Roberto Mancini ne dit ni oui ni non. L'ancien sélectionneur azzurro entretient le mystère sur un possible retour sur un banc.
Roberto Mancini ne referme aucune porte. Mais il n'en ouvre aucune non plus. Présent à Coverciano en marge de l'événement Inside the Sport 2026, organisé conjointement par l'USSI et le MCL, l'ancien sélectionneur de la Nazionale a joué la carte de l'esquive avec une maîtrise toute italienne. Interrogé sur un éventuel retour sur un banc de touche, le technicien de 59 ans a botté en touche, laissant ses mots en suspens comme une passe qui attend preneur. L'homme qui avait conduit l'Italie au titre à l'Euro 2021 — le premier depuis 1968 — n'est pas prêt à claquer la porte au football, mais il choisit soigneusement son moment.
Un silence qui en dit long sur les ambitions du Mancio
Depuis sa démission fracassante de la sélection italienne en août 2023, après seulement deux ans à la tête de la Squadra Azzurra, Roberto Mancini avait choisi une destination pour le moins surprenante : l'Arabie Saoudite. À la tête de la sélection saoudienne, il n'aura pas réussi à transformer l'essai, quittant le poste en janvier 2025 après des résultats décevants en qualification pour la Coupe du Monde 2026. Un passage éclair dans le désert, loin des projecteurs européens, qui a laissé une tache sur un palmarès pourtant exceptionnel.
Depuis, le silence. Ou presque. Car Mancini ne disparaît pas vraiment — il observe, il apparaît dans des événements institutionnels, il parle football sans parler de lui. À Coverciano, temple du football italien, il a usé de formules délibérément vagues : ni confirmation d'un projet imminent, ni démenti d'un retour proche. Cette manière de communiquer, calculée et précise, ressemble davantage à celle d'un homme qui attend la bonne offre qu'à celle d'un technicien en retraite assumée.
Les chiffres parlent pour lui, d'ailleurs. Sous sa direction, l'Italie avait enchaîné 37 matchs sans défaite entre 2018 et 2021, une série historique pour la sélection transalpine. Un bilan qui fait encore rêver les supporters azzurri aujourd'hui, alors que Luciano Spalletti peine à remettre la machine en marche après l'échec de qualification pour le Mondial 2022.
L'Italie tourne la page, mais son ombre plane toujours sur Coverciano
Il y a quelque chose d'ambivalent dans la présence de Roberto Mancini à Coverciano en ce moment précis. La sélection italienne vit une période de reconstruction douloureuse. Luciano Spalletti, installé sur le banc après le départ de Mancini, porte le poids d'une équipe en transition, avec un groupe jeune mais encore trop irrégulier pour s'imposer au plus haut niveau. La Nazionale a certes validé sa qualification pour le Mondial 2026 aux États-Unis, au Canada et au Mexique, mais elle le doit davantage à la médiocrité relative de son groupe de qualification qu'à un jeu conquérant et identifié.
Dans ce contexte, le retour de Mancini dans le giron institutionnel du football italien ne passe pas inaperçu. Est-ce un message adressé à la Fédération ? Une manière de rester visible sans se brûler les ailes ? Difficile à trancher. Mais une chose est certaine : la FIGC garde un œil sur lui. Gabriele Gravina, le président de la fédération italienne, sait mieux que quiconque que la relation avec Mancini est compliquée — c'est lui qui avait tenté de le retenir en 2023, avant de laisser partir le technicien natif de Jesi vers Riyad.
La rupture n'avait d'ailleurs jamais été totale. Mancini n'a pas claqué la porte en hurlant. Il est parti, certes de manière abrupte, mais sans guerre ouverte. Et cette absence de conflit laisse une fenêtre entrouverte que beaucoup, en Italie, refusent de refermer.
Quel banc pour un technicien qui a tout gagné en club comme en sélection
La vraie question n'est pas de savoir si Roberto Mancini va revenir, mais où. Car le personnage n'est pas du genre à se contenter d'un poste alimentaire ou d'une mission sans envergure. L'homme qui a remporté la Premier League avec Manchester City en 2012 — le premier titre de champion depuis 44 ans pour le club mancunien — puis l'Euro avec l'Italie, a des standards. Il veut un projet, un vestiaire à sa main, une ambition réelle.
Plusieurs pistes circulent dans les coulisses du football européen. Son nom revient régulièrement quand un grand club traverse une zone de turbulences. En Serie A, où son expertise est reconnue et son aura intacte, certains dirigeants n'auraient pas fermé la porte à une discussion. Mais Mancini, lui, prend son temps. À 59 ans, il n'est pas pressé. Il sait que les offres viendront à lui, pas l'inverse.
L'épisode saoudien, s'il a entaché son image à court terme, ne remet pas en cause sa légitimité technique. Beaucoup d'entraîneurs de premier plan ont traversé des passages à vide en dehors de l'Europe avant de rebondir avec force. Carlo Ancelotti lui-même a connu ses traversées du désert avant de soulever la Ligue des Champions avec le Real Madrid. Mancini, lui, en est conscient.
Ce qui se joue à Coverciano, ce n'est peut-être pas un simple événement institutionnel. C'est peut-être le premier acte d'un retour pensé, millimétré, à la hauteur d'un technicien qui sait que le football lui doit encore quelque chose — et qui entend bien le récupérer. Les prochains mois diront si ce silence calculé était le prélude à une grande annonce, ou simplement la marque d'un homme qui prend soin de ne jamais se découvrir trop tôt.