Son doublé face à l'Autriche propulse l'Algérie en huitièmes de finale. Mahrez devient le symbole d'une génération qui refuse de baisser les bras.
Riyad Mahrez avait écrit son nom en lettres d'or dans la mémoire algérienne en 2019. Vendredi soir à Vienne, il vient de graver un nouveau chapitre. Deux buts contre l'Autriche, un 3-3 final qui ressemble à une victoire déguisée, et voilà le Fennec de Manchester City qui se demande pourquoi on lui pose encore des questions sur son leadership en sélection. À 33 ans, alors que beaucoup imaginaient déjà son crépuscule bleu-blanc-rouge, Mahrez vient de rappeler à tout le continent africain qu'un championnat d'Afrique commence à peine de s'écrire.
Cette nuit de Vienne restera gravée comme l'une de ces rencontres où le football refuse les scénarios convenus. L'Algérie menait 2-0, puis 3-1. L'Autriche, sur les cordes, a refusé le tapis. Deux buts encaissés en trente minutes qui auraient pu basculer le destin des deux équipes. Sauf que Mahrez, avec un timing presque parfait, a adressé son troisième but comme une déclaration d'amour à son peuple : pas de célébration débordante, juste cette intensité froide de celui qui sait que son équipe venait de franchir une ligne. La qualification était assurée. Le message, lui, était bien plus durable.
Quand Mahrez revient sur le devant de la scène mondiale
On avait un peu oublié Mahrez lors des trois dernières années. Manchester City l'avait progressivement relégué au statut de remplaçant de luxe. Des apparitions sporadiques en Premier League, quelques minutes en Ligue des Champions, l'image d'un champion autrefois flamboyant qui gérait sa carrière en phase terminale. Pep Guardiola n'avait jamais vraiment eu besoin de lui quand Bernardo Silva et Jack Grealish s'épanouissaient sur les flancs.
Mais la sélection algérienne, elle, sait d'où vient son oxygène. Depuis la CAN 2019 remportée en Égypte, où Mahrez avait planté des buts décisifs, le joueur incarne quelque chose qui dépasse la tactique. Il représente la continuité d'une génération qui a failli révolutionner le football africain. Et quand on a 33 ans et qu'on joue le Mondial en tant qu'ailier d'une équipe qui espère marquer l'histoire, il n'y a qu'une seule manière de parler : avec les pieds.
Son doublé face aux Autrichiens dessine un message clair à ses compatriotes et au reste du continent : Mahrez revient de là où on le croyait relégué. Les 2 buts marqués samedi transforment son dynamique personnelle avant d'affronter les huitièmes de finale. Plus important encore, ils inscrivent l'Algérie comme candidat légitime à une profonde destabilisation du statut quo mondial. Avec Ismael Bentaleb au cœur du jeu, une défense qui commence à trouver ses marques et désormais Mahrez revitalisé, la sélection dirigée par Djamel Belmadi possède les ingrédients pour inquiéter n'importe qui.
L'Algérie bâtit son tournoi sans filet de sécurité
Ce 3-3 face à l'Autriche change tout pour le groupe J. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : 6 buts encaissés en deux matches pour l'Algérie, c'est fragile, presque dangereux. Mais 5 buts marqués, c'est aussi la preuve qu'offensivement, cette équipe respire différemment de celle des dernières compétitions. Mahrez y a contribué pour plus de la moitié.
- 33 ans : l'âge de Mahrez, qui refuse de tourner en rond en fin de carrière
- 2 buts en 2 matches : son bilan personnel depuis le début de la compétition
- 19 sélections en Coupes du Monde cumulées : l'expérience derrière chaque geste du champion 2019
- 6 matchs maximum avant une éventuelle finale : le temps qu'il reste pour marquer cette compétition à son empreinte
Mais il y a aussi une fragilité derrière cette qualification qui fait débat. L'Algérie n'a jamais eu à affronter de véritables géants jusqu'ici. Le groupe J était à sa portée. Les huitièmes de finale, c'est une autre géographie du football mondial. Mahrez le sait mieux que quiconque, lui qui a goûté à la Premier League anglaise pendant quatre saisons. Quand on joue Manchester City, Leicester City ou Liverpool, on ne marcande pas. Les erreurs défensives sont payées rubis sur l'ongle. Cette sélection algérienne possède les vertus d'une équipe en ascension, mais pas encore celles d'une équipe indestructible.
Pour Mahrez, cette phase finale demeure aussi celle d'une dernière chance. Pas celle de marquer l'histoire du football mondial—il a déjà sa place au Panthéon du football africain—mais celle de couronner une génération algérienne qui méritait mieux que les désillusions des dernières années. Un double objectif qui explique cette intensité visible sur le terrain, ces gestes qui ne tremblent pas, cette autorité naturelle que seul un joueur certain de son droit peut véhiculer.
Riyad Mahrez revient. Pas en tant que star déclinante qui tient un dernier rôle, mais en tant que guerrier qui sait encore où placer ses coups. L'Algérie a sa baguette magique. Jusqu'où l'entraînera-t-elle ?