Les Gunners ont arraché leur billet pour les demi-finales de Ligue des Champions sans briller. Declan Rice, lui, ne boude pas son plaisir.
Qualifier Arsenal de grande équipe européenne ce mercredi soir à l'Emirates, il fallait oser. Les Gunners ont traversé leur quart de finale retour de Ligue des Champions contre le Sporting CP comme on traverse un mauvais rêve — en survivant. Pas en dominant. Pas en flambant. En survivant. Et pourtant, au coup de sifflet final, Declan Rice exultait, les bras écartés, visage levé vers un ciel londonien qui n'avait rien de clément. Il avait raison de savourer. Les demi-finales de C1, ça ne se refuse pas, quelle que soit la manière.
Une qualification arrachée, une performance qui interroge
Soyons honnêtes. Arsenal n'a pas joué un grand match. À domicile, face à un Sporting CP qui n'est pas le Real Madrid — ni même l'Atlético — les hommes de Mikel Arteta ont livré une prestation laborieuse, hésitante, parfois franchement inquiétante. Le genre de soirée qui nourrit les doutes plutôt que les certitudes. Les détracteurs des Gunners, et ils sont nombreux en Angleterre comme sur le continent, ont eu de quoi alimenter leur scepticisme.
Le problème d'Arsenal, c'est qu'il ne s'agit pas d'une anomalie. Cette tendance à se compliquer la vie, à rendre les matchs serrés là où la marge technique devrait permettre de souffler, elle est structurelle. On la voit en Premier League, on la revoit en Europe. Arteta a construit une équipe capable de très grandes choses — l'intensité du pressing, la qualité de la construction, la densité du milieu — mais qui, dès que la machine grippe, donne l'impression de vaciller sur ses fondations.
Face au Sporting, les Portugais ont montré suffisamment d'organisation et d'agressivité pour rappeler qu'ils ne sont pas venus à Londres en touristes. Rúben Amorim avait quitté le club pour Manchester United, mais l'ADN tactique de l'équipe lisboète reste intéressant. Arsenal a souffert. Il a tenu. C'est déjà quelque chose.
Declan Rice, lui, a encore été l'un des rares Gunners à se montrer au niveau des enjeux. Le milieu anglais, recruté 116 millions d'euros à West Ham à l'été 2023, a confirmé qu'il est aujourd'hui l'un des deux ou trois meilleurs joueurs à son poste en Europe. Sa capacité à couvrir le terrain, à récupérer, à relancer proprement même sous pression — c'est lui qui donne de l'équilibre à cette équipe quand tout devient compliqué. Sans lui, Arsenal s'effondre probablement plus tôt dans la soirée.
- 116 M€ : le montant déboursé par Arsenal pour recruter Declan Rice à l'été 2023, un record pour un milieu défensif anglais
- Première demi-finale de C1 depuis 2009 pour Arsenal, l'an dernier ils s'étaient arrêtés en quarts
- 2 buts encaissés sur les deux matchs contre le Sporting — une solidité défensive qui contraste avec les fragilités offensives
- 5 victoires en 6 matchs de C1 cette saison pour les Gunners, meilleure campagne depuis l'ère Wenger
Les demi-finales arrivent, et les questions aussi
Arsenal est en demi-finale de Ligue des Champions. Écrivons-le noir sur blanc, parce que ça mérite d'être dit. Pour un club qui a végété pendant des années loin des sommets européens, qui a regardé ses rivaux de Premier League soulever des Coupes aux grandes oreilles pendant qu'il se battait pour décrocher une qualification en Ligue Europa, c'est une forme de résurrection. Le projet Arteta, aussi critiqué soit-il dans les moments de doute, a produit quelque chose de réel.
Mais les demi-finales, ça ne pardonne rien. Les adversaires potentiels — que ce soit le Real Madrid, le Bayern Munich ou le Paris Saint-Germain selon les résultats — n'auront aucune pitié pour une équipe qui se qualifie en souffrant contre le Sporting. Ces équipes-là savent exactement comment exploiter une défense qui doute, un collectif qui manque de fluidité dans les grandes occasions.
La question centrale, celle qu'Arteta va devoir résoudre d'ici là, c'est celle de la régularité offensive. Arsenal peut créer des occasions — Bukayo Saka, Leandro Trossard, Gabriel Martinelli ont les qualités pour déstabiliser n'importe quel défenseur — mais la conversion reste trop aléatoire. L'équipe dépend encore trop des éclairs individuels plutôt que d'une mécanique collective huilée. En phase à élimination directe de C1, cette imprévisibilité est un luxe qu'on ne peut pas se permettre.
Il y a aussi la question mentale. Arsenal a une habitude — récente mais tenace — de flancher dans les moments décisifs. Les deux dernières saisons en Premier League ont vu les Gunners terminer brillamment avant de craquer en fin de championnat face à Manchester City. Est-ce que cette équipe a définitivement franchi le cap psychologique ? La qualification contre le Sporting, arrachée plutôt que maîtrisée, ne répond pas vraiment à cette question. Elle la reporte.
Rice, lui, semblait s'en moquer complètement au coup de sifflet final. Et dans le fond, il a peut-être raison. En football, on n'entre pas dans l'histoire avec des performances, on y entre avec des résultats. Arsenal est en demi-finale de Ligue des Champions. Tout le reste, c'est de la littérature. Les prochaines semaines diront si cette équipe est vraiment prête à aller au bout ou si cette campagne européenne restera, dans quelques années, comme une belle aventure sans épilogue heureux. L'histoire d'Arsenal en Ligue des Champions, depuis Henry et Bergkamp, attend toujours son dernier chapitre.