Vingt ans après le Professeur, Mikel Arteta propulse les Gunners en finale de Ligue des Champions. Un exploit qui redéfinit l'ambiance au stade.
L'Emirates Stadium n'avait pas connu pareil délire depuis deux décennies. Mikel Arteta, debout sur le banc, les poings serrés, respirait à peine. Autour de lui, 60 000 supporters transfigurés scandaient le nom de leurs héros. Arsenal venait de plier une demi-finale de Ligue des Champions, deux décennies après le dernier exploit du genre sous les ordres d'Arsène Wenger. Pas de doute : quelque chose a changé dans le nord de Londres.
Revenons trois jours en arrière. Le match aller s'était soldé sur un 1-1 poussiéreux, de ceux qui laissent l'incertitude planer sur tout ce qui viendra après. Arsenal aurait dû trembler. Au lieu de cela, les Gunners ont débarrassé le plancher avec une autorité que le club n'exhibait plus depuis longtemps. Pas de suspense, pas de drame inutile. Juste une équipe qui savait où elle allait et comment y arriver.
Arteta a créé quelque chose que même les supporters les plus pessimistes n'osaient plus imaginer : une hiérarchie claire, une direction affichée. Cet entraîneur basque, arrivé en décembre 2019 avec l'étiquette de pari risqué, a transformé un club essoufflé en machine capable de tenir tête aux meilleurs d'Europe. Les chiffres parlent : Arsenal a remporté ses quatre derniers matchs de préparation à cette finale avec une efficacité quasi chirurgicale. La progression n'est pas anodine quand on considère qu'il y a trois ans, les Gunners terminaient huitièmes de Premier League, à 18 points du champion.
Wenger, ce fantôme bienveillant qui refait surface
Évoquer Arsène Wenger dans le contexte d'Arsenal aujourd'hui, c'est toujours toucher un nerf. Le Français a quitté le club en 2018 après 22 saisons, laissant derrière lui l'empreinte indélébile d'un visionnaire. Trois finales de Ligue des Champions atteintes en 2000, 2006 et 2009 : voilà l'héritage qu'aucun successeur n'avait réussi à égaler depuis. Unai Emery a essayé, Mikel Arteta a eu besoin d'un peu de temps. Mais c'est fait.
La particularité de cet exploit réside moins dans la performance que dans sa nature. Wenger bâtissait des équipes de passage, des formations gracieuses mais parfois creuses quand venait la vraie bataille. Arteta, lui, construit en béton armé. Son Arsenal ne joue pas joli, il joue juste. Les supporters, enfin, semblent préférer cette honnêteté tactique à la belle théâtralité d'antan. Dimanche soir, personne ne s'est soucié du style. Les cris d'allégresse suffisaient.
Quelques heures après la qualification, l'entraîneur a donné une interview révélatrice : "Je n'avais jamais vu une telle ambiance à Arsenal." Pas même lors de ses débuts enthousiastes, pas même lors de l'une de ces victoires qui devaient porter l'espoir. C'est dire la densité émotionnelle du moment. Une finale de Ligue des Champions est un événement. Arsenal y retourner, c'est un renouvellement de promesses qu'on croyait finies.
Le casse-tête de l'expérience face aux jeunes pousses
Reste une question qui tourmente déjà les nuits des Londoniens : Arsenal peut-elle vraiment gagner cette finale ? L'adversaire ne sera pas une formation de quartier. En face, Real Madrid ou Manchester City, deux machines à remporter les titres majeurs. Les Gunners ont une moyenne d'âge parmi les plus jeunes du continent. Cette tendresse tactique pourrait devenir un problème contre les murs défensifs des meilleures équipes européennes.
Mais regardez Declan Rice, ce pilier défensif acheté pour 100 millions d'euros l'été dernier. Regardez Bukayo Saka qui brûle les défenses avec une constance devenue effrayante. Regardez Martin Ödegaard, ce capitaine nordique qui dirige l'orchestre sans crier. Arsenal possède les ingrédients pour rivaliser. La question n'est plus "peuvent-ils être là ?" mais "peuvent-ils gagner ?"
Ce qui différencie clairement cette version des Gunners de celle de Wenger, c'est la solidité brute. En 2009, quand Arsenal atteignait la dernière finale en 2006, les Londoniens terminaient second de Premier League mais sans jamais vraiment inquiéter le champion. Aujourd'hui, ils finissent seconds aussi, mais ils le font en donnant l'impression qu'un rien les aurait propulsés premiers. C'est psychologique, certes, mais c'est tout ce qui compte dans le football moderne.
Mai approche. La vraie bataille commence
Mikel Arteta savoure ce moment, bien sûr. Une finale de Ligue des Champions, c'est la récompense de trois ans de travail acharnée. Mais il sait aussi qu'une finale perdue reste une finale perdue, peu importe l'atmosphère de l'Emirates quand on rentre à la maison. Wenger en sait quelque chose : ses trois finales lui ont valu deux déceptions et un succès. Le ratio est cruel.
Les chiffres à retenir ? Arsenal a concédé exactement deux buts en deux matchs face à son adversaire des demi-finales. Deux buts sur 180 minutes. Cela ressemble à une équipe prête. Cela ressemble aussi à une équipe qui a grandi en trois ans, qui a compris comment jouer sans ballon, qui a appris à souffrir quand c'était nécessaire.
Mai sera le mois de vérité. Pas seulement pour Arsenal, mais pour tout ce que Mikel Arteta a promis. Ce jeune entraîneur au tempérament de compétiteur pur ne sera satisfait que s'il soulève le trophée. L'ambiance de l'Emirates n'y suffira pas. Mais elle prouve qu'après deux décennies de doute, un club peut se régénérer. Arsenal n'attend plus. Arsenal arrive.