Malgré deux matchs ternes face au Sporting CP, Arsenal file en demi-finale de Ligue des Champions. Mikel Arteta rejoint un cercle très fermé dans l'histoire du club.
Deux matchs sans but marqué, une élimination qui semblait se dessiner dans les esprits, et pourtant. Arsenal est en demi-finale de Ligue des Champions, et Mikel Arteta vient d'inscrire son nom dans les livres d'histoire des Gunners d'une manière que personne n'avait vraiment anticipée. Le paradoxe de cette qualification ? Elle est peut-être la plus méritée, et certainement la plus caractéristique de ce que l'Espagnol a construit à l'Emirates Stadium depuis son arrivée en décembre 2019.
Zéro but, mais une demi-finale : le paradoxe Arsenal version Arteta
Un 0-1 à l'aller, un 0-0 au retour. Sur le papier, ce double confrontation face au Sporting CP ressemble davantage à un chemin de croix qu'à une épopée européenne. Mais le football ne se résume pas aux buts inscrits dans les quatre-vingt-dix minutes réglementaires, et les hommes d'Arteta l'ont prouvé d'une façon brutale. Deux matches âpres, physiques, tendus — et une qualification arrachée au bout du suspense, selon des modalités qui ont mis les nerfs des supporters londoniens à rude épreuve.
Ce qui frappe, c'est la résilience. Depuis qu'Arteta a pris les rênes d'un club en plein doute, Arsenal a appris à souffrir. À ne pas craquer. À croire jusqu'au dernier souffle. Ces deux rencontres contre le Sporting ont illustré exactement cela : une équipe qui ne se délite pas, même quand le jeu n'est pas au rendez-vous. C'est presque plus précieux qu'un récital offensif.
La statistique qui place Arteta au sommet de l'histoire des Gunners
Derrière la qualification se cache un chiffre qui mérite qu'on s'y arrête. Mikel Arteta devient le manager d'Arsenal ayant atteint le plus loin en Ligue des Champions depuis Arsène Wenger, qui avait conduit les Gunners jusqu'en finale en 2006, défaite cruelle face au FC Barcelone de Ronaldinho et Samuel Eto'o. Depuis cette nuit de Paris, les Arsenal fans attendaient de retrouver le dernier carré de la compétition reine. Dix-neuf ans. Presque une génération entière.
Plus parlant encore : Arteta est seulement le deuxième entraîneur de l'ère moderne à qualifier Arsenal en demi-finale de C1. Deux hommes en l'espace de plusieurs décennies. Un chiffre qui dit tout sur la rareté de l'événement, sur la difficulté de maintenir un club anglais au sommet de l'Europe dans un contexte où Manchester City, Liverpool ou Chelsea ont avalé des centaines de millions pour dominer le continent.
Arsenal, lui, a construit différemment. Pas de chèque en blanc, pas de recrutement tous azimuts. Une philosophie de jeu affirmée, un recrutement ciblé, une identité collective forgée saison après saison. Le tout sous la houlette d'un technicien que beaucoup considéraient, à ses débuts, comme trop inexpérimenté pour les sommets. Les mêmes se taisent aujourd'hui.
Vers quoi s'avance Arsenal dans ce dernier carré ?
La demi-finale qui attend Arsenal n'aura rien d'une promenade. Le plateau cette année est d'une densité rare : Real Madrid, Bayern Munich, Paris Saint-Germain, et les Gunners eux-mêmes constituent un dernier carré qui résume à lui seul pourquoi la Ligue des Champions reste la compétition la plus fascinante du monde. Chaque adversaire potentiel représente un mur d'expérience, de moyens et de palmarès.
Mais justement — Arsenal n'est plus une équipe impressionnable. Bukayo Saka, Martin Ødegaard, Declan Rice, William Saliba : ce groupe a grandi dans la douleur des saisons précédentes, ces titres de Ligue 1 anglaise ratés d'un souffle, ces occasions manquées qui auraient pu briser une génération moins solide. Au lieu de ça, elles ont trempé l'acier.
La surface salariale du club reste en dessous de ses rivaux directs en Premier League. Pourtant, Arsenal affiche la quatrième valeur marchande totale du dernier carré européen, ce qui témoigne d'un recrutement d'une efficacité redoutable. Chaque euro dépensé par le directeur sportif Edu et ses équipes a été calculé, pesé, justifié. Le retour sur investissement, lui, se mesure en ce moment sur la scène la plus exigeante qui soit.
Arteta, lui, avance avec la sérénité de quelqu'un qui a préparé ce moment depuis longtemps. L'ancien milieu de terrain — qui a lui-même porté le maillot rouge de Barcelone et joué les sommets européens — sait ce que ces soirées représentent. Il en a vécu. Il les a construites dans sa tête bien avant de les vivre depuis un banc de touche.
Reste une question qui brûle les lèvres de tous les observateurs du football européen : Arsenal a-t-il le calibre pour aller jusqu'au bout ? Les Gunners n'ont plus soulevé la Coupe aux grandes oreilles depuis... jamais. L'unique Coupe d'Europe du club remonte à la Coupe des Vainqueurs de Coupe de 1994. Trente et un ans de disette continentale. Une éternité.
La demi-finale n'est pas la fin. Elle est le début de quelque chose. Ou peut-être la confirmation que ce groupe, sous cette direction, est enfin prêt à franchir la dernière marche. Mikel Arteta a transformé Arsenal en machine à y croire. La suite appartient au terrain — et à l'histoire qui reste à écrire.