussi sur le déclin de sa carrière — il a 34 ans et joue en Arabie saoudite — porte sur ses épaules l'espoir qu'une expérience vieille blessée triomphe de la jeunesse blonde. L'Algérie s'accroche à ses talents d'antan, à cette génération qui a remporté la Coupe d'Afrique 2019 et qui se demande, chaque matin, pourquoi elle ne peut plus gagner. La frustration peut devenir carburant. Ou simplement résignation.
Ismael Bentaleb, playmaker du Losc, aura un rôle de pivot invisible. Pas de spectaculaire, du travail d'usine. Sofiane Feghouli, passé par Galatasaray, Valencia, West Ham, tente sa dernière danse. Ce sont des guerriers, pas des illuminés. Contre l'Argentine, la stratégie algérienne tiendra en trois mots: transition rapide, fermeture, contre.
Pourquoi cette affiche pèse bien plus que les points?
Sur le papier, c'est un mismatch. L'Argentine brille depuis 2021 sans discontinuer. Seize matchs sans défaite avant ce tournoi — un record impressionnant pour une nation qui joue au football comme d'autres respirent. L'Algérie, elle, trébuche depuis des mois.
Mais le papier, c'est une chose. Les premiers matchs des Coupes du Monde en sont une autre. Les favoris y gagnent parfois difficilement. Ils y perdent parfois honteusement. Souvenez-vous: l'Allemagne quatrième en 2022 face à l'Arabie saoudite. Les grands blessent, les petits frappent fort, parce qu'ils n'ont rien à perdre. C'est le charme abrupt et brutal du football de compétition.
L'Algérie va venir pour embêter. Elle va poser des problèmes avec son collectif défensif, chercher à étouffer le jeu au milieu, espérer que Garnacho ou González fassent une erreur. Elle va chercher à convertir son premier tir au but. Parce que voilà comment on paralyse les géants: pas avec du génie, mais avec de la rigueur.
L'Argentine, elle, sait qu'elle ne peut pas se permettre de traîner. Les autres du groupe J regardent déjà, calculant les permutations. Scaloni le sait. Ses hommes aussi. Ce match est une affirmation, une déclaration à soi-même: on n'est pas finis sans lui. On recommence, point barre.
Voilà ce qui rend cette affiche bien plus intéressante que le statut de favori ne le suggère. L'Argentine arrive avec des questions sans réponses. L'Algérie arrive avec des réponses et presque pas de questions. Mercredi, on verra qui avait raison.